PREMIÈRE PARTIE. /j
i!e l'office divin , quand elle se fait avec gravité ; j'oublie le charlatanisme des prêtres, le ridicule de leurs histoires ou l'absurdité de leurs mystères ; je ne vois que la réunion d'hommes faibles, implorant le secours d'un Etre-Suprême : les misères de l'humanité , l'espoir consolant d'un puissant rémunérateur, occupent ma pensée; les images étrangères s'évanouissent , les passions se calment , le goût de mes devoirs s'avive : si la musique fait partie des cérémonies, je me trouve transportée dans un autre monde, et je sors meilleure du lieu où le peuple imbécile est venu sans réflexion saluer un morceau de pain. Il en est de la religion comme de tant d'autres institutions humaines : elle ne change point l'esprit d'un individu ; elle s'assimile à sa nature, s'élève ou s'affaiblit avec lui. Le commun des hommes pense peu, croit sur parole, et agit par instinct , de manière qu'il règne une contradiction perpétuelle entre les préceptes reçus et la marche suivie. Les trempes fortes ont une autre allure ; elles ont besoin d'harmonie , leur conduite est une traduction fidèle de leur foi. J'ai dû recevoir, dans l'enfance , celle qui m'était donnée; elle fut mienne jusqu'à ce que j'eusse assez de lumières pour la discuter ; mais alors même toutes mes actions en étaient des conséquences rigoureuses. Je m'étonnais de la légèreté de ceux qui, en professant une pareille , agissaient au contraire , comme je m'indigne aujourd'hui de la lâcheté de ces hommes qui veulent avoir une patrie , et comp-
ter encore leur vie pour quelque chose , quand il s'agit de la risquer à son service.
En évitant les répétitions du même sujet, je veux pourtant marquer d'un trait le moment de ma première communion. Préparé par tous les moyens d'usage dans les couvens, retraites, longues prières, silence, méditation, il était pour moi celui d'un engagement solennel et le gage de l'éternelle félicité : cette considération me pénétrait entièrement; elle avait tellement enflammé mon imagination, attendri mon cœur, que, baignée de larmes et ravie d'amour céleste , il me fut impossible de marcher à l'autel sans le secours d'une religieuse qui vint me soutenir par-dessous les bras et m'aider à m'avancer à la sainte table. Ces démonstrations, que je ne cherchais point à faire, mais qui n'étaient que l'effet naturel d'un sentiment que je ne pouvais contenir, m'acquirent un grand crédit, et les bonnes vieilles que je rencontrais se recommandaient toujours à mes prières.
11 me semble voir ceux qui liront ceci , demander si ce cœur si tendre , cette sensibilité si affectueuse , n'ont pas enfin été exercés par des objets plus réels, et si après avoir sitôt rêvé le bonheur, je ne l'ai pas réalisé dans une passion utile à quelque autre ?
N'anticipons rien, leur dirai-je; arrêtez-vous avec moi sur ces temps paisibles de saintes illusions, «auxquels j'aime encore à me reporter : croyez-vous que dans ira siècle aussi corrompu , dans un ordre social aussi mauvais, il soit possible de goûter le