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ïnières difficultés. Lors de la fête de quelqu'un de nos grands parais, qu'on allait religieusement souhaiter, je portais toujours pour mon tribut, ou une jolie tête que je m'étais appliquée à bien dessiner dans cette intention, ou une petite plaque en cuivre bien propre , sur laquelle j'avais gravé un bouquet et un compliment , soigneusement écrit , dont M. Doucet m'avait tourné les vers. Je recevais en. échange des almanachs qui m'amusaient beaucoup, et quelque présent d'objets à mon usage, destinés ordinairement à la parure que j'aimais. Ma mère s'y plaisait pour moi : elle était simple dans la sienne, et même souvent négligée; mais sa fille était sa poupée, et j'avais, dans mon enfance, une mise élégante , même riche , qui semblait au-dessus de mon état. Les jeunes personnes portaient alors ce qu'on appelait des corps-de-robes ; c'était un vêtement fait comme les robes de cour, très-juste à la taille qu'il dessinait fort bien , très-ample par le bas , avec une longue queue traînante et ornée de divers chiffons , suivant le goût ou la mode : on me donnait les miens en belles étoffes de soie , légères pour le dessin y modestes pour la couleur , mais du prix et de pareille qualité que les robes de parure de ma mère. La toilette me coûtait bien quelques chagrins , car on me frisait souvent les cheveux avec des papillotes , des fers chauds , tout l'attirail ridicule et barbare dont on se servait dans ce temps-là; j'avais la tête extrêmement sensible , et le tiraillement qu'il fallait souffrir était si doulou-
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reux , qu une grande coiffure me faisait toujours verser des larmes arrachées par la souffrance , sans être accompagnées de plaintes.
Il me semble que j'entends demander, pour quels yeux était cette toilette dans la vie retirée que je menais ? Ceux qui feraient cette question , doivent se rappeler que je sortais deux fois la semaine ; et s'ils avaient connu les mœurs de ce qu'on appelait les bourgeois de Paris de mon temps , ils sauraient qu'il en existait des milliers dont la dépense , assez grande en parure, avait pour objet une représentation de quelques heures aux Tuileries tous les dimanches rieurs femmes y joignaient celle de l'église, et le plaisir de traverser doucement leur quartier sous les yeux du voisinage. Joignez à cela les visites de famille , aux grandes époques des fêtes et du premier de l'an, une noce , un baptême, et vous verrez assez d'occasions d'exercer la vanité. Au reste , on pourra remarquer, dans mon éducation, plus d'un contraste. Cette petite personne , qui paraissait le dimanche à l'église et à la promenade , dans un costume qu'on aurait pu croire sortir d'un équipage, et dont l'apparence était fort bien soutenue par son maintien et son langage , allait fort bien aussi 9 dans la semaine , en petit fourreau de toile au marché avec sa mère ; elle descendait même seule pour acheter , à quelques pas de la maison , du persil, ou de la salade que la ménagère avait oubliée. 11 faut convenir que cela ne me plaisait pas beaucoup ; mais jje n'en témoignais rien , et
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j'avais l'art de m'acquitter de ma commission de manière à y trouver de l'agrément. J'y mettais une si grande politesse , avec quelque dignité , que la fruitière , ou autre personnage de cette sorte , se faisait un plaisir de me servir d'abord, et que les premiers arrivés le trouvaient bon; je remboursais toujours quelque compliment sur mon passage, et je n'en étais que plus honnête. Cette enfant , qui lisait des ouvrages sérieux, expliquait fort bien les cercles de la sphère céleste , maniait le crayon et le burin, et se trouvait à huit ans la meilleure danseuse d'une assemblée de jeunes personnes au-dessus de son âge, réunies pour une petite fête de famille; cette enfant était souvent appelée à la cuisine pour y faire une omelette , éplucher des herbes ou écumer le pot. Ce mélange d'études graves , d'exercices agréables et de soins domestiques, ordonnés , assaisonnés par la sagesse de ma mère , m'a rendue propre à tout, semblait prévenir les vicissitudes de ma fortune , et m'a aidée à les supporter. Je ne suis déplacée nulle part; je saurais faire ma soupe aussi lestement que Philopœmen coupait du bois ; mais personne n'imaginerait > en me voyant , que ce fût un soin dont il convînt de me charger.
On a pu juger, par ce que j'ai dit jusqu'à présent, que ma mère ne négligeait pas ce qu'on appelle la religion. Elle avait de la piété , sans être dévote , elle croyait ou tâchait de croire , et elle conformait sa conduite aux règles de l'Eglise avec la modestie, la régularité d'une personne qui,
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ayant besoin , pour son cœur, d'adopter les grands principes, ne voulait pas chicaner sur les détails. L'air respectueux dont m'avaient été présentées les premières notions religieuses, m'avait disposée à les recevoir avec attention : elles étaient de nature à faire de grandes impressions sur une imagination vive ; et, malgré le trouble où me jetait parfois le raisonnement naissant qui me rendait surprise de la transformation du diable en serpent, et me faisait trouver Lieu cruel de l'avoir permise, je finissais par croire et adorer.
J'avais reçu la confirmation avec le recueillement d'un esprit qui calculait l'importance de ses actions et méditait sur ses devoirs : on parlait de me préparer à ma première communion ; je me sentais pénétrée d'une sainte terreur. Je lisais des livres de dévotion , j'avais besoin de m'occuper de ces grands objets de bonheur ou de malheur éternel ; toutes mes pensées se tournaient insensiblement de ce côté. Bientôt les idées religieuses me dominèrent ; le règne du sentiment, hâté par leur concours, pour ma trempe déjà précoce, s'ouvrit par l'amour de Dieu, dont le sublime délire embellit, ônserva les premières années de mon adolescence, résigna les autres à la philosophie, et semblait devoir ainsi me préserver à jamais de l'orage des passions, dont, avec la vigueur d'un athlète , je sauve à peine l'âge mûr.
La dévotion dans laquelle je tombai, me modifia étrangement ; je devins d'une humilité pro-