AVEC ROI
y lait fleurir un printemps éternel, et que peut-être (mais quelle espérance!) mon retardement lui fait de la peine.
§ 4. Va donc vite baiser son pied d'ivoire et sa main d'albâtre, et dis-lui en ton langage que la pesanteur de mon corps ne sauroit suivre l'impétuosité et l'ardeur de mes désirs.
« N'allez pas, au reste, mon cher Monsieur, vous imaginer « que je vous envoie ceci pour un aide à entendre l'original , « je sais de reste que vous n'en avez pas besoin ; mais je le fais « pour vous épargner la peine de rêver sur certains endroits « où les plus habiles ne pénètrent pas d'abord. Je vous demande « pardon, mon cher Monsieur, de cette corvée ; mais surtout « ne m'alléguez point d'excuse , puisque, de la capacité dont « je vous connais, je suis sur que vous ne m'en sauriez alléguer <v de valable. Je suis, etc., R.
« A La Haye, le. 20e janvier 1711. »
P. S. « Ce que je vous ai insinué ci-dessus de la diversité de « sens que les interprètes donnent à un endroit de ce petit « poëme de Pétrarque, résulte d'un varia lectio de la fin du « premier des deux tercets que les uns (comme, par exemple, « l'évêque de Montpellier Fenouillet et le célèbre M. Chapelain) « expliquent ainsi :
Fors (ea spes) longum redeuntis txdia torquent.
(Fenouillet.)
Et Chapelain;
Peut-être (ainsi j'espère) elle attend ma venue. Mais que les autres (comme par exemple M. Morus et M. Ménage) (1), entendent de la manière que voici :
Forsitan, ah! quid spero! Mi mora nostra doloriesl.
(Morus.)
Peut-être, ah! quel espoir! mon séjour la chagrine.
(Ménage.)
(1) Il ne faut pas entendre ici que M. Morus ait fait un sonnet latin, ni M. Ménage un français. M. Morus a rendu ainsi cet endroit de Pétrarque dans un long poëme sur d'autres matières ; et M. Ménage n'a traduit que ce seul vers pour faire entendre sa pensée. [Noie de l'auteur.] — Voir ci-dessus, pages 105 et 109.
272 cuiuiEsrorsDANCE de rapin-xhoyras
« La matière, au reste , que je vous propose ici n'est pas si « bagatelle qu'elle vous pourroit paraître d'abord; il y après de « 60 ans qu'elle fit un très grand bruit parmi tous les beaux « esprits, tant en France qu'en Italie; et le procès qui, là- « dessus s'éleva entre MM. Chapelain et Ménage, fut porté jus « qu'au tribunal de l'Académie florentine, qui fut même long- « temps avant que de prononcer; et ce qu'il y eut de rare, à « mon avis, c'est qu'il en fut à peu près de cette réponse comme « de celles des oracles anciens ; c'est-à-dire qu'elle fut fort équi- « voque, car cette illustre compagnie, étant apparemment bien « aise de conserver (comme on dit) la chèvre et le chou, et de ne « désobliger aucune des deux parties, s'énonça dans sa déci- « sion, d'une manière si partagée, qu'encore que l'arrêt parût « être entièrement favorable à M. Ménage (qui aussi ne manqua « pas tout aussitôt d'en chanter le Te Deum), cependant ce ne fut « que sous le bénéfice de certaine supposition dont M. Chapelain , « de son côté, ne manqua pas de se prévaloir, jusqu'au point « de remercier ces messieurs de leur jugement comme préten- « dant qu'il lui donnoit un entier gain de cause. Il fut de cela, « en un mot, comme de ces batailles hermaphrodites (Seneffe par « exemple, et, novissime, Villa-Viciosa) , où chaque parti ne re- « garde que l'endroit qui lui a été le plus favorable, de sorte « qu'à proprement parler adhuc subjudice lis est.
« Puisque je vous ai parlé du sonnet latin de M. Fenouillet,
« (évoque de Montpellier), peut-être serez- vous bien aise (pour
« la diversité des tours qu'on peut donner à une même pensée)
« de le voir ici joint à la prose française de ci-devant; dans
« cette vue, le voici :
Gurgite saxoso, rapida qui concitus unda, Circumerrans vario (sortito hinc nomina) flexu, Nocte, dieque, avidus mecum delabere, quo me Urget amo?\ te sola vocat natura Jluentem. F, notam prxcurre viam, nidlo obice tardus. Sed, prius xquoreas quam sis diffusus in undas, Siste gradimij attentus cœlo qua parte sereno Luxuriat viridis fecundo cespitc tellus.