DEUXIÈME PARTIE
une pelouse charmante , voilaient , pour ainsi dire, une petite maison à deux étages , fort proprement bâtie. « Qu'est-ce que cela? » Deux jolis enfans jouaient devant la porte ouverte ; ils n'avaient ni l'air des villes , ni ces enseignes de la misère , si communes dans les campagnes : nous approchcns; nous apercevons, sur la gauche, un jardin potager où travaillait un vieillard. Entrer, converser avec lui , fut bientôt fait ; nous apprîmes que ce local s'appelait Vdle - Bonne ; que celui qui l'habitait étaàtjbntainier an Moulin-Rouge, chargé de veiller à l'entretien des canaux qui conduisaient les eaux dans quelques «parties du parc ; que les faibles appointemens de cette place soutenaient en partie un jeune ménage dont nous voyions les petits enfans, et dont lui, vieillard, était le grand-père : que les soins de la famille occupaient la femme, tandis qu'il cultivait ce jardin dont son fils allait vendre les produits à la ville , dans ses momens de loisir. Le jardin était un carré long , divisé en quatre portions , autour desquelles était ménagée une allée assez large ; un bassin occupait le centre et fournissait des moyens d'arrosement ; au fond , une niche d'ifs , sous laquelle était un grand banc de pierre , offrait le repos et l'abri. Des fleurs mêlées aux légumes rendaient l'aspect du jardin riant et gracieux : le vieillard , robuste et content , me rappelait celui des bords du Galèze , que Virgile a chauté ; il causait avec plaisir et bon sens , et s'il ne fallait que des goûts simples pour apprécier in se
telle rencontre , mon imagination ne manquait pas dy joindre tout ce qui pouvait lui prêter des charmes. Nous nous informons si l'on n'est pas dans l'usage de recevoir des étrangers ? « Il n'en vient guère , nous dit le vieillard , ce lieu est peu connu ; mais quand il s'en présente , nous ne refusons pas de leur servir ce que renferment la basse-cour elle jardin. )) Nous demandons à diner ; on nous donne des œufs frais , des légumes , de la salade , sous un joli berceau de chèvre-feuille derrière la maison. Je n'ai jamais fait de repas plus agréable ; mon cœur se dilatait dans l'innocence et la joie d'une situation charmante. Je caressai beaucoup les petits enfans; je témoignai de la vénération au vieillard; la jeune femme parut bien-aise de nous avoir reçus : on parla de deux chambres de leur maison dont ils pouvaient disposer pour les personnes qui voudraient les louer durant trois mois , et nous finies le projet de les occuper. Ce doux projet n'a point été réalisé ; jamais je ne suis retournée à Ville- Bonne , car nous visitions Meudon depuis longtemps lorsque nous finies cette découverte , et nous avions adopté une auberge du village pour y coucher lorsque deux fêtes de suite nous permettaient de prolonger notre absence. C'est dans cette auberge, qu'on appelait, je crois, la Reine de France, quil nous arriva une chose plaisante. Nous occupions une chambre à deux lits , dans le plus grand desquels je couchais avec ma mère ; l'autre , dans un coin de la chambre , servait à mon père seul :