‹ Mâemoires du marquis de FerriáeresChapitre 59 sur 165 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

une Agathe, qui les chérirait plus encore s'ils tombaient dans l'infortune.

L'hiver s'était écoulé , j'avais un peu moins vu ma mère dans cette saison ; mais mon père n'aurait pas laissé passer un dimanche sans venir me visiter, et me faire faire une promenade au jardin du Roi , pour peu que le temps le permît ; nous y bravions la rigueur du froid en courant gaiement sur la neige. Promenades charmantes , dont le souvenir me fut rappelé vingt ans après, en lisant ces vers de Thompson , que je ne répète jamais sans attendrissement :

Pleas'd was J, in my chearful morn of life ,

When nurs'd by careless solitude J liv'd ,

And sung of nature with unceasing joy,

Pleas'd was J wanderingthrough yourrough domain,

Through the pure virginsnows, myself as pure, etc. (i).

Il avait été arrêté , dès mon entrée au couvent , que je n'y resterais qu'une année ; je l'avais désiré moi-même, j'aimais à voir un terme au sacrifice

(i) Thompson, dans le début du chant sur l'hiver, adresse aux tempêtes les vers cités par madame Roland , et que quelques lecteurs peut-être nous sauront gré de traduire.

« 0 que j'aimais , au riant matin de ma vie , quand mes » jours s'écoulaient, exempts desoins, dans la solitude, » quand je chantais la nature, dans une perpétuelle ivresse; >> que j'aimais, ô frimats, à parcourir votre âpre domaine, » et pur comme la neige , à fouler aux pieds sa pureté virgi- » nale ! » ( Note des nouveaux éditeurs. )

que je faisais de me séparer de ma mère : les religieuses , de leur côte , en accordant de me faire faire ma première communion au quatrième mois de mon séjour avec elles, avaient eu grand soin de stipuler que je ne les quitterais pas plus tôt pour cela, et que j'achèverais mon année. Cette année révolue , il fut question de sortir. Ma mère m'annonça que ma bonne-maman Phlipon , qui m'aimait beaucoup, désirait que j'allasse lui faire compagnie durant quelque temps , et qu'elle en était convenue avec elle , comme d'un arrangement qui ne pourrait me faire de peine , puisqu'elle me verrait là bien plus souvent qu'au couvent ; arrangement qui d'ailleurs s'accordait parfaitement avec les circonstances. Mon père était entré dans les charges de sa communauté ; il se trouvait ainsi souvent appelé au dehors: je compris aisément que la surveillance de ma mère devant dès - lors se porter davantage sur les travaux confiés aux jeunes gens dont, jusques-là , elle ne s'était jamais mêlée, elle avait un peu perdu de la liberté qu'elle voulait avoir tout entière pour s'occuper de moi. La situation qu'elle me proposait était véritablement une douce transition de ma séparation d'avec elle à mon entier rapprochement de sa personne , et je l'acceptai d'autant plus aisément que j'étais attachée à ma bonne -maman. C'était une petite femme de bonne grâce et de belle humeur, dont les manières agréables, le langage poli, le rire gracieux et le coup-dccil malin , annonçaient en-

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