‹ Mâemoires du marquis de FerriáeresChapitre 75 sur 165 · DEUXIÈME PARTIE. S · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE. S

j'avais beaucoup à dire. Ces communications se facilitaient et se nourrissaient par elles-mêmes; j'apprenais à réfléchir davantage en communiquant mes réflexions; j'étudiais avec plus d'ardeur , parce que je trouvais du plaisir à partager ce que j'avais acquis, et j'observais avec plus d'attention, parce que je me plaisais à décrire. Sophie m'écrivait moins ; une famille nombreuse , une maison fréquentée, beaucoup de devoirs de société, cette vie de province , très-occupée de petites choses et remplie de visites qui n'apprennent rien , dont une partie est régulièrement consacrée au jeu par amour du prochain , ne lui laissaient pas le temps de me dire, ni la faculté de recueillir autant de choses. Elle en mettait peut-être un plus grand prix à celles qu'elle recevait de moi , et m'intéressait d'autant plus à les lui envoyer. La mort de l'abbé le Jay m'ayant privée du secours de sa bibliothèque, où j'avais trouvé des historiens, des mythologues, des pères de l'Eglise et des littérateurs; Catrou et Rouillé, qui appellent Horatius Coclès un généreux borgne; Maimbourg , d'aussi bon goût; Berruyer, qui écrivit l'Histoire du peuple de Dieu , du style dont Bitaubé a écrit le poëme de Joseph; le chevalier de Folard , d'une toute autre tournure, et dont les détails militaires me paraissaient plus raisonnables que les réflexions des jésuites; l'abbé Banier , qui m'amusait bien plus que l'abbé Fleur j ; Condillac et le père André, dont la métaphysique appliquée à l'élo-

quence, au beau dans tous les genres, me plut singulièrement ; quelques poésies de Voltaire , et les Essais de morale de INicole ; les Vies des pères du désert y et celle de Descartes., par André Baillet; l'Histoire universelle de Bossuet ; des Lettres de saint Jérôme, et le roman de Don Quichotte ; mille autres choses aussi concordantes. Il fallut bien avoir recours aux libraires. Mon père n'étant pas dans le cas de choisir, demandait ce que je lui indiquais; mon choix se portait sur les ouvrages dont j'avais pris quelque idée , par citation ou autrement , dans ceux que j'avais déjà lus : je notai ainsi les traductions des anciens historiens, Diodore de Sicile et autres; je voulus revoir l'histoire de mon pays dans un autre écrivain queMézeray; je choisis l'abbé Velly et ses continuateurs , bien moins intéressans que lui en traitant des époques d'après lesquelles ils auraient dû l'être davantage s'ils avaient eu le même talent ; Pascal , Montesquieu , Locke , Burlamaqui , nos principaux auteurs de théâtre. Je n'avais point de plans, ni d'autre but que de connaître et de m 'instruire ; j'avais besoin d'exercer l'activité de mon esprit , d'alimenter mes goûts sérieux; j'avais besoin de bonheur , je ne pouvais le trouver que dans un grand développement de mes facultés; il résidait pour moi dans l'application. Je ne sais pas ce que je fusse devenue, si j'eusse été dans les mains de quelque habile instituteur ; il est probable que , fixée sur un objet unique ou principal, j'aurais pu

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