DEUXIEME PARTIE
28 août.
Je sens s'affaiblir la résolution de poursuivre mon entreprise; les maux de mon pays me tourmentent ; la perte de mes amis affecte mon courage ; une tristesse involontaire pénètre mes sens , éteint mon imagination , et flétrit mon cœur. La France n'est plus qu'un vaste théâtre de carnage , une arène sanglante où se déchirent ses propres enfans.
L'ennemi , favorisé par les divisions intestines , s'avance de toutes parts ; les villes du nord tombent en sa puissance; la Flandre et l'Alsace vont devenir sa proie ; l'Espagnol ravage le Roussiilon ; les Savoisiens repoussent une alliance que l'anarchie rend affreuse ; ils retournent à leur ancien maître , dont les soldats franchissent nos frontières; les rebelles de la Vendée continuent de désoler une grande étendue de territoire ; les Lyonnais y indiscrètement irrités , ont développé leur résistance : Marseille vole à leur secours , les départemens voisins s'ébranlent; et dans cette agitation universelle , dans ces déchiremens multipliés , il n'est rien d'uniforme que la marche des puissances étrangères. Notre gouvernement est une espèce de
monstre , dont les formes et Faction sont également révoltantes; il détruit tout ce qu'il touche , et se dévore lui-même : ce dernier excès fait l'unique consolation de ses nombreuses victimes.
Les armées , aussi mal approvisionnées que mal conduites , se battent et fuient alternativement en désespérées ; les généraux habiles sont accusés de trahison, parce que des représ entons , qui n'entendent rien à la guerre , trouvent mauvais ce qu'ils ne comprennent point, et jugent aristocrates tous les individus plus éclaireVqu'eux. Un corps législatif , que la faiblesse caractérisa dès les premiers instans de son existence , offrait d'abord de trèsvifs débats , tant qu'il exista dans son sein assez de lumières pour connaître les dangers , et de courage pour les prédire ; les hommes probes et généreux qui voulaient le bien de leur patrie , et osèrent tenter de l'établir, dénoncés audacieusement sous les plus odieuses couleurs , et de la manière la plus contradictoire, furent enfin sacrifiés par l'ignorance et la peur, à l'intrigue et au brigandage : chassés de ce corps, dont ils étaient l'élite , ils ne laissèrent après eux qu'une minorité extravagante et corrompue , dominant par la tyrannie , et dont les soltises et les crimes creusent le propre tombeau , mais en consommant la ruine publique: La nation, lâche et mal instruite , parce que l'égo'isme est paresseux, et que la paresse ne se donne pas la peine de rien voir, a laissé recevoir une constitution vicieuse, qui, eût-elle été meilleure , devait être re-