DEUXIÈME PARTIE. 6ï
et 2 juin , marquèrent le triomphe de la scélératesse , par l'apathie de tous les Parisiens et leur aveu tacite à l'esclavage : depuis cette époque , la gradation est effrayante ; ce qu'on appelle , dans la Convention, la Montagne, ne présente que des brigands, vêtus et jurant comme les gens du port, prêchant le meurtre et donnant l'exemple du pillage. Un peuple nombreux environne le palais de la justice , et sa fureur éclate contre les juges qui ne prononcent pas assez vite la condamnation de l'innocence. Les prisons regorgent d'hommes en place, de généraux , de fonctionnaires publics , et d'individus à caractère qui honoraient l'humanité ; la délation est reçue comme preuve de civisme , et le soin de rechercher ou de détenir les gens de bien , ou les personnes riches , fait l'unique fonction d'administrateurs ignares et vils.
Les victimes d'Orléans sont tombées. Charlotte Corday n'a pas produit le plus léger mouvement dans une ville qui ne méritait pas qu'elle la délivrât d'un monstre. Brissot (i), Gensonné , une
dame Roland partageait les opinions, à la vengeancede leurs ennemis. La publication des Mémoires relatifs à cette époque, et les éclaircissemens historiques dont ils seront accompagnés dans cette collection , répandront un grand jour sur les causes et sur les événemens de ces journées mémorables. ( Note des nouveaux éditeurs. ) (i) Des femmes, qui s'assemblent en club dans l'église de Saint-Eustache , disaient un jour, en heurîant, qu'il fallait avoir la tête de Brissot, et ne pas souffrir que les juges
foule d'autres députes demeurent sous le décret d'accusation : les preuves manquent, mais la fureur s'accroît ; et au défaut de raison pour les condamner, on ménage la volonté du souverain qui demande leur tète , comme une bète féroce qui attend sa proie. Custines a vécu (i) ; Robespierre jouit ; Hébert marque les victimes ; Chabot les compte ; le tribunal se presse ; le peuple se prépare pour accélérer et généraliser les exécutions : cependant la disette se fait sentir ; des lois meurtrières étouffent l'industrie, arrêtent la circulation, anéantissent le commerce ; les finances se dilapident; la désorganisation est partout, et dans ce renversement absolu de la fortune publique , des hommes sans pudeur fondent leur opulence, mettent à prix toutes leurs actions, et font un tarif pour la mort ou la vie de leurs concitoyens.
apportassent dans son procès les lenteurs qu'ils mettaient dans celui de Custines. Deux mille âmes environnant le Palais, le jour du jugement de ce général, frémissaient de crainte qu'il échappât , et disaient hautement : S'il est blanchi, il faudra en faire comme de Montmorin , et, avec lui, de tous les scélérats qui sont dans les prisons.
(i) Ses biens sont confisqués. Sa belle-fille , jeune et charmante femme, enceinte, qui partageait ses journées entre son beau-père, traîné au tribunal , et son mari , détenu à la Force, est emprisonnée sitôt après l'exécution du premier. Elle fait une fausse couche; qu'importe à ces tigres? L'accusateur public avait reçu d'elle deux cent mille livres pour sauver l'innocence : il les rend ; mais il fait arrêter celle qui pourrait dénoncer son infamie.