SLR UN SONNET DE PÉTRARQUE
flots marque assez sa rapidité, et me paraît plus poétique et plus coulant que de dire que le Rhône ronge ses bords.
1er vers du 2e quatrain. — J'avoue que je n'ai pu placer ici le sommeil et la lassitude, etc. J'ai cru pourtant que la manière générale dont je m'explique peut donner un assez bon sens, à quoi je suis autorisé par les vers latins de M. Fenouillet qui se contente de dire : Nullo obice tardas.
2e vers du 2e quatrain.— Je ne sais si vous trouverez que j'aie assez bien îraduit: Fattene in anzi, ma pria che rendi il suo dritto al mar, par: Va donc, mais à la mer allant faire ta cour. Toujours sais-je bien que c'est ce qui m'a le plus coûté dans tout le sonnet.
3e vers du 2e quatrain. — Rive humide. L'épithète $ humide pourrat-elle passer à cause de la nécessité des quatre rimes en ide ? Je vous en laisse le juge.
•4e vers du 2e quatrain. Trouverez-vous que cela réponde assez bien à Ove V erba è piùfresca, e ïariapiù serena?
2e vers du 1er tercet. — Pour ce qui est de la rive gauche, j'avoue que j'ai gauchi en n'exprimant pas cette particularité; j'avois pourtant tâché d'y parvenir en disant : Donne à ta rive gauche une aimable fraîcheur ; mais jJai cru voir quelque chose de choquant à dire que le soleil donne de la fraîcheur, quoique cela soit vrai dans le fond à l'égard des arbres, des herbes et des fleurs. Jugez-en vous-même et choisissez.
A propos de rive gauche. Dans les trente-deux vers que je vous ai envoyés ci-devant, il y a un endroit où la rive gauche peut entrer très naturellement. C'est, je crois, le dernier vers du 6e quatrain où j'aurais pu mettre, au lieu de
De ce lieu si charmant font un vrai paradis^ Font de ta rive gauche un parfait paradis.
3e vers du 1er tercet. — En disant : Ahl quel espoir! j'ai laissé le même doute qui se trouve dans l'italien, quoique mon sentiment soit que ahl doux espoir ! seroit meilleur. Mais peut-être le premier sera-t-il mieux pour Tusage que vous en voulez faire.
Dernier tercet. — Je suis en peine de savoir si vous trouverez que tout ceci réponde assez bien à l'original. Vous avez vu ma critique sur ce tercet du sonnet italien, et comme vous ne m'en dites rien, cela me fait croire que vous l'approuvez. 11 me semble que la manière dont je m'exprime ici, adoucit un peu ces deux expressions de l'original : E 7 baciar si e'n vece di parole, et Lo spirto è pronto, ma la came è stanca, qui pour vous dire le vrai me choquent un peu.
« Je dois présentement une petite réponse à vos remarques
^86 NOUVELLES REMARQUES DE RAPIN-rgPYRAS
sur la critique que j'ai faite du sonnet de Pétrarque. Nous me rendez justice en croyant que je suis très disposé à prendre du bon côté tout ce qui me vient de votre part. Vous me critiquez d'ailleurs avec tant déménagement, et vous y mêlez tant de louanges, qu'assurément je ne mérite pas, qu'il faudroit que j'eusse l'esprit et le cœur très mal tournés pour en avoir le moindre ressentiment. Outre cela, vous avez droit de me critiquer ; votre profonde érudition, et la justesse de votre esprit vous donnent ce même droit sur des gens bien plus habiles que moi ; mais quand il n'y auroit que l'amitié dont vous m'honorez, elle seroit capable de me faire recevoir vos censures avec toute la docilité possible. C'est cette même amitié qui me donne à moi-même, comme je le présume, le droit de vous présenter mes difficultés, et les raisons que je crois avoir pour soutenir ma critique, en vous laissant néanmoins le juge absolu de cette petite dispute , que je regarde, à vous dire le vrai, avec beaucoup d'indifférence, puisque ordinairement dans ces sortes d'affaires, ce n'est pas l'importance de la chose même qui nous intéresse, mais notre honneur, c'est-à-dire notre goût ou notre jugement, que nous ne pouvons nous résoudre à faire céder à celui d' autrui. Vous jugez bien, je m'assure, que ce n'est pas ce qui me fait agir, et que je n'ai pas la vanité de vouloir me mesurer avec vous ni sur ces sortes de matières , ni sur aucune autre. Voici ce que je conçois pouvoir servir à soutenir ma critique sur les deux ou trois points sur lesquels vous l'avez attaquée.
« Premièrement sur le mot d'Alpestre. J'ai dit, si je ne me trompe, car je n'ai point gardé de copie de ma lettre, qu'on « n'étoit pas obligé de croire que Pétrarque ait eu en vue de « dire que le Rhône prend sa source dans les Alpes plutôt que « sur quelque autre montagne que ce soit, à laquelle le terme « d'Alpestre peut convenir aussi bien qu'aux Alpes. Ma raison « étoit, mais j'avoue que je puis l'avoir mal expliquée, qu'on