‹ Mâemoires du marquis de FerriáeresChapitre 65 sur 165 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

ou l'action d'un drame , trouveront-ils à l'étudier dans mon histoire.

Avant peu de jours, peut-être, le défaut de subsistance , irritant le peuple fatigué , le portera à des mouvemens que ses conducteurs auront soin de rendre funestes. Le 10 août devait être la commémoration des ides de septembre ; on menaçait hautement avant-hier de les renouveler , si Custines n'était condamné à mourir. Les cordttit, s é tablissent déjà la nécessité de se défaire des gens suspects ; des punitions sont prescrites contre ceux qui ont mal parlé de ces fameuses journées : n'est-ce pas préparer la justification de leur retour ? Les individus qu'on envoie au tribunal révolutionnaire , ne sont pas des accusés qu'on lui donne à juger; ce sont, des victimes quil est chargé de faire périr. Les détenus pour toute autre cause que des crimes, ne sont pas sous la sauve-garde de la loi ; mais abandonnés à la merci des soupçons et de la calomnie , ils ne peuvent se croire à l'abri dune aveugle fureur. Quittons cette époque malheureuse, comparable au règne de Tibère; renouvelez-vous pour moi , momens tranquilles de ma douce adolescence !

J'avais passé mes douze ans, et la troisième année de mon troisième lustre s'écoulait sous les yeux de ma bonne-maman. La paix de sa demeure et la piété de ma tante Angélique convenaient admirablement aux dispositions tendres et recueillies que j'avais rapportées du couvent. Tous les matins ma l 5

tante me conduisait à leglise pour y entendre la messe ; j'y fus bientôt remarquée par ces accapareurs de conscience qui se faisaient un mérite devant Dieu de peupler les cloîtres. M. l'abbé Géry , au cou tors , à l'œil baissé y s'accoste de celle qu'il croyait être ma gouvernante , pour la féliciter sur l'édification que produisait l'exemple de son élève , et témoigner le désir qu'il aurait d'être choisi pour la conduire dans les voies du Seigneur. 11 apprit avec regret que les grandes cérémoniesétaient faites , et que j'avais donné ma confiance; alors il désira savoir de moi si je n'avais pas de projet pour ma destination future et le renoncement au monde : je lui répondis que j'étais trop jeune encore pour connaître ma vocation. M. Géry soupira , me dit de belles choses , et ne manquait pas l'occasion de se trouver sur mon passage pour nous saluer dévotement. La piété de mon jeune cœur n'allait pas jusqu'au goût des affectations jésuitiques ; elle était trop vraie pour s'allier avec les ridicules du bigotisme , et le cou tors de M. Géry ne me plaisait nullement. J'avais pourtant le secret dessein de me consacrer à la vie religieuse ; saint Frauçois-de-Sales , l'un des plus aimables saints du paradis , avait fait ma conquête , et les dames de la Visitation , dont il était l'instituteur , étaient déjà mes sœurs d'adoption. Mais je jugeais bien qu'étant fille unique y je n'obtiendrais pas de mes parais la permission de prononcer des voux avant ma majorité ; je ne voulais point les chagriner

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