‹ Mâemoires inâedits et opuscules de Jean Rou (volume 2)Chapitre 128 sur 174 · REMARQUES DE ROI · texte numérisé non relu

REMARQUES DE ROI

pareillement fondé sur ce que je viens de vous représenter du trop grand tort qu'on feroit aux poètes, si on les prenoit si fort à la rigueur; vous semblez, mon cher Monsieur, par ces mots formels de votre lettre : Ce decioso ne me plaît pas trop, vous semblez, dis-je, reprocher à Pétrarque d'avoir donné des désirs au Rhône, qui étant un corps inanimé, est par conséquent incapable de passion et de mouvements d'esprit; mais, comme j'ai dit au précédent article, cela est trop sévère ; car si les choses vont ainsi, que deviendront toutes les apostrophes et les prosopopées si familières non-seulement à tous les poètes, mais si fort en usage dans le style prophétique même? Que deviendra ce joli endroit de Saint- Amant :

Adieu, ruisseau, reprends ton cours, Oui non plus que moi ne repose ; Que si par mes regrets j'ai bien pu l'arrêter, Voilà des pleurs pour te hâter.

« Que deviendra le début d'Esaïe : Vous, cieux, écoutez; et toi,

« terre, prête l'oreille; et comment excusera-t-on ces paroles du

« psaume XIX :

Les cieux en chacun lieu, La puissance de Dieu Racontent, etc.

« et généralement toutes les aspostrophes du CXLYIIP? Ici, « mon cher Monsieur, vous ne manquerez pas de me dire, que « je donne moi-même bien à gauche, et me forge gratis des « monstres tout exprès pour avoir le plaisir de les combattre, « en un mot, que vous ne pensez rien moins que tout ce que je « vous fais dire; je le sais bien, et vous ne m'apprenez rien « par là, je suis trop convaincu de la justesse de votre esprit « et de l'étendue de vos lumières pour ne m'être pas moi-même « représenté toutes ces réponses de votre part en vous entreo prenant ainsi sur cet article : mais, quoi qu'il en soit, votre <■< remarque tombe à terre si ce que je prétends, pour votre

compte, est mal fondé, savoir que vous avez été un peu trop sévère dans votre condamnation du dcsioso et du scendi de Pétrarque ; or je doute qu'on puisse légitimement me débouter de ma prétention; apparemment qu'il vous est depuis peu percé quelque dent de lait contre le pauvre Pétrarque. « Pour ce qui est à cette heure du Forse, o che spero, j'ai à vous

i dire sans prétendre vous critiquer ici le moins du monde, non plus que dans tout ce que dessus, qu'il y a une particularité historique dont je vois bien que la connaissance n'est pas allée jusqu'à vous ; c'est que dans la fameuse dispute qui , comme je vous l'ai mandé , s'éleva autrefois entre MM. Chapelain et Ménage, et laquelle fut portée jusqu'au tribunal de l'Académie florentine, le nœud de la difficulté étoit sur les varies lectiones de ce passage; les uns (comme M. Chapelain) prétendant qu'il n'y a dans ce vers, ni interjection admirative après l'o, ni point interrogani après le spero, et cette prétention de M. Chapelain étoit d'autant plus fondée qu'il soutenoit ne les avoir jamais vues dans aucune de toutes les éditions de Pétrarque qu'il avoit été fort curieux de rechercher ; les autres ( comme M. Ménage ) prétendant au contraire, qu'encore que toutes ces éditions soient telles,

« cependant on ne peut s'empêcher d'y sous-entendre les ponctuations mentionnées; et en effet, MM. les académiciens de Florence, dans leur jugement entre les deux contendants, prirent ce parti-là; mais M. Chapelain soutint toujours que c' étoit un trop grand passe-droit; et que puisqu'il y a du sens et un sens raisonnable dans la leçon sans points, il étoit plus juste de suivre cette leçon-là, que de s'ingérer d'un supplément de ponctuations lesquelles ne se trouvent dans aucun exemplaire.

« Tout ce que dessus étant posé, je viens à l'espèce de contradiction que vous trouvez et blâmez dans la fin du sonnet; et je dis qu'en suivant la leçon simple et sans points de M. Chapelain, le sens des quatre derniers vers de Pétrarque

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