‹ Mâemoires inâedits et opuscules de Jean Rou (volume 2)Chapitre 142 sur 174 · LA FAMILLE · texte numérisé non relu

LA FAMILLE

nommé Gourdon, était un très habile homme, cloquent et plein de traits vifs, mais particulièrement si fécond en bon mots, que d'ordinaire il attiroit tous les rieurs de son côté. M. de liapin, avocat de la demoiselle de Sainte-Claire, avoitbien, comme l'autre, une habileté toute singulière, mais outre cela, en contrebalance de ces bons mots si heureux de son adversaire, il avoit une réputation de probité si universellement répandue dans toute la province et beaucoup par delà, qu'on ne i'écoutoit qu'avec une prévention d'estime, de gloire et d'honneur, et qu'il n'étoit regardé qu'avec vénération. 11 plaida donc cette cause si importante, et nonobstant le crédit du magistrat de grand nom, les désavantages d'un parti décrié, et les grands mouvements de l'orateur à bons mots, il la gagna par l'ascendant de sa vertu, de son habileté et de son bon droit, mettant ainsi comme la dernière clef au comble de sa belle réputation. La mère de M. de Rapin étoit, aussi bien que son illustre époux, d'une famille distinguée, mais se distinguoit encore bien plus personnellement elle-même par une vertu sans austérité, par une piété sans faste, par une patience angélique, et par une grandeur d'âme extraordinaire, toutes qualités singulières, et qui aussi ont toujours été les principaux ornements de ce beau sexe. Elle étoit sœur du fameux 31. Pélissou qui a tant fait parler de lui, tant pour la beauté de son esprit et de ses ouvrages, que pour l'étrange manière dont, en contre-poids, il a terni ces glorieux talents à l'article de sa mort, qui ne fit rien moins que d'édifier (1) ceux-là même dont, malgré toutes ses

(1) Gela est plus que justifié par l'espèce de vaudeville qui cuuiut en ce tempslà, et que voici :

Je ne jugerai de ma vie D'un homme qu'il ne soit éteint :

Pélissou meurt comme un impie , Et La Fontaine comme un saint.

[Note de raideur.}

Voir, à ce sujet, un article intitulé Le Protestantisme et l'Académie française, dans le Bulletin de la Société' de l'Histoire du Protestantisme français, t. IV, p. 5-22.

KAP1N-TH0YRAS.

lumières» il a voit pour des intérêts mondains, embrassé le parti en abandonnant celui où il avoit toujours été élevé. Cette illustre dame resta, d'assez bonne heure, veuve de M. l'avocat Rapinson mari; et comme ce fut fort peu après cette grande perte que l'esprit de persécution se porta aux dernières extrémités, et que principalement le sieur Pélisson son frère s1 étant érigé en prétendu convertisseur, se déchaîna quoique sourdement contre elle pour l'amener à ses lins, jusqu'à être cause qu'elle fut mise et fort tourmentée dans un couvent à Lavaur pendant plusieurs années. Enfin la constance de son inébranlable vertu la tira de ce terrible lieu d'épreuves, mais sans, pour tout cela, voir encore finir tout à fait ses grands maux ; elle laissa enfin, lors de sa mort, arrivée le 13 février 1706, a Genève, lieu de sa demeure, trois fils qui lui étoient restés de sa sainte union avec son cher et illustre époux défunt, lequel étoit mort vingt et un ans auparavant, savoir le 18 août 1685. Le second de ces trois illustres fils est le même M. ïhoyras Rapin, à qui tout ce long article a été consacré; l'autre son aîné et qui demeure à Utrecht, est aussi bien que lui orné de plusieurs qualités si excellentes, que par elles il eût été capable de soutenir lui seul toute la gloire de l'illustre nom dont ils ont hérité, et de l'éminente vertu dont leur digne mère leur a donné de si beaux exemples (1). Je passe maintenant aux deux lettres de dissertation que j'ai promises ci-dessus.

Comme c'est une des poésies de Pétrarque qui a donné lieu à tous les divers écrits de M. de Rapin et de moi qu'on a vus ci-devant, je suis tenté de ne finir cet article que par une copir des deux espèces de dissertation dont je parle, et auxquelles la douteuse orthographe du nom de ce fameux poëte donna lieu il y a peu d'années entre feu M. Bayle et moi, qui même eu fis naître la difficulté par la lettre que je vais produire sans plus

(1) Le dernier enfin de ces trois fils de M. et de madame Kapin est le sieur de In Fare, lieutenant-colonel au régiment de ... > Note de l'auteur.

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306 DISCUSSION sur l'orthographe

ample explication, parce qu'elle dit tout, et que je veux éviter la prolixité.

A Monsieur Bayle, professeur, etc.

« Monsieur ,

« Une petite dissertation, à laquelle je travaille, demande- < roit que j'eusse auprès de moi un Pétrarque latin, que je ne t saurois trouver ici, ou que je susse au moins fort certaine- « ment si cet auteur si célèbre, en latinisant son nom, absolu- ' ment italien, dans son origine, et où il ne se trouve point t d'A, y en a mis une , se nommant Francisons PetrarcMA , et non pas Francisais Petrarca, comme je suis persuadé qu'il doit y avoir.

« Les raisons de ma prétention sont qu'originairement, et dans l'italien, ce nom ne portant point fth, il n'a nullement été besoin d'y en mettre une en le latinisant, comme en effet l'épitaphe, dont la mort de ce célèbre Florentin fut honorée, porte Frigida Francisa lapis hic tegit ossa Petrarcm, et non pas Petrarcam, comme a mis mal à propos Moréri, sans songer que quand même Pétrarque auroit latinisé son nom par l'aspiré PetrarcHA, toujours est-il visible qu'en cet endroit l'auteur de l'épitaphe a eu dessein de mettre Petrarcm, et non pas PetrarcuM, puisque ses vers sont des vers léonins :

Frigida Francisci lapis hic tegit ossa Petrarcx, Suscipe, Virgo parens, animant) sate Virgine parce ; Fessaquejam terris cœli requiescat in arce.

« Mais sans ce recours à la terminaison léonine, l'iiiscrip- « tion qui est sur le deuxième degré du tombeau de ce fameux « poëte, porte : Viro insigni Francisco Petrarcœ, etc. C'est ainsi « que Léonard Arétin, dans sa quatrième lettre du livre IV, « laquelle est au Pogge, dit : In ea epislola, non sine stomacho « Tullius Petrarcm respondet, et non ip2LSPetrarcH/E.

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