REMARQUES DE RAIMN-THOYRAS
tresse, ce seroit au lecteur à chercher de quelle manière un fleuve se peut exprimer; mais de prétendre qu'en lavant le pied ou la main de Laure, cela voudra dire que l'esprit est prompt, etc., c'est ce qui paraît d'abord fort étrange. J'aimerois donc mieux votre traduction : Dis-lui en ton langage, que l'original ; mais puisque c'est Pétrarque, nous sommes tenus d'admirer.
Lo spirto è pronto, ma la carne è stanca. — Si n'admirerai-je pas pourtant cette profanation horrible qui se sert dans un sonnet amoureux des paroles prononcées par Jésus-Christ même, dans l'occasion la plus sérieuse de sa vie.
« Ces remarques peuvent vous faire comprendre que je t< n'estime pas ce sonnet autant que d'autres du même poète ; « cependant pour tous complaire, j'ai tâché d'en exprimer le « sens comme vous Fallez voir :
Rhône, qui des rochers où tu prends ta naissance, Précipite tes eaux avec rapidité ; Dont les humides bords craignent la violence Et suivent de tes flots l'impétuosité.
Tu descends avec moi par un courant rapide, Et tous deux à la fois nous allons nuit et jour, Où la nature seule incessamment te guide, Mais où je suis encor entraîné par l'amour.
Témoin de mon ardeur, de mon inquiétude, Va, devance les pas d'un malheureux amant; 0 toi que le sommeil, la faim, la lassitude, Ne peuvent dans ta course arrêter un moment.
En portant à la mer le tribu de ton onde, De tes flots écumeux arrête les efforts; Considère en passant le plus beau lieu du monde Où la riche nature épuise ses trésors ;
Où l'air toujours serein et l'herbe toujours verte, Les oiseaux amoureux qui chantent en tout temps, La campagne, de fleurs incessamment couverte, Font en toute saison un aimable printemps.
C'est là qu'est mon soleil dont la douce influence Rend les bois toujours verts, les prés toujours fleuris, C'est là que la beauté, jointe avec l'innocence, De ce lieu si charmant font un vrai paradis.
SUR UN SONNET DE PETRARQUE. 'lii
Sur ces bords enchantés chéris de la nature, Tu trouveras ma nymphe en faisant ton chemin, Porte de son côté ton onde la plus pure, Baise son pied d'ivoire ou sa charmante main.
Peut-être, ah! doux espoir! cet objet qui m'engage. Se plaint de mon absence et de mon peu d'ardeur; Va, dis-lui (tes baisers tiendront lieu de langage) Que mon corps fatigué n'a pu suivre mon cœur.
« Je vouclrois avoir mieux réussi, plus pour votre satisfaction « que pour la mienne, car je vous avoue que je suis présente- « ment peu sensible aux louanges que ma muse me pourroit « procurer. Adieu, mon très cher Monsieur, je suis de tout « mon cœur votre très humble et très obéissant serviteur,
« Thoyras-Rapiin f.
« A Wézel, le 30 janvier 1711. »
Quelque satisfait, et au delà, que je fusse de cette obligeante réponse de M. de Rapin, l'espérance qu'il me laissoit entrevoir du sonnet que je lui avois demandé, jointe à quelques petites considérations que j' avois à faire sur ses judicieuses remarques, me porta bientôt à lui écrire cette seconde lettre :
A Monsieur de Rapin.
« Si je ne me suis pas pris de meilleure heure, mon très cher « Monsieur, à vous faire mes très humbles remercîments, c'est « que M. Martel par la voie de qui j'étois bien aise de m' acquitter « de ce devoir, n'étoit pas en état de vous rien envoyer, et je « vous avoue que je me fais un scrupule de vous écrire en droi- « ture pour de simples compliments.
« Il ne se peut rien de plus parfait que vos huit quatrains, « et la critique qui les précède est fine, savante même, et très « judicieuse; tous nos amis à qui j'ai communiqué le tout, et « principalement M. Huet, que vous savez nôtre pas prodigue « d'encens, a dit (ce que j'avois déjà anticipé de moi-même) que « vos trente-deux vers valoient incomparablement mieux que