NOUVELLES REMARQUES DE RAPIN-THOYRAS
de croire que je blâmois ces sortes d'épithètes données aux choses inanimées, aussi bien que les apostrophes et les prosopopées, dont les meilleurs auteurs ne font point difficulté de se servir. Ce n'étoit pourtant pas ma pensée, mais seulement de yous dire que je n'approuvois point remploi que Pétrarque fait de celle-ci dans cet endroit de son sonnet. Ma raison est que desioso marque nécessairement une espèce de « désir ou de passion dans le Rhône d'aller quelque part, desioso scendi. Néanmoins, dans le vers immédiatement suivant, le poëte dit que ee fleuve est conduit par la seule nature, c'est-à-dire, par sa pente naturelle, ce qui fait, à mon sens, « toute la beauté de l'opposition entre ce qu'il dit, que le Rhône est guidé par la seule nature, et ce qu'il ajoute , mais que pour lui il est de plus conduit par V amour. Or, si l'on attribue au Rhône un désir ou passion, outre la nature, cette opposition entre le fleuve et l'amant ne se trouve plus si juste, du moins selon ma petite conception. En second lieu, il me semble « qu'on aperçoit quelque petite contradiction dans ce que le « poëte dit que le Rhône est désireux de descendre, et ce qu'il « ajoute qu'il est guidé par la seule nature, sol ivatura. Yrous « trouverez peut-être ceci trop mince ou trop recherché, j'y « consens; aussi ne prétends-je pas insister beaucoup là-dessus, « et je passerai volontiers le desioso à Pétrarque, si vous le trou- « vez à propos, vous assurant que je n'ai point de dent de lait « contre lui, et que nous avons toujours vécu ensemble le plus « honnêtement du monde, sans nous importuner beaucoup « par des visites réciproques.
« Je viens présentement au célèbre 0 che spero! et je vous « dirai franchement que je trouve que MM. délia Crusca « ont beaucoup favorisé Ménage dans leur décision, peut-être à « cause qu'il étoit de leur corps. Pour moi, plus je pense à ce « passage, plus je trouve que de quelque manière qu'il soit « ponctué, il faut nécessairement lui donner le sens que vous « lui avez donné dans votre traduction en prose, c'est-à-dire : Je