DE M. GOUSSET
« vant deviner, J'étois tout étonné; car je les avois lus comme « le premier Psaume, sans soupçonner qu'on y trouveroit de « l'obscurité. Je vous dirai, mais sans doute vous le jugez bien de vous-même, que M. Jaudouin n'est pas de ceux pour qui ils ont été difficiles. Ils sont si nets dans les conceptions, si purs dans l'expression, si coulants dans toute la suite, si parfaitement soutenus dans toutes les parties de l'allégorie, si naturels en tout, que je ne me puis lasser de les lire; et j'ai voulu que ma fdle les apprit par cœur. Mais il ne faut pas s'épuiser sur ce sujet, vous m'avez présenté d'autres sujets de louanges ; ces traits de votre histoire des peintres que vous m'avez transcrits sont d'une grande beauté, et celui de l'allée d'orangers a quelque chose de si délicieux, que j'y ai admiré votre sobriété aussi bien que votre abondance; il faut être judicieux pour en être demeuré dans les bornes que vous avez observées; un autre n'auroit pu se lasser d'y passer et de s'y promener, la tentation étoit forte. J'en vois souvent qui succombent en de semblables rencontres ; vous avez gardé un juste milieu. Vous avez démêlé les questions d'histoire savamment et nettement, et avec des termes bien commodes, et je suis persuadé que votre ami en a été très satisfait. Il doit par reconnaissance produire ces traits historiques sous votre nom, et vous en rendre un hommage public, s'il fait un livre sur ces matières. Que vous dirai-je de la pièce du Poussin, et de vos ingénieuses réflexions ? Je suis assez malicieux pour croire que cet ouvrage ne peut-être si beau que vous le faites, et qu'il parait plus dans votre écrit qu'il ne fait en lui-même. Je remarque, au moins, qu'en faisant semblant de découvrir ses défauts avec franchise, vous en dissimulez deux qui auroient eu autant de besoin de vos excuses que ceux que vous avez touchés. L'un est que le peintre ne devoit pas représenter des gens si affamés, puisque les cailles étoient tombées le soir si abondamment, que chacun en pouvoit avoir assouvi sa faim ; le second est, que
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« la manne tomboit du ciel d'une manière qui ne se voyoit pas « à l'œil, et; que par conséquent on ne doit pas entreprendre « de peindre, faisant partie de la rosée, et ne paraissant que « sur la terre, après que la rosée étoit exhalée. Au reste, à « mesure que je lisois, j'admirois à chaque période, comment « vous faisiez entrer tous ces termes de la peinture dans de « belles constructions et dans de douces cadences ; votre « plume, assurément, vaut bien le pinceau du "Poussin. Je « vous dis mes pensées naïvement, et pour vous montrer com- « bien je suis éloigné d'être flatteur, je vais vous critiquer sur « des pieds de mouches. Dans cette période : Comme la même « activité de chaleur, etc., activité est en même temps inutile « et rude. Dans celle-ci : De géomètres, de philosophes, et en un « mot de toute sorte de vertueux, le terme de vertueux est mis « là comme s'il étoit le genre dont les géomètres et les philo- « sophes, fussent les espèces, ce qui n'est pas; si ce n'est que ' vous preniez les vertueux pour tous ceux qui ont quelque « mérite considérable, et alors ce sera parler italien et non pas « français. J'ai aussi un petit scrupule sur cet endroit des rai- > sonnements de peinture où le Poussin ayant dit que certaine
< attitude étoit du mode corinthien, vous ajoutez, qu'aussi voit- « on qu'elle tient beaucoup de la Diane d'Ephèse. Mon scrupule « est que la ville d'Ephèse étoit en Ionie bien loin de Corin- « the, et avoit un mode à part, distingué du corinthien. Peut- « être que vous avez lu que la statue étoit faite à Corinthe, et « quon l'en avoit portée à Ephèse, ou que l'ouvrier s' étoit « proposé le mode corinthien, en sorte que vous n'en jugez « pas par le lieu même, lequel feroit penser que le mode se- « roit plutôt ionien. Je pousse tout ceci un peu loin pour un
< homme qui n'y a nulle science, mais c'est pour causer avec « un ancien ami. Madame B..., qui est habile dans ces matières « d'esprit, vous aidera à vous moquer de moi; mais je veux « bien la divertir avec vous, pourvu qu'elle lise jusqu'à cet « endroit, ou je marquerai mou respect particulier pour elle,