CORRESPONDANCE DE RAPIN-TIIOYRAS
un peu équivoque pour d'autres gens que lui et. moi, sur cette perte de temps dont il me plaint ; et il me parut en effet, par une seconde lettre qui suivit bientôt cette première, qu'il ne me savoit pas mauvais gré du sens auquel j'avois pris son expression, car voici comment il s'en expliqua plus clairement avec moi le 1 2 août suivant ;
A Monsieur Rou, secrétaire, etc.
« Monsieur, « Vous avez fort bien jugé que je n'avois nullement en pensée de vous dire que vous perdiez votre temps faute de vous occuper; car outre que c'eût été à moi une impolitesse très grande, je puis vous assurer que rien n'étoit plus éloigné de ma pensée que de vous accuser de cela. Peut-être que mou amitié m'a empêché de faire attention à l'équivoque qu'il pourroit y avoir dans mes paroles, parce qu'il ne me seroit jamais venu dans l'esprit que vous pussiez les prendre en un mauvais sens. Vous m'avez donc rendu justice, mon cher Monsieur, en leur donnant tout le sens favorable qu'elles sont capables de recevoir. J'ai voulu seulement vous marquer combien je suis touché de ce que vous travaillez continuellement et que votre travail ne vous rapporte aucun avantage qui puisse vous encourager à le continuer ; et en cela je ne vous ai rien dit de nouveau ; je crois avoir eu l'honneur de vous le dire quelquefois, et plus souvent encore à M. Du Yivier, votre ami particulier et le mien. Je vous avoue que je suis extrêmement surpris de ce que la traduction de VHistoire de Hongrie en est demeurée là, ou peut-être de ce que par des intrigues secrètes dont je me doute un peu, on a fait, sous prétexte de charité mal entendue (1), passer cet ouvrage en d'autres mains dont peut-être on aura tout sujet de se re-
(1) Il veut parler d'un ministre sans emploi, à qui on étoit bien aise de faire gagner un morceau de pain, et de qui on auroit eu bien meilleur marché que de moi; [Note de l'auteur.]