DE PEINTURE ET DE SCULPTURE DE PARIS
grands esprits si généralement estimés eussent pu être de très heureux propagateurs.
Le troisième morceau regarde les magnificences du palais Brion. Là , partant de l'espérance dont je me flattois qu'une description de cette nature ne pourroit être que très agréable au lecteur, je tourne ainsi le début de ce morceau.
On a dit en pays grec et latin que, lorsque Apollon tient ses grands jours, le Parnasse est orné d'une décoration extraordinaire, et qu'il semble que les Muses, dans ces occasions, ne se contentant pas de leurs beautés naturelles, cherchent encore à les rehausser d'une parure toute magnifique. L'Académie royale de la peinture et de la sculpture est une espèce de Parnasse réel qui a cet avantage incontestable sur le fabuleux , que tout y est effectif et solide, et n'est pas un pur enfantement de l'imagination et du caprice. Mais il a pourtant cela de commun avec celui des poêles, que, comme on a fort bien dit que la peinture et la poésie étoient sœurs, il semble que les nourrissons de la première ne cherchent pas moins que ceux de l'autre la parure et le faste. C'est là une vérité que la description des solennités du palais Brion que nous allons tâcher de faire, mettroit dans tout son jour, et que celle des fêtes de l'hôtel des Gobelins qui la suivra de près rendroit encore plus sensible, si notre plume pouvoit répondre à la dignité et à la magnificence des sujets qu'elle aura à traiter. En effet, on verra dans l'une et dans l'autre, quantité de décorations très pompeuses, un nombreux étalage d'immenses richesses, en un mot tout ce que la nature peut faire voir de plus précieux et de plus rare, et ce que les beaux-arts ont jamais produit de plus ingénieusement imaginé et de plus arlislement mis en œuvre.
Le quatrième, enfin, traite de la manière dont le sieur Coypel se procura la nomination au rectorat de l'Académie française de Rome, et voici comment je maniai cet article.
Le temps prescrit pour le changement du recteur dans l'Académie française de Rome étant expiré, on fit choix d'un officier pour aller remplir ce poste-là. M. Coypel, peintre distingué et particulièrement très bon dessinateur, avoit été indiqué par M. Errard même pour lui succéder en cette commission , et il s'y engagea volontiers ; mais il est bon de dire qu'une autre recommandation encore plus forte fut proprement ce qui fit l'affaire, je veux dire celle de M. Le Brun. M. Coypel lui-même ne s'y étoit pas tenu immobile et sans action ; comme il a de l'habileté ailleurs qu'aux doigts, et que par toutes les choses qui s'étoient passées dans le dernier établissement de l'Académie, il ne pouvoit ignorer le puissant crédit de M. Le Brun dans tout ce qui regardoit les affaires de ce corps , il s'attacha régulièrement à lui et en fit comme son patron; son assiduité même ne fut pas une simple cour de grimaces; il alla d'abord au solide, et comme il savoit qu'il n'est rien de plus sûr que de prendre les choses par leur véritable anse, on peut dire que, s'il n'entra pas tout à fait par la porte d'or dans la maison de son Mécène, il s'en ouvrit au moins le passage par une magnifique allée d'oran-
gers, qu'un beau matin de sa fête il fit trouver pour bouquet à point nommé dans la basse-cour de son agréable lieu de Montmorency; il n'en fallut pas davantage pour mettre bientôt M. Coypel en passe de tout prétendre ; au bout de quelques jours, la belle allée d'orangers le conduisit fout droit dans îe grand chemin de Rome.
Le dernier de ces quatre morceaux a été assez heureux pour ne pas déplaire à quantité de personnes d'un très bon goût, et voici entre autres ce que M. Gousset m'en écrivit de Groningue (où depuis peu il avoit été appelé professeur), le 14 juin
A Groningue, le U juin 1693.
« Yous êtes, Monsieur, incomparable dans le commerce; je « vous envoie une lettre fort médiocre et vous me rhabillez en lettre de conséquence; non content de cela, vous joignez aux éloges des richesses rares; il ne s'est jamais rien vu de plus obligeant. Si pour achever de m1 enrichir vous me donniez aussi le secret d'écrire comme ce que vous m'avez fait lire, c'est là ce qu'il fa u droit précisément pour vous rendre grâces comme je le devrois, et c'est justement ce qui pourroit rendre mon esprit content dans le juste désir que j'aurois de me bien acquitter de ce devoir. Mais il vous appartient de bien écrire; c'est assez pour moi que de savoir un peu bien lire, pour goûter la douceur et l'excellence de vos écrits. J'en ai aussi fait part à M. Jaudouin qui en est charmé, et qui s'est fait un honneur de dire que vous êtes amis, et m'a chargé de vous assurer de son estime et de son service. Il mérite d'être régalé de vos mets, car il a le goût bon. Mais il y a des gens qui l'ont surprenant, je dis des gens qui paraissent éclairés en bien des choses, qui ont lu, qui ont de l'étude. Je dis cela à l'occasion de vos petits vers; croiriez-vous qu'ils ont été une énigme à de telles gens ? Que non-seulement queiques- « uns ont eu besoin de les repasser plusieurs fois pour les en- « tendre, mais que d'autres se sont rendus comme ne les pou-