‹ Mâemoires inâedits et opuscules de Jean Rou (volume 2)Chapitre 12 sur 174 · DE PEWTCRE ET DE SCULPTURE DE PARIS · texte numérisé non relu

DE PEWTCRE ET DE SCULPTURE DE PARIS

des délibérations de toute la compagnie en qualité de son secrétaire, il m'offrit généreusement la communication de tous ses cahiers, afin de mieux remplir les empressements de ma curiosité.

C'est donc après les avoir soigneusement étudiés que je me suis insensiblement trouvé en état d'entreprendre l'ouvrage que je publie aujourd'hui, et que je diviserai en ees quatre parties :

Dans la première, je ferai une narration simple mais fort iidèle de l'érection de ce célèbre corps et des obstacles qui le traversèrent au sujet de sa jonction avec la maîtrise, jusqu'à la réformation de cette jonction et à l'entier établissement de l'Académie , dont je donnerai en même temps les statuts, et dirai par quels règlements cette compagnie fut policée.

La deuxième traitera de l'établissement des conférences et des fêtes du palais Brion, et elle embrassera dans le seul réduit de six discours prononcés en présence de feu M. Colbert, protecteur de l'Académie, tout le recueil des divers et nombreux entretiens tenus régulièrement par semaine dans le cours de plusieurs années, sur les principaux préceptes de la peinture et de la sculpture, et qu'on peut dire contenir en abrégé tous les plus beaux secrets de ces nobles arts(1).

(1) Les premières séances do l'Académie de peinture et de sculpture de Paris eurent lieu dans la maison de son président, Charmois; en 1648, on loua un grand appartement à l'hôtel de Clisson, situé rue des Deux-Boules : l'Académie y tint ses séances pendant einq ans. Lors de sa jonction avec la maîtrise, elle prit un autre local dans une maison communément appelée Sainte-Catherine, dans la rue des Déchargeurs. Un brevet du roi, du 28 décembre 1634, affectait la galerie du collège royal de France pour le logement de l'Académie : ce logement étant, alors occupé par une société de libraires, l'Académie s'installa aux galeries du Louvre, dans un appartement où habitait Sarrazin: elle y resta sept ans et vint s'établir ensuite clans un grand atelier, situé près de là et devenu vacant par la mort d'un tapissier, nommé Du Bourg.

«Au mois de septembre 1661, M. de Ratabon (directeur de l'Académie), étant de retour à Paris, fit convoquer précipitamment une assemblée de l'Académie, où il déclara que le roi avait résolu de se servir du logement qu'elle occupait pour y établir l'imprimerie royale, et qu'il fallait en déloger incessamment, donnant le choix à l'Académie ou d'en prendre un en ville, dont il promettait de payer les loyers, ou de s'aller établir en une des galeries du Palais-Royal. La compagnie, après avoir marqué sa respectueuse soumission aux ordres du roi, pria le surintendant des bâtiments de lui continuer l'honneur d'être logée dans une des maisons royales, et à l'instant même il la conduisit dans la galerie du palais Brion, en laquelle l'Académie a tenu son école et ses assemblées pendant trente-un ans, n'en étant sortie que le 2 février 1692, pour être transférée au vieux Louvre, où elle reprit ses séances le 15 avril suivant et où elle continue encore aujourd'hui. » (Piganiol de La Force, Description de Paris, t. I.)

« Les Académies de peinture et de sculpture se tiennent l'une et l'autre dans le palais Brion, qui fait partie du Palais-Royal et qui a sa porte dans la rue Richelieu. » (Les Adresses de la ville de Paris avec le trésor des almanachs, par Abra» ham du Pradel. Paris, 1691.)

20 HISTOIRE DE i/ ACADEMIE

Dans la troisième, je traiterai de l'établissement des Gobelins et des principales fêtes qui ont été solennisées dans cet hôtel , soit aux réjouissances anniversaires, soit aux visites royales, ou aux bouquets des particuliers, et autres occasions publiques.

Eniin la quatrième et dernière partie contiendra la liste des principaux membres qui ont eu part à cet établissement, et elle traitera de leur extraction, de leurs talents, de leurs ouvrages, de leur fortune et de leurs mœurs; mais en s'imposant cette loi, de marquer avec soin tout ce qui, à ce dernier égard, pourra servir à l'instruction des vivants, sans permettre à l'esprit de médisance de troubler les cendres des morts.

Pendant que je suis sur cet article de l'Académie royale etc., dont l'histoire ne peut pas trouver ici sa place, je ne crois pas le devoir quitter sans produire quelques échantillons des petits ornements dont j'ai tâché de la revêtir, afin qu'on puisse, par ces morceaux détachés, juger de la manière dont je me suis pris à cet ouvrage, et du style que j'y ai gardé. Je n'en donnerai ici que quatre seulement, par lesquels on pourra juger de tout le reste.

Le premier regarde les obstacles dont quelques esprits brouillons tâchèrent de traverser le noble dessein de l'établissement académique. Voici comme je tombe sur cet article :

Comme la même activité de chaleur qui dans la force du renouveau produit l'émail et le parfum des fleurs, engendre en même temps divers insectes qui leur font la guerre et les détruisent, il arriva aussi que dès les premiers jours qu'on vit éclore ce fameux établissement, la malignité de ses anciens ennemis se réchauffant lui suscita de nouvelles traverses, et que les jurés, revenus de leur étourdissement, se roidirent plus que jamais contre les progrès de cet illustre corps, etc.

Le second roule sur l'extrême application de chacun des membres de l'Académie à répondre dignement par tous ses soins à la grande attente, tant de la cour que généralement de tous les curieux, touchant les effets d'une institution de cette importance. J'avoue pour moi, dis-je sur ce sujet, que je ne pense point à tout cet agréable mouvement sans me former quelque image de cette fameuse école d'Athènes, dont l'inimitable Raphaël, sur les idées de saint Paul, nous a laissé une si vive peinture, et qui étoit remplie de géomètres, de philosophes, et en un mot de toute sorte de savants; ce qui aussi porta sans doute le grand apôtre dont je viens de parler, à choisir ce lieu plutôt qu'aucun autre, pour semer partout sa doctrine, dont ces

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