PREMIÈRE PARTIE. 5y
classe , depuis l'âge de six ans jusqu'à celui de dixsept ou dix-huit, mais partagées en deux tables pour les repas , et comme en deux sections dans le courant du jour pour la suite des exercices. La gravité de ma petite personne fit juger au premier coup - d'oeil que je devais être rangée parmi les plus grandes; je devins la douzième de leur table, et je me trouvai la plus jeune d'entre elles. Le ton de politesse que ma mère m'avait rendu familier, l'air posé dont j'avais contracté l'habitude , la manière de ni'énoncer, douce et correcte , ne ressemblaient en rien à la bruyante étourderie de cette jeunesse folâtre. Les enfans s'adressèrent à moi avec une sorte de confiance , parce que je ne les rebutais jamais ; les grandes demoiselles me traitèrent avec une sorte d'égard, parce que ma réserve ne me rendait pas moins obligeante avec elles , et me faisait distinguer des maîtresses. Elevée comme je l'avais été jusqu'à cette époque , il n'était pas fort étonnant que je me trouvasse mieux instruite que la plupart de mes compagnes, même les plus âgées. Les religieuses trouvèrent qu'elles pourraient s'honorer de mon éducation, puisque j'étais chez elles, sans avoir aucune peine à prendre pour la continuer. Je savais déjà, ou j'apprenais fort aisément ce qu'elles donnaient à étudier ; je devins la favorite de toutes les nonnes : c'était à qui me ferait des caresses ou des complimens. Celle qui était chargée de montrer à écrire aux pensionnaires, était une femme de soixante et dix
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ans, qui s'était faite religieuse à cinquante par effet de chagrin ou suite d'infortune ; elle avait reçu de l'éducation, et joignait à cet avantage tout ce que peut valoir la connaissance et l'usage du monde. Elle se piquait d'instruction ; elle avait encore, pour l'écriture, une très-belle main, faisait des broderies superbes, donnait de bonnes leçons d'orthographe, et n'était pas étrangère à l'histoire. Sa petite taille, son âge même, un peu de pédanterie, étaient cause que la mère Sainte- Sophie n'était point considérée des petites folles, qu'elle voulait instruire , autant quelle méritait de l'être; et, si je m'en souviens bien, la jalousie des chères sœurs qui, n'ayant pas autant de talens qu'elle, étaient bien aises de faire ressortir ses ridicules, y contribuait pour quelque chose. Cette bonne fille s'attacha bientôt à moi, à cause de mon goût pour l'étude : après avoir donné leçon à toute la classe , elle me prenait en particulier , me faisait répéter la grammaire, suivre la géographie, extraire des morceaux d'histoire ; elle obtenait même la permission de m'emmener dans sa cellule, où je lui faisais des lectures. J'avais conservé de mes maîtres celui de musique seulement , dont j'allais prendre leçon au parloir avec deux compagnes, sous l'inspection d'une religieuse, et l'on m'avait donné, pour continuer le dessin, une maîtresse qui entrait dans l'intérieur du couvent. La régularité d'une vie très-remplie , partagée entre des exercices variés, convenait beaucoup à mon