AVEC ROI
m'en eommuniquoit, avec d'autant plus de sincérité, que je ne feignis pas de lui dire que j'avois une espèce de chagrin de n'avoir que des applaudissements à lui donner, lui avouant ingénument que je n'eusse pas été fâché de trouver, du moins par intervalles, de petites matières de critique discrète et ménagée pour assaisonner de quelque saupiquet la réponse toute simple que je lui envoyois, laquelle ne lui paraissant rouler que sur des louanges perpétuelles, ne pourroit aussi lui être qu'insipide.
Ici, je suis empêché de donner au lecteur la satisfaction d'un détail plus circonstancié de tout cet excellent ouvrage (1) de M. de Rapin, par l'instante prière qu'il m'a faite de ne rien révéler à personne de tout ce qu'il me confioit là-dessus, me faisant entendre que trop d'éclat sur ce projet ne pourroit lui être que nuisible.
Ce long silence de M. de Rapin , dont je viens de parler, fut enfin rompu par une lettre très obligeante qu'il m'écrivit au commencement de cette présente année 1711, et qui me vint fort à propos pour adoucir les chagrins d'une très fâcheuse maladie, dont j'avois été accueilli environ ce temps-là, et qui n'étoit pas encore bien passée. Cette lettre, dis-je, me fit tellement revenir le cœur, qu'aussitôt je lui en dépêchai la réponse que voici :
A Monsieur Thoyras-Rapin.
« C'est, mon très cher Monsieur, comme du fond d'un cer- « cueil que je vous tremblote ce peu de lignes, n'ayant pas en- « core la main assez sûre, moins l'esprit assez réveillé pour « vous bien dire tout ce que pense mon cœur, qui est la seule « pièce (comme la dernière mourante de notre misérable com- « posé) dont je pourrois un peu faire parade auprès de vous.
(1) C etoit sans doute son Histoire d'Angleterre, qui a paru depuis en dix volumes. [Note du fils de l'auteur.)