‹ Mâemoires du marquis de FerriáeresChapitre 74 sur 165 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

Tout était en mouvement, les jeunes personnes bien parées , la salle commune ornée de fleurs , le réfectoire garni de friandises; il faut avouer que dans ces fêtes de pauvres recluses, où l'on pouvait trouver de l'enfantillage , il régnait aussi ce je ne sais quoi d'aimable, d'ingénu, de gracieux, qui n'appartient qu'à la douceur des femmes, à la vivacité de leur imagination, à l'innocence de leurs ébats lorsqu'elles s'égaient entre elles , loin de la présence d'un sexe qui les rend toujours plus sérieuses quand il ne les fait pas délirer. Un petit drame , fort médiocre , mais animé par les voix de jeunes filles exécutant en choeur quelques couplets , fut le premier point du rassemblement; des danses folâtres lui succédèrent; des plaisanteries , quelquefois heureuses, un rire badin, d'autant plus vif qu'il contrastait davantage avec la gravité habituelle, réalisaient les saturnales pour toutes les chères sœurs et leurs élèves. Le médecin de la maison vint à l'infirmerie visiter quelques malades ; il fallut bien lui donner le spectacle de la fête : on l'amena sous un cloître décoré de guirlandes de verdure, où l'on avait établi une sorte de foire; là, de jeunes professes vendaient des chansons, d'autres distribuaient des gâteaux ; celleci tirait une loterie ; celle-là disait la bonne aventure ; les petits enfans portaient des corbeilles de fruits, et de ce côté l'on formait un concert. A l'arrivée de la perruque doctorale , les novices baissent leur voile; les grandes pensionnaires regardent

si leur parure n'est pas dérangée; les plus jeunes filles prennent un air composé; moi-même je tiens ma guitare avec moins de négligence. Elle était suspendue devant moi par un ruban passé sur l'épaule; on avait voulu m'entendre, et les circonstances m'avaient inspiré deux couplets médiocres , dont là-propos fut d'un grand effet : Cajon eût été content de ma manière de les chanter ; car n'exprimant que des sentimens auxquels je pouvais m'abandonner, rien n'avait contraint mes accens. On désirait que je les répétasse devant le médecin ; ce ne fut plus la même chose : la voix était moins sûre et l'expression comme voilée; une vieille sœur le remarqua d'un air malin , en disant que ma figure en était plus touchante. Le médecin s'en alla; chacun fut bien aise qu'il partit, mais personne n'aurait voulu qu'il ne fût pas venu.

Sophie était retournée à Amiens dans sa famille; avant son départ, nous avions obtenu que nos mères se vissent : elles avaient, pour ainsi dire , consacré notre liaison , s'étaient réciproquement applaudies du choix de leur fille , et avaient souri aux promesses, dont nous les avions fait témoins, de ne nous oublier jamais. C'a été plus vrai quelles ne le croyaient alors, malgré les modifications dont on jugera par la suite* Ma correspondance avec ma bonne amie devint très-régulière; je lui écrivais toutes les semaines , plutôt deux fois qu'une : Et que disiezvous donc? me demandera-t-on. — Tout ce que je voyais, pensais, sentais, apercevais; et certes î

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