‹ Mâemoires inâedits et opuscules de Jean Rou (volume 2)Chapitre 153 sur 174 · SONNET · texte numérisé non relu

SONNET

A L'AUTEUR DU POEME SUR LA VILLE DE PONT-l'ÉVEQUE.

De tout temps, dans l'histoire (1), en miracles fertile, Nous avons vu des dieux (2) de toutes les façons Devenir artisans et se rendre maçons, Pour peupler des cités et fabriquer des villes.

Depuis plus de mille ans, par mille soins utiles, Solon dedans Athène a donné des leçons, Amphion bâtit Thèbe au bruit de ses chansons, Et Lycurgue dans Sparte a fait des lois civiles.

Ce n'est point par ses murs ni par ses habitants, Que ta ville célèbre en titres éclatants Garantira son nom de la fureur des âges ;

(!) Fabuleuse, s'entend. [Note de l'auteur.]

(2) Apollon et Neptune par exemple, qui aidèrent à Laomédon pour bâtir la ville de Troie. [Note de l'auteur.]

320 M. DE BENACj

Seul lu a peux sauver de ce commun débris, Elle égale déjà Milan par ses fromages, Elle égalera Rome un jour par tes écrits.

Ici, comme par une espèce de contraste, je réparerai ce qu il peut y avoir d'un peu odieux dans le précédent article, par la mention que j'ai dessein de faire d'une amitié plus noble que je contractai ici à la Haye plusieurs années depuis cette autre, savoir en 1688. Ce fut avec un gentilhomme réfugié, de la maison de Navailles, et qui aussi portoit comme elle l'illustre nom de Bénac. Ce fut le marquis de Langey même qui nous fit connaître l'un l'autre ; car droit et équitable, comme il est, il ne le dédaignoit pas, comme la marquise sa femme paraissoit le faire à cause de la petite figure qu'il faisoit ici, tant en qualité de cadet et peut-être même, d'un degré assez éloigné (l),mais qui n'en étoit pas pour cela moins véritable, que pour quelques autres raisons de fierté de la part de la marquise. Ce gentilhomme donc m' ayant fait F honneur de me rechercher sur quelque petit bien que le marquis lui avoit dit de moi, nous ne fumes pas longtemps sans nous lier d'une confidence assez étroite, jusque-là qu'étant en peine (à cause d'une seule petite portion de chambre où il s' étoit retiré dans une auberge de mon voisinage) comment il pourroit serrer sûrement une somme de deux cents écus, qui étoit tout son petit frusquin, il me pria de lui \ouioir bien garder cette somme, dont il se contentoit, à mesure de ses besoins, de venir prendre dans l'armoire où j'avois serré son sac, tantôt un écu, tantôt deux ou trois. Enfin, étant tombé malade au bout d'une demi-année, et dans un état si bas qu'il ne pouvoit plus sortir de sa chambre, il me pria que comme il n'avoit plus rien à craindre, et d'ailleurs, ne pouvoit plus se transporter chez moi, je lui lisse

(1) Peut-être même aussi (comme on me Ta voulu faire entendre) qu'il étoit seulement du côté gauche. [Note de l'auteur.]

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