PREMIÈRE PARTIE
rappelle , à ce propos , un de ses élèves , d'une figure heureuse , dont il aimait à dire du bien , parce que c'était celui qui lui donnait le moins de mal. Ce sujet, annonçant des dispositions , obtint peu d'années après une bourse à je ne sais quel collège, et est devenu Y abbé Noël (i) , connu d'abord par quelques petits ouvrages, appelé par le ministre le Brun dans la carrière diplomatique, envoyé à Londres l'année dernière, et aujourd'hui en Italie.
Mes exercices remplissaient fort bien les journées , qui me semblaient courtes , car je n'avais jamais fini tout ce que j'aurais eu le goût d'entreprendre. Avec les livres élémentaires dont on avait soin de me fournir , j'épuisai bientôt ceux de la petite bibliothèque de la maison. Je dévorais tout, et je recommençais les mêmes lorsque j'enmanquais de nouveaux. Je me souviens de deux in-folio de Vies des saints , d'une Bible de même format , en vieux langage,d'une ancienne traduction des Guerres civiles d'Appien , d'un Théâtre de la Turquie , en
(i) Les hommes qui se consacraient alors à l'instruction de la jeunesse, portaient le petit collet et prenaient le titre d'abbé, sans être engagés dans les ordres. M. Noël commença de cette manière , comme professeur dans l'université de Paris, une carrière marquée depuis par d'honorables succès à l'Académie française , et par la publication de plusieurs ouvrages que recommandent également l'érudition du savant et le goût de l'écrivain.
(Note des nouveaux éditeurs. )
mauvais style, que j'ai relus bien des fois. Je trouvai aussi le Roman-Comique de Scaron , et quelques recueils de prétendus bons-mots, que je ne relus pas deux fois ; les Mémoires clu brave de Pontis , qui m'amusaient , et ceux de mademoiselle de Montpensier, dont j'aimais assez la fierté ; et quelques autres vieilleries dont je vois encore la forme, le contenu et les taches. La rage d'apprendre me possédait tellement, qu'ayant déterré un Traité de l'art héraldique y je me mis à l'étudier; il y avait des planches coloriées qui me divertissaient, et j'aimais à savoir comme on appelait toutes ces petites figures. Bientôt j'étonnai mon père de ma science, en lui faisant des observations sur un cachet composé contre les règles de l'art ; je devins son oracle en cette matière, et je ne le trompais point. Un petit Traité des Contrats me tomba sous la main ; je tentai aussi de l'apprendre, car je ne lisais rien que je n'eusse l'ambition de le retenir ; mais il m'ennuya, je ne conduisis pas le volume au quatrième chapitre.
La Bible m'attachait, et je revenais souvent à elle ; dans nos vieilles traductions , elle s'exprime aussi crûment que les médecins : j'ai été frappée de certaines tournures naïves qui ne me sont jamais sorties de l'esprit. Cela me mettait sur la voie d'instructions que l'on ne donne guère aux petites filles ; mais elles se présentaient sous un jour qui n'avait rien de séduisant , et j'avais trop à penser pour in arrêter à une chose toute matérielle qui ne me