‹ Mâemoires inâedits et opuscules de Jean Rou (volume 2)Chapitre 111 sur 174 · MATHIAS C0IVV1N ET GEORGES POG&BRAC · texte numérisé non relu

MATHIAS C0IVV1N ET GEORGES POG&BRAC

compte; mais son frère Mathias, qui, en attendant un pareil sort, fut jeté dans une affreuse prison (parce qu'on vouloit couronner cette dernière exécution d'un appareil plus authentique que n'avoit pu être celui delà première), fut miraculeusement délivré par un coup tout subit de la justice divine, dont voici le dénoûment :

Le roi Ladislas ayant fait emprisonner Mathias Corvin, delà manière et pour le sujet que nous avons dit, l'avoit envoyé, sous sûre garde, à Yienne, en Autriche, de peur que, par les pratiques de ses amis, il ne trouvât moyen de se ressentir de sa détention et de venger la mort de son frère ; il l'avoit ensuite fait conduire avec lui à Prague, pour le faire ainsi exécuter plus sûrement loin de son pays. Ce prince étant en cet état, dénué de toute espérance et n'attendant que le supplice, il arriva que Ladislas, en moins de 36 heures, fut enlevé du monde à la veille pour ainsi dire de ses noces qui dévoient être solennisées de la manière du monde la plus pompeuse, et cela si fort contre l'attente universelle qu'on a toujours cru que c'étoit du poison* Les deux royaumes, tant de Hongrie que de Bohême, furent obligés par là de penser, chacun de son côté, à se pourvoir d'un successeur. Les Bohèmes, pour des raisons qui leur étoient particulières (1), élurent Georges Pogébracqui, depuis plusieurs années, étoit leur gouverneur; et les Hongrois, par le souvenir des biens que Jean Hunyade avoit autrefois fait à leur couronne, résolurent d'élever à la même dignité son fils, l'infortuné Mathias, qui se croyoit si près de la mort. Ainsi, tout absent et prisonnier qu'il étoit, ils l'élurent pour leur roi; et les nouvelles en étant bientôt arrivées à Pogébrac, qui , dès avant la mort de Ladislas, tenoit, par son ordre, ce jeune seigneur en sa garde, il le fit venir devant lui et le lit asseoir à sa table en la plus honorable place. Mathias prit d'abord cette extraordinaire

(1) C'est que tenant pour la plupart la doctrine de Jean Huss, ils craignoient de retomber dans les mêmes dangers, où l'animosité du feu roi contre ceux de cette opinion les avoit jetés. [Note de routeur.

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