‹ Mâemoires inâedits et opuscules de Jean Rou (volume 2)Chapitre 10 sur 174 · DE PEINTURE EX DE SCULPTURE DE PARIS · texte numérisé non relu

DE PEINTURE EX DE SCULPTURE DE PARIS

J'eusse épargné à M. Bayle la peine de faire cette petite critique, toute judicieuse et bien fondée qu'elle est, puisque j'ai toujours été moi-même convaincu de sa justesse, si je în'étois avisé d'anticiper auprès de lui les raisons qui m'avoicnt porté à donner à ma pièce le tour dont il parle, et sur lequel sa re-» marque roule; c'est que comme le bon sens dicte qu'il faut proportionner les sujets qu'on traite, et qu'un peintre par exemple serait ridicule, comme dit Horace, s'il lui arrivoit de faire voir une tête d'homme sur un cou de cheval, je crus, en travaillant à mon Histoire de V Académie de peinture et de sculpture, laquelle est toute remplie de descriptions riantes et d'un ornement achevé, que je devois donner à mon ouvrage un prélude de véritable assortiment; en un mot, que toute la magnificence des matières que j'avois à traiter étant comme un superbe palais, où il me falloit étaler un frontispice, il eût été de mauvaise grâce de dresser ce portail dans un ordre toscan, pendant que tout le corps de l'édifice auroit été d'ordre corinthien.

Après cette espèce d'apologie, je ne feindrai point d'exposer ici le début glosé en quelque sorte par M. Bayle, à une nouvelle pierre de touche, et d'en rendre juge tout lecteur qui en voudra connaître. Voici la pièce :

Introduction à V Histoire de V Académie roijale de la peinture et de la

sculpture.

Je ne me souviendrai jamais qu'avec une espèce de regret du plaisir indicible que je goûtai un des plus beaux jours de cette aimable saison qui semble donner une nouvelle vie à toute la nature, et ce fut, si ma mémoire ne me trompe, le 23 d'avril 1667, lorsque traversant le Palais-Royal où quelques affaires m'avaient attiré, je me trouvai inopinément au milieu d'un embarras de plusieurs carrosses qui occupoient tout le bas de la vaste rue de Richelieu. Paris est si véritablement un petit monde, qu'il s'y passe tous les jours, comme dans le grand, mille choses curieuses dont il est impossible que la plus grande partie ne soit pas ignorée de ceux-là même qui l'habitent. J'étois donc comme le seul au milieu d'une connaissance presque universellement répandue , qui ne savois rien d'un célèbre concours de plusieurs personnes de tout âge, de tout ordre et de tout sexe, lesquelles s'étoient rendues dans la grande cour du palais Brion pour y admirer les riches ta-

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