DEUXIEME PARTIE. qj
traits , on peut se demander : Où donc en esc la beauté ? Aucun n'est l'égulier, tous plaisent. La bouche est un peu grande ; on en voit miile de plus jolies : pas une n'a le sourire plus tendre et plus séducteur. L'œil , au contraire , n'est pas fort grand, son iris est d'un gris-châtain ; mais, placé à fleur de tête , le regard ouvert , franc , vif et doux , couronné d'un sourcil brun comme les cheveux , et bien dessiné , il varie , dans son expression , comme l'ame affectueuse dont il peint les mouvemens • sérieux et fier, il étonne quelquefois; mais il caresse bien davantage, et réveille toujours. Le nez me faisait quelque peine , je le trouvais un peu gros par le bout ; cependant, considéré dans l'ensemble , et surtout de profil, il ne gâtait rien au reste. Le front large , nu , peu couvert à cet âge , soutenu par l'orbite très-élevée de l'œil , et sur le milieu duquel des veines en y grec s'évanouissaient à l'émotion la plus légère , était loin de l'insignifiance qu'on lui trouve sur tant de visages. Quant au menton, assez retroussé , il a précisément les caractères que les physionomistes indiquent pour ceux de la volupté; lorsque je les rapproche de tout ce qui m'est particulier, je doute que jamais personne fût plus faite pour elle , et l'ait moins goûtée. Le teint vif, plutôt que très-blanc , des couleurs éclatantes, fréquemment renforcées de la subite rougeur d'un sang bouillant, excité par les nerfs les plus sensibles ; la peau douce , le bras arrondi , la main agréable , sans être petite , parce que ses doigts al-
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longes et minces annoncent l'adresse et conservent de la grâce ; des dénis fraîches et bien rangées ; l'embonpoint d'une santé parfaite : tels sont les trésors que la nature m'avait donnés. J'en ai perdu beaucoup , surtout de ceux qui appartiennent à l'embonpoint et à la fraîcheur; ceux qui me sont restés, cachent encore , sans que j'y emploie aucun art , cinq à six de mes années ; et les personnes même qui me voient tous les jours , ont besoin que je leur apprenne mon âge , pour me croire plus de trente-deux ou trente-trois ans. Ce n'est que depuis mes pertes , que je connais tout ce que j'avais; je ne savais pas son prix lorsque je le possédais , et peut-être cette ignorance en augmentait-elle la valeur : je ne la regrette point aujourd'hui , parce que je n'en ai pas abusé ; mais si le devoir pouvait s'accorder avec mon goût pour laisser moins inutile ce qui me reste, je n'en serais pas fâchée. Mon portrait a été dessiné plusieurs fois , peint et gravé : aucune de ces imitations ne donne Vidée de ma personne (i); elle est difficile à saisir, parce que j'ai plus d'ame que de figure , plus d'expression que de traits. Un artiste ordinaire ne peut la rendre ; il est même probable qu'il ne la voit pas. Ma physionomie s'anime en raison de l'intérêt qu'on m'inspire , de même que mon esprit se développe en proportion de celui qu'on emploie avec moi. Je me
(i) Le Camée de Langlois est la moins mauvaise.