DEUXIÈME PARTIE. 5cJ
jetée avec indignation , parce qu'on ne peut, sans s'ivilir, rien accepter de la scélératesse ; elle prétend à la sûreté , à la liberté , qu'elle a vu impunément violer dans la personne de ses représentais î Elle ne peut changer que d'oppresseurs; elle est déjà sous un joug de fer , et tout changement lui parait un bien : mais incapable d'en opérer un elle-même , elle l'attend du premier maître qui voudra la commander. O Brutus ! dont la main hardie affranchit vainement les Romains corrompus, nous avons erré comme "toi. Ces hommes purs, dont lame ardente aspirait la liberté, que la philosophie avait préparés pour elle dans le calme de l'étude et l'austérité de la retraite , se sont nattés , comme toi , que le renversement de la tyrannie allait ouvrir le règne de la justice et de la paix : il n'a été que le signal des passions haineuses et des vices les plus hideux. Tu disais, après les proscriptions des triumvirs , que tu avais plus de honte de ce qui avait causé la mort de Gicéron , que de douleur de sa mort même ; tu blâmais tes amis de Rome de ce qu'ils se rendaient esclaves plus par leur faute que par celle des tyrans , et qu'ils avaient la lâcheté de voir et de souffrir des choses dont le seul récit aurait dû leur être insupportable , et leur faire horreur. C'est ainsi que je m'indignais du fond de ma prison ; mais l'heure de l'indignation est passée ; car il évident qu'on ne peut plus rien attendre de bien , ni s'étonner de rien de mal. L'histoire peindra-t-elle jamais l'horreur de ces temps affreux , et
les hommes abominables qui les remplissent de leurs forfaits ? Ils outre-passent les cruautés ce Marius , les sanguinaires expéditions de Sylla : celui-ci, faisant parquer et égorger six mille hommes qui s'étaient rendus à lui, près du sénat qu'il rassure et fait délibérer au bruit de leurs cris douloureux, se conduisait en tyran qui abuse de son pouvoir usurpé. Mais à quoi peut-on comparer la domination de ces hypocrites qui , toujours revêtus du masque de la justice, toujours parlant le langage de la loi , ont créé un tribunal pour servir leur vengeance , et envoient à l'échafaud , avec des formes juridiquement insultantes , tous les hommes dont la vertu les offense , dont les talens leur font ombrage , ou dont les richesses excitent leur convoitise ? Quelle Babylone présenta jamais le spectacle de ce Paris , souillé de sang et de débauches , gouverné par des magistrats qui font profession de débiter le mensonge , de vendre la calomnie , de préconiser l'assassinat ? Quel peuple a jamais corrompu sa morale et son instinct , au point de contracter le besoin de voir des supplices , de frémir de rage quand ils sont retardés , et d'être toujours prêt à exercer sa férocité sur quiconque entreprend de l'adoucir ou de la calmer ? Les journées de septembre ne furent que l'ouvrage d'un petit nombre de tigres enivrés ; celles des 3 1 mai (i)
(i) Ces deux journées soumirent la Convention au despotisme de la commune, et livrèrent les girondins, dont ma-