‹ Mâemoires inâedits et opuscules de Jean Rou (volume 2)Chapitre 109 sur 174 · PLAUTE II · texte numérisé non relu

PLAUTE II

qui n'alloient à ses comédies que pour ses méchantes plaisanteries, qui aussi étoient faites tout exprès pour eux ; à peu près comme de nos jours on voyoit le petit peuple de Paris et les courtauts de boutique être sur les pièces du fameux Molière, beaucoup plus sensibles à la représentation des Fourberies de Scapin qu'aux peintures admirables qui se trouvent dans le Ballet des Fâcheux, dans le Tartufe et dans le Misanthrope. Or, c'est là le véritable sens du passage d'Horace qui n'a point voulu par là mettre Térence au-dessus de Plaute, comme quelques savants l'ont prétendu. Cela n'empêche donc point qu'on ne puisse dire que ce qui adonné le plus de réputation à Plaute, c'est son style et sa manière de dire des plaisanteries; en effet, le style de Plaute est très latin, et de très bons juges, du siècle même de la belle latinité, l'ont regardé comme le plus élégant de tous les auteurs latins, et même comme le maître de cette langue. Varron,le savant Varron, assuroit que si les Muses avoient voulu parler le langage des hommes, elles auroient choisi celui de Plaute pour s'en acquitter avec plus de grâce; et il lui donnoit le prix de l'expression au préjudice des autres comiques latins ; Gicéron, qui avoit un goût si fin pour tout ce qui regarde le bel esprit, attribue à Plaute une délicatesse toute particulière pour la fine raillerie et pour les rencontres ingénieuses ; une adresse singulière à jeter du sel dans toutes ses plaisanteries, un air enjoué et cette urbanité romaine pour laquelle notre langue ne nous a point encore donné de terme équivalent. Plaute et Térence ont été non-seulement les principaux, mais presque les uniques parmi les Romains qui aient réussi sur le théâtre; mais quoiqu'ils aient eu tous deux dessein de plaire à leurs auditeurs, Plaute, dit-on, a mieux réussi que Térence à divertir le peuple, parce qu'il est beaucoup plus facétieux. Quand donc, nonobstant cela, on préfère aujourd'hui Térence à Plaute, cela vient de ce que depuis qu'on a été obligé d'étudier la langue latine, comme étant devenue étrangère, on a jugé la pureté de Térence préférable à toutes les

TKRËMJE.

pointes et à toutes les plaisanteries de Haute. Haute, comme il a déjà été insinué, doit être admiré comme un véritable comédien, et Térence doit être considéré seulement comme un homme qui savoit bien parler, au lieu que Plaute, tout beau parleur qu'on demeure d'accord qu'il est aussi, a un grand nombre de vieux mots qu'on ne peut s'abstenir de lui reprocher; mais quoi, c'étoit l'usage de son temps. Plaute a surpassé Térence par la variété de ses matières et de ses expressions ; mais Térence a surpassé Plaute par la prudence et par l'exactitude dont il a traité et ménagé le peu qu'il a choisi de matières, et par la noblesse, la pudeur et la dignité qui régnent dans ses expressions, parce que le premier paraît s'être donné tout entier au divertissement de la populace, au lieu que Térence s'est réservé pour un petit nombre d'esprits choisis, dont il s'est contenté d'avoir l'approbation. Enfin au lieu qu'il se trouve beaucoup de désordre dans la suite des pièces de Plaute, où des actes se trouvent confondus les uns avec les autres, celles de Térence au contraire sont assez réglées, et peuvent encore aujourd'hui servir de modèle, ce qu'on ne peut pas dire de celles de Plaute. Plaute est ingénieux dans ses desseins, heureux dans ses imaginations, fertile dans l'invention, mais les dénoûments de Térence sont plus naturels que ceux de Plaute. Plaute non plus n'est pas si fort à imiter que Térence, parce qu'il s'est donné des libertés qu'on ne pourroit souffrir aujourd'hui que dans la bouche des bouffons ; au lieu qu'il n'y a presque rien dans Térence qu'on ne puisse fort bien employer dans les sujets les plus graves et les plus sérieux. A tout cela près, on peut dire que Plaute a mieux entendu le jeu de thécâtre que Térence ; mais que Térence en a un peu plus exactement observé les règles. Au reste, Plaute et Térence ont eu une égale habileté à bien dépeindre et soutenir le caractère de tous leurs personnages (1).

(i) Voyez plus loin une lettre de moi au sieur Rapin^ sur tous les six articles précédents. [Note de Fauteur.]

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