‹ Mâemoires du marquis de FerriáeresChapitre 79 sur 165 · DEUXIEME PARTIE. Cp · texte numérisé non relu

DEUXIEME PARTIE. Cp

m'exposait plus que telle autre ; je l'évitai scrupuleusement. L'inquiétude fut telle, qu'elle parvint ensuite à me réveiller avant la catastrophe. Lorsque je n'avais pu la sauver , je sautais au bas du lit, les pieds nus sur un carreau frotté, malgré le froid de l'hiver, et, les bras en croix, je priais le Seigneur de me garder des pièges du démon. Je m'imposais aussitôt quelque privation; et il m'est arrivé de pratiquer à la lettre ce que le prophète-roi ne nous a transmis, peut-être, que comme une figure du style oriental, de mêler la cendre avec mon pain , en l'arrosant de mes larmes. J'ai fait plus d'un déjeuner en mettant de la cendre au lieu de sel, sur une rôtie de beurre, par esprit de pénitence : ces déjeuners ne me faisaient pas plus de mal que les accidens nocturnes, pour la réparation desquels je me mettais à cet extravagant régime. Je compris enfin que ce pouvait être des épreuves que le ciel permettait, pour nous tenir dans une humble défiance de nous-mêmes ; je me ressouvins des plaintes et des prières de saint Paul , pour être délivré de certain démon et de ses aiguillons importuns ; j'imaginai que c'était pour cela que saint Bernard se jetait quelquefois dans la neige ; que saint Jérôme couvrait son corps du cilice et de la haire, et que le jeûne était si fort recommandé aux aspirans à la perfection. Comme j'étais humble et fervente, lorsque cela m'était arrivé ! Combien ma voix, ma contenance timide,

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ce teint encore plus animé , ces yeux humides et brillans , devaient ajouter d'expression à une physionomie où respiraient la candeur et la sensibilité ! Quel mélange d'innocence , de sentimens prématurés, de bon sens et de simplicité ! En vérité , je suis presque heureuse d'être en prison, pour me rappeler ces singularités piquantes, que je ne m'étais jamais amusée à considérer, et qui me divertissent véritablement.

Je vois déjà les curieux s'inquiéter de ce que je pouvais en dire à confesse ; assurément , ils n'ont pas plus de peine à l'imaginer, que j'eus d'embarras pour m'en tirer. Le plus scrupuleux examen avait beau rassurer ma conscience sur la volonté, je revenais toujours au principe de Philotée , à l'argument en conséquence, et enfin, si c'était une épreuve , encore fallait-il en parler au directeur. Comment s'y prendre ? quel nom donner ? que décrire ? Que pouvais-je exprimer ? « Mon père , je m'accuse. . . — Eh bien ! » Que dire après ? Le coeur me battait , le feu me montait au visage ; certaine sueur se répandait partout : « Je m'accuse... d'avoir eu des mouvemens contraires à la chasteté chrétienne. » Ah! la bonne phrase! Santeuil ne fut pas plus content d'avoir trouvé sa rime , et Archimède la solution de son problème , que je me sentis aise de l'expression. Mais s'il m'en demandait davantage ? Mais c'est à lui de savoir; moi, c'est tout ce que je puis dire. Je tremblai ce jour-là bien plus fort , en mage-

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