‹ Mâemoires inâedits et opuscules de Jean Rou (volume 2)Chapitre 11 sur 174 · HISTOIRE DE L* ACADEMIE · texte numérisé non relu

HISTOIRE DE L* ACADEMIE

blcaux elles superbes statues que l'Académie royale de la peinture et de la sculpture y avoit étalés ce jour-là par ordre exprès de Sa Majesté. On ne sauroit dire quel agréable spectacle ce fut pour moi de voir tout à la fois une si prodigieuse quantité de toute sorte d'ouvrages dans toutes les diverses parties de la peinture, je veux dire l'histoire, le portrait, le paysage, les mers, les fleurs, les fruits; et par quelle espèce de magie, comme si j'eusse été transporté en des climats étrangers et dans des siècles tout à fait reculés, je me trouvois spectateur de ces fameux événements dont les surprenants récits m'avoient si souvent jeté dans l'admiration. J'avois de la peine à comprendre comment je pouvois me trouver en état de m'entrctenir avec de célèbres morts qui jusqu'alors ne m'étoient connus que par l'éclat de leur renommée, ou par quel changement de théâtre je pouvois trouver tantôt la solitude des plus affreux déserts, tantôt la fertilité des plus riantes campagnes, tantôt l'horreur des tempêtes et des naufrages, au milieu des rues de la ville du monde la plus peuplée, et qui est éloignée de la plus prochaine mer de plus de 40 lieues. Enh'n je ne pouvois sans beaucoup de plaisir voir l'art disputer à la nature par d'innocentes iicîions la vérité de ses propres originaux, et tromper agréablement mes yeux en leur faisant voir comme une transplantation anticipée de l'automne au printemps, et leur étalant parmi les boutons des premières fleurs toute la maturité des derniers fruits.

Le contentement extraordinaire que j'eus à parcourir tant de beautés m'ayant insensiblement fait entrer en conversation avec un curieux de ma connaissance du sujet d'une, fête si magnifique , et un des professeurs de cette savante Académie qui se trouva aussi être de mes amis, nous ayant en même temps joints, j'eus lieu, par un assez long entretien que nous eûmes ensemble, de m'instruirc également et de l'occasion de toute cette cérémonie et de l'établissement de cet illustre corps.

Le goût que je pris à cette conversation ayant étreint comme par de nouveaux nœuds l'ancienne union qui étoit entre nous , ce qui n'avoit été jusquelà qu'une amitié assez ordinaire, devint bientôt un commerce régulier parla curiosité qui me prit de pénétrer tous les secrets d'un des plus nobles de tous les beaux- -arts, d'autant plus que je m'aperçus bientôt d'une erreur qui, toute grossière qu'elle est, n'a pourtant que trop de vogue dans le monde, où la plupart des gens, même les savants elles plus beaux esprits tombent dans le faible de s'ériger de leur propre autorité en juges compétents des mystères d'une profession dont il n'y a que les initiés qui aient une véritable connaissance; trompés par cette pensée que cet art n'ayant souvent pour objet que les plus communs sujets de la nature, ses copies semblent être d'autant plus du ressort de leur jugement que les originaux en sont tous les jours exposés à leurs yeux.

Comme cet excellent ami avoit sa profession d'autant plus à cœur, qu'il s'y distinguoit glorieusement entre ses plus illustres confrères, il ne put sans quelque sorte de joie me voir entrer dans une si sérieuse enquête des particularités de ce bel art ; et comme il avoit l'honneur de tenir le registre

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