‹ Mâemoires inâedits et opuscules de Jean Rou (volume 2)Chapitre 132 sur 174 · SUR UN SONNET DE PETRARQUE · texte numérisé non relu

SUR UN SONNET DE PETRARQUE

pourroit se servir de ce même terme en parlant de la source de la Loire, ou de quelque autre fleuve qui ne vient point des Alpes ; sur quoi vous me dites que le sens naturel et le sens figuré pouvant également se donner au terme d? Alpestre dans le sonnet dont il s'agit, il vaut mieux l'entendre dans le naturel, puisqu'il s'agit du Rhône, qui vient effectivement des Alpes. Je vois bien que je suis la cause de votre méprise, en ne m' expliquant pas plus clairement, et que peutêtre auriez-vous approuvé ma remarque, si je vous avois dit que le mot d1 Alpestre ne s'entend jamais dans le sens propre, parce que , pour le rapporter aux Alpes, il fau droit dire Alpina ou Alpigna ou Alpigina, Alpestre ne signifiant absolument qu'un lieu qui tient de la nature des Alpes, c'est-à-dire aride, inculte, sauvage, etc., et cela, ce semble, avec beaucoup de raison ; car si Alpestre se rapportent aux Alpes, toutes les fois qu'on se serviroit de cet adjectif avec le nom d'une autre montagne, on se rendroit obscur; tout de même, par exemple, que si, parlant de la Loire, je disois que sa source est dans des rochers pyrénéens- ; mais comme Alpestre ne se prend jamais en italien dans le propre, on peut fort bien dire de la Loire, par exemple, que sa source est dans un lieu alpestre, parce que cela ne fait aucune équivoque. D'où il suit qu'en disant que la source du Rhône est alpestre, on ne doit point entendre qu'il a sa source dans les Alpes, mais seulement dans des lieux raboteux, incultes, arides, sauvages, etc. Voyez sur cela le Dictionnaire de la Crusca, que j'avois moimême consulté avant que de vous écrire, pour mieux m' assurer de la solidité de ma remarque, laquelle je ne doute point que vous ne me passiez après cet éclaircissement. « Je n'oserois parier aussi positivement de la seconde, qui regarde desioso, parce que c'est une chose qui dépend peutêtre autant de mon goût que de la raison, et que tous les goûts ne sont pas semblables. Je comprends que je me suis mal expliqué dans cette remarque, puisque je vous ai donné lieu

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