‹ Mâemoires inâedits et opuscules de Jean Rou (volume 2)Chapitre 143 sur 174 · DE PÉTRARQUE · texte numérisé non relu

DE PÉTRARQUE

« J'ai encore bien d'autres autorités, mais je ne veux point

« vous en rompre la tête ; et ce qui me porte à vous écrire est

« que ne pouvant donc trouver ici les œuvres latines de Pé-

« trarque, je prends la liberté, en cas que vous les ayez, ou

« du moins ses Variœ epùtolœ, de vous prier de voir tout ce

« qui regarde le dénouement que je cherche. Je suis persuadé

« que si (comme il n'est que trop vrai) quantité de savants,

« qui ont écrit en latin, ont souvent, sinon toujours, orthogra-

« phié PeirarcHA, ce n'a été qu'en se laissant surprendre et

« tromper par une analogie mal entendue des mots de tetrar-

« cha, palriareha, monarcïw, gymnasiarcha, etc., lesquels doi-

« vent porter une h, en vertu de l'étymologie grecque, ce qui

« ne se rencontrant pas dans Petrarca (qui étant originaire-

« ment, et d'antiquité assez reculée, un nom italien), il n'a ja-

' mais été à propos d'admettre une aspiration en le latinisant,

« Je suis, etc.

« Rou.

« À la Hâve, le 30 juin, 1706. »

Réponse de M. Bayle ( 1 ) .

« On vient de m' envoyer, de chez M. Basnage, votre lettre « du 30 du mois dernier. Je l'ai lue avec tout le plaisir que « vos lettres m'ont toujours fait goûter, et, tout aussitôt, j'ai « consulté une vieille édition que j'ai : Epistolarum familiarium « de Pétrarque. Cette édition est de Lyon, en 1601, in-8°. On « voit au titre : Francisci PetrarCBM, etc. Elle fut faite sur un « manuscrit qu'un certain Jean Chasas, natif de Nîmes, com- « muniqua au libraire. La préface, faite par Pétrarque, est « marquée au titre Petrarcnm, et toujours au commencement de « chaque lettre on écrit PetrarcuA. Cependant cela ne prouve « rien, parce que le copiste de ce manuscrit a pu suivre un origi-

(1) Voyez la collection des Lettres choisies de Bayle: cette lettre s'y trouve en entier.

308 discussion sur l'orthographe

« nal où 1 aspiration avoit été insérée par abus. Ce qu'il y a de « plus fort, est que le Thomasini , dans son Petrarcha redivi- « vus(l), rapporte ainsi l'inscription qui est au bas de l'effigie " de Pétrarque , a Padoue , dans un lieu public : Francisons « PctrarcHA, etc. Le Thomasini se sert toujours de l'aspira- « tion, et il s'en justifie dans un chapitre à part, où il nomme de savants hommes qui soutenoient qu'il falloit écrire Pe- « f rare a; mais il répond diverses choses, et, entre autres, « qu'un manuscrit du Vatican , qui lui a été communiqué, et « qui est de la main de Pétrarque, porte le nom de ce poëtc « avec aspiration. Le Gesualdo (2) qui, comme vous savez, a fait « en italien des notes sur les poésies italiennes de Pétrarque, « le nomme toujours, et même lorsqu'il fait sa vie, PetrarcHA . « Pour ce qui est des vers léonins que vous m'alléguez , mon

< cher Monsieur, permettez-moi de vous dire qu'ils ne font pas « une assez bonne preuve, parce que le poëte, pour trouver sa « rime, a pu retrancher la lettre H. Les œuvres imprimées de « Pétrarque, en latin, ne sont point parmi mes livres ; mais je

< conjecture , par ce qu'en dit la Bibliothèque de Gesner, que * son nom v est avec l'aspiration. Cela ne prouve rien encore, « parce que les libraires auront pu suivre une orthographe gâtée par les copistes. La décision dépend des manuscrits ori-

« ginaux de Pétrarque, ou de quelque contemporain qui l'eût

■< connu particulièrement. Je suis absolument à vous, mon

« très cher Monsieur, et votre très humble et très obéissant

« serviteur,

« Baylk.

< A. Rotterdam, le 3 de juillet 1706.

« P. S. J'ajoute que notre terminaison Pétrarque favorise " L'aspiration; car si le mot italien eût été Petrarca (3), nous

(1) Seu Pctrarchœ et Laurœ vitre, cum variis variorum Autorum Petrarchœ vitis, etc.; imprimé à Padoue, chez Frambotto, en 1650, in-4".

(2) M. Bayle devoit écrire Giesualdo. [Note de l'auteur.)

{%) Avec tout le respect dû à la mémoire de M. Bayle, il ne songeoit guère à

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