‹ Mâemoires du marquis de FerriáeresChapitre 92 sur 165 · DEUXIEME PARTIE. 1ÏÇ · texte numérisé non relu

DEUXIEME PARTIE. 1ÏÇ

lesquelles mon amour-propre , fort éveille , était aux aguets de tout ce qui pouvait me faire paraître avec avantage , et m'assurer que je n'avais pas perdu mon temps , un vide insupportable , une inquiétude et un dégoût qui me faisaient payer trop cher les plaisirs de la vanité. Habituée à réfléchir , a. me demander compte de mes sensations , je recherchais péniblement les causes de ce malaise , et ma philosophie s'exerçait pleinement.

Est-ce donc pour briller aux yeux , comme les fleurs d'un parterre , et recevoir quelques vains éloges , que les personnes de mon sexe sont formées à la vertu , qu'elles acquièrent des talens ? Que signifie ce désir extrême de plaisir dont je me sens dévorée, et qui ne me rend point heureuse lors même qu'il semblerait devoir être satisfait ? Que m'importent les regards curieux , les complimens doucement murmurés , d'une foule que je ne connais point, et qui est peut-être composée de gens que je n'estimerais guère s'ils m'étaient connus? Suis-je donc au monde pour dépenser mon existence en soins frivoles , en sentimens tumultueux? Ah! sans doute, j'ai une meilleure destination; cette admiration qui m'enflamme pour tout ce qui est beau , sage , grand et généreux , m'apprend que je suis appelée à le pratiquer; les devoirs sublimes et ravissans d'épouse et de mère seront un jour les miens ; c'est à me rendre capable de les remplir que doivent être employées mes jeunes années; il faut que j'étudie leur importance, que j'apprenne,

en réglant mes propres inclinations, comment diriger un jour celles de mes enfans; il faut que dans l'habitude de me commander le soin d'orner mon esprit , je m'assure les moyens de faire le bonheur de la plus douce des sociétés , d'abreuver de félicité le mortel qui méritera mon cœur, de faire rejaillir sur tout ce qui nous environnera, celle dont je le comblerai , et qui devra être tout entière mon ouvrage. Mon sein s'agitait à ces pensées; mon cœur ému, gonflé, attendri, me faisait verser des larmes abondantes; il s'élevait alors à l'intelligence suprême , à cette cause première , cette providence, que sais-je , à ce principe du sentiment et de la pensée qu'il avait besoin de croire et de reconnaître. O toi ! qui mas placée sur la terre, fais que j'y remplisse ma destination de la manière la plus conforme à ta volonté sainte , et la plus convenable au bien de mes frères ! Cette prière naïve , simple comme le cœur qui la dictait , est devenue ma seule prière; jamais la philosophie dissertante, ni aucune espèce d'égarement, n'a pu en dessécher la source. Du milieu du monde , et du fond d'une prison, je l'ai faite avec le même abandon : je la prononçai avec transport dans les circonstances brillantes de ma vie ; je la répète dans les fers avec résignation ; jalouse , dans les premières, de me défendre de toute affection qui n'eût point été à la hauteur de ma destinée ; soigneuse , dans les autres , de conserver la force nécessaire pour soutenir les éprem es auxquelles je suis exposée; persuadée qu'il est, dans

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