‹ Mâemoires inâedits et opuscules de Jean Rou (volume 2)Chapitre 164 sur 174 · V SUITE DE LA DISCUSSION SUR LE MOT C( ALPESTRE · texte numérisé non relu

V SUITE DE LA DISCUSSION SUR LE MOT C( ALPESTRE

Dans la première lettre que j'écrivis à M. de Rapin, depuis la réception de celle qu'on vient de voir, je lui représentai, au sujet de la demande qu'il m'y fait de quelques autorités, qu'elles n'étoient nullement nécessaires pour la justification de ma thèse, qui n'a jamais été de prétendre que depuis les premiers introducteurs du mot alpestre, la signification de ce terme se soit étendue jusqu'à un rapport littéral aux Alpes; car bien loin que j'aie eu une telle prétention, j'ai dit ou du moins l'ait entendre en plusieurs endroits de mes lettres sur cette matière, que je me renfermais uniquement à soutenir qu'encore que je ne niasse point que quelque temps après l'introduction de ce mot par les premiers auteurs qui l'employèrent, leurs successeurs et descendants l'eussent ordinairement borné à la signification figurée, toujours n'y avoit-il point d'apparence que ces premiers introducteurs, en l'employant pour les premières fois (même dans le sens figuré) n'eussent pas principalement eu d'abord les Alpes en vue, et c'est-à-dire une signification et une idée littérales ; mais que depuis eux, leurs successeurs, laissant là cette idée littérale, et n'y faisant plus aucune attention, s'étoient bornés à la signification figurée. Gela étant, je n'ai plus à me casser la tête sur la recherche d'aucunes autorités pour une prétention que je n'ai point.

FliN DES SUPPLEMENTS DU TOME 1J .

Kou n'a inséré, dans ses Mémoires et opuscules, que six des lettres qu'il avait reçues de Bayle. Ce sont celles qui portent les dates des ... février, ... mars et 20 décembre 1690, 13 et 21 février, 25 août 1696; elles se trouvent aux pages 275 et 276 du tome I; 13, 67, 73, 76, du tome II, et se rapportent au Dialogue cl' Artston et d'Eugène, aux Psaumes de Dom Antonio et à la traduction de Y Histoire d'Espagne, de Mariana. Il faut y ajouter un alinéa dans la lettre du 18 mai 1691, relatif à Y Histoire de l'Académie de peinture (t. II, p. 16).

Nous n'avons nous-mêmes cité dans nos notes que quelques paragraphes des autres lettres de Bayle à Rou. Pour compléter notre publication, nous croyons devoir reproduire ici ces lettres, au nombre de vingt-six, d'après l'édition la plus estimée, celle donnée en 1729, par Des Maizcaux, avec des remarques (Amsterdam, 3 vol. in-12).

A M. Hou, à Paris.

A Sedan, le 21 novembre 1679.

Voici ma première lettre, mon cher Monsieur ; car les deux autres ne doivent être comptées que pour des rôles de commissions. J'en suis si persuadé, que je ne puis me dispenser du style dont on se sert dans les commencements; comme est, par exemple, que je suis arrivé en bonne santé, et que je n'ai pas voulu manquer, dès mon arrivée, de vous assurer que je vous aime et vous estime de toutes mes forces, aussi bien quand j'ai le malheur de ne vous voir pas, que quand j'ai l'avantage de jouir de votre agréable conversation.

On m'a trouvé en si bon état, au prix de ce que j'étois lorsque je partis ii 22

d'ici, que quand j'ai voulu dire à certaines personnes que j'avois une impatience extrême de les revoir, on m'a dit en riant qu'il y paraissoit à mon visage, et que c'étoient des fables toutes pures ; qu'on n'acquiert pas de l'embonpoint dans les lieux d'où on a tant de hâte de partir. Je vous assure, Monsieur, qu'on a eu raison de croire qu'il ne me tardoit pas de partir de Paris, et que je m'en sentois arracher avec une espèce de violence. L'aimable compagnie de chez M. Puel, que vous étiez venu augmenter si considérablement, avoit pour moi des charmes bien doux : le repos dont je jouissois, le travail insupportable qui m'attendoit ici, les réflexions que je faisois sur la perte de votre présence, de nos entretiens de table et d'après souper, m'ont fait quitter Paris avec regret, il faut que j'en convienne; et peu s'en faut que je ne l'aie avoué à tous ceux que j'ai revus ici. Tout cela n'empêche pas que je ne sois, à Sedan, dans l'occupation jusqu'aux oreilles; et il n'est pas jusqu'à ma migraine, qui m'avoit épargné trois mois durant à Paris, qui ne soit revenue à moi plus furieuse que jamais.

Je vous dis cela, afin que vous soyez d'autant plus porté à me plaindre, et que vous engagiez à me plaindre aussi toutes les personnes pour lesquelles je vous ai demandé quelques compliments bien tournés. Je continue à vous demander les mêmes offices, avec cette circonstance de nouveau, que vous témoigniez à tous en général, et à chacun en particulier, le plaisir extrême que m'a donné l'endroit de votre lettre où vous m'assurez qu'on me fait l'honneur de se souvenir de moi. J'aurai, au premier jour, à vous remercier de tant de choses, que ce sera prudemment fait à moi de ne laisser pas accumuler les remercîments. Ainsi, vous agréerez que je m'acquitte dans ce billet des actions de grâces qui vous sont dues pour les livres de la bibliothèque de M. Briot.

Ayez la bonté de donner à M. Caria les Gazettes de France, depuis le 28 octobre dernier : je vous les renverrai, sans faute, sept ou huit jours après. Quand vous m'écrirez, vous me ferez plaisir d'y mêler quelques nouvelles, soit de livres, soit de pièces de théâtre. Tout est bon en province. Je suis, etc.

A M. lit) a, à la Hwje.

A Rotterdam, le 44 juillet 4682.

Vous aurez sujet de vous plaindre de moi, mon cher Monsieur, de ce que je ne vous ai pas remercié du présent que vous m'avez fait de votre

livre (1); car je ne compte pas pour un acte de remerciaient ce que je vous en dis chez M. Jurieu. Je me réservois à parler amplement de tout cela quand vous seriez sorti. Je vous attendis à mon logis; je vous allai chercher chez M. deBeaumont; mais ce fut sans vous pouvoir joindre. Depuis ce temps-là, j'ai cru aller de jour en jour à la Haye; mais je m'aperçois, enfin, que je laisse passer bien du temps, sans trouver le loisir de faire cette agréable promenade; et je me résous de vous écrire par M. Claude, qui la fera aujourd'hui.

En deux mots, mon cher Monsieur, je vous remercie très humblement de votre présent: je l'ai lu et reiu avec bien de la satisfaction, quoiqu'il n'eût point tout à fait pour moi la grâce de la nouveauté, puisque vous m'en aviez lu la plupart, avant que de mettre au net votre composition, J'ai trouvé les additions que vous n'aviez pas encore faites la dernière fois que vous m'en lûtes quelque chose; je les ai trouvées, dis-je, très fortes, et très bien poussées ; savoir l'affaire de la reine d'Ecosse, etc. Vous me ferez plaisir de m'apprendre la manière dont nos adversaires en parlent en France, lorsque vous en aurez su quelque chose.

J'appris hier, avec bien du plaisir, que Son Altesse a donné tout de nouveau sa parole à M. Jurieu pour vous. Je me souviens que M. Jurieu m'a dit que la première fois qu'il vit M. Halewyn, votre bon et illustre ami, il lui demanda des nouvelles de l'autre professeur (2) : cela fait que je me sens d'autant plus de désir d'être connu de lui, et de lui faire la révérence. Je vous arrête pour être mon introducteur, s'il vous plaît, la première fois que j'irai à la Haye.

Quand vous irez à la Sale, je vous prie de dire à Du Périer qu'il apporte là tous les bons livres qu'il a chez lui j parce que je dois aller bientôt à la Haye, et que si j'en trouve de bons, je lui en achèterai beaucoup. Tout à vous, mon cher Monsieur.

A M. Roil

A Rotterdam, le M octobre 1682.

Je ne pensois pas que vous dussiez vous en retourner dès hier même, mon cher Monsieur, et je fus bien mortifié quand j'appris, à l'issue du se-

(1) Remarques sur l'Histoire du Calvinisme de M. Maitnbourg ; imprimées à. la Haye en 1682. In-12.

(2) M. Bayle lui-même.

cond prêche, que voire retour à la Haye me privoit du plaisir de vous entretenir quelque temps. Je voulois vous demander s'il est vrai qu'on imprime à la Haye les manuscrits que M. Claude reçut de M. Maimbourg, de Londres. Il paraît, par une lettre de M. Maimbourg à M. Jurieu, que M. Claude lui a écrit qu'il a laissé ses manuscrits dans un coffre (1).

Je voulois vous dire aussi qu'on m'a écrit de Genève que vos Remarques y ont été imprimées, et bien goûtées : mais on m'a assuré que ce n'est pas Claudin le Jeune qui a fait la musique de nos Psaumes, comme vous l'avez avancé ; mais Goudimel, comme il paraît par le 52e livre de M. de Thou. C'est peu de chose; mais si vous en faites faire une seconde édition, vous verrez ce que c'est plus exactement (2). Je suis, Monsieur, etc.

A M. Rou.

A Rotterdam, le 25 octobre 1682.

Je vous suis très obligé, mon cher Monsieur, de la bonté que vous avez eue de m'envoyer votre critique. Je puis vous dire, que sans écouter les raisons que l'amitié suggère en faveur des choses qui nous ont été envoyées par ceux pour qui nous sommes préoccupés, j'ai examiné vos Remarques sévèrement, et les ai fort approuvées. Votre pénétration à découvrir tout ce qui choque le génie de notre langue, et la régularité de notre grammaire, mériteroit l'adoption du père Bouhours; et siivous aviez épluché le style de l'historien du Calvinisme (3) avec la même régularité, vous eussiez pu donner au public des remarques fort instructives pour la parfaite intelligence du français. Je vous prie de croire que c'est sans aucune flatterie.

J'auroispris la liberté de montrer cette composition aux demoiselles que vous avez exceptées in petto, tant je l'ai trouvée propre à vous faire beau-

(1) M. Maimbourg, cousin du jésuite Maimbourg, après avoir embrassé et ensuite quitté la religion réformée en France, passa en Angleterre l'an 1.082 pour rentrer dans l'Eglise protestante, et y porta quelques manuscrits de sa façon. On en imprima un en Hollande, en J683, intitulé : Examen du premier Traité de controverse du P. Louis Maimbourg , intitulé : Méthode pacifique pour ramener sans dispute les protestants à la vraie foi, sur le point de l'eucharistie, au sujet de la contestation touchant la perpétuité de la foi du même mystère. Voyez dans le Dictionnaire de M. Bayle l'article Maimbourg, rem. E, et les Lettres choisies de M. Simon, 1. 1, lettre VII, page 77 de la 2e édit., 1702, et tome II, lettre XXXIII, page 222 de l'édition de 1704. {Note de Des Maizeaux.)

(2) Voir ci-après, p. 303.

(3) M. Maimbourg.

coup d'honneur. Mais comme il fût venu par là à la connaissance de M. Jurieu, que M. le N** s'occupe à des pièces de galanterie, je n'ai rien montré. Vous savez bien qu'il vaut mieux que M. Jurieu, et tous les ministres, qui seront bientôt les examinateurs de l'auteur, ignorent absolument qu'il travaille sur cette matière. Cela peut avoir ses usages. Mais peut-être l'auteur eût-il été fâché contre moi, s'il eût su un jour que j'aurois été cause qu'on sût ce que vous avez bien voulu que je fusse. L'éloge qui est à la fin pour l'aimable sœur est fort bien tourné. Il n'eût pas été nécessaire de m'apprendre la réservation mentale, ou plutôt in petto, que vous avez faite : car je ne crois pas qu'il y ait à Rotterdam de ces esprits sophistes qui inspirèrent à M, de Balzac tant de raisonnements et d'exclamations contre, Elle dit qu'Uranie est seule aimable et belle. Je suis tout à vous, mon cher Monsieur.

A M. Rou.

A Rotterdam, le 4684.

Je vous dois une réparation dans les formes, mon cher Monsieur, puisque j'ai été à la Haye sans avoir l'honneur de vous voir. C'est assurément une faute très criminelle ; mais je ne laisse pas d'espérer que vous ne m'en ferez pas un crime, quand vous saurez que le sujet de mon voyage étoit uniquement une affaire qui occupa tout le temps que je pus demeurer à la Haye.

Je priai M. de Beaumont de vous faire un million d'excuses de ma part. Nous parlâmes de V Esprit de M. Arnaud; et il me dit que vous aviez fort bien jugé que je n'en étois pas l'auteur (1). Je ne crois pas qu'il soit fort nécessaire de désabuser le monde ; car si quelqu'un me le pouvoit imputer pendant quelques pages, il connaîtroit peu après, à mille marques, qu'il vient de meilleure main. Il y a bien de la délicatesse et du savoir dans cette pièce, et cent choses de quoi s'applaudir; mais plus il y en a, plus faut-il être soi-

(1) L'Esprit de M. Arnaud, tiré de sa conduite et des écrits de lui et de ses disciples, particulièrement de l'Apologie pour les catholiques. Ouvrage où l'on trouvera quantité d'observations et de pièces curieuses utiles à la co?maissance de l'histoire ecclésiastique du temps. Deventer, Rotterdam, 1(584, in-12, 2 vol. Voy, le jugement que M. Bayle a fait de cet ouvrage dans son Dictionnaire, a l'article Arnauld [Antoine), rem. E. (Note de Des Maizeaux.)

gneux de ne pas dérober la gloire qui en doit revenir à l'auteur (1). Ainsi mon cher Monsieur, si vous trouviez des gens qui crussent que ce fût moi, désabusez-les, je vous en conjure. Quand vous en viendriez aux serments, vous ne risqueriez rien. Je vous envoyai, il y a environ deux mois, une copie des vers satiriques contre M. Colbert, qui sont dans l'ouvrage. Je ne sais si M. de Beaumont les reçut. Je suis, etc.

P. S. On imprime ici une réponse à M. Brueys, dont l'auteur m'a prié de vous donner un exemplaire. Je le ferai en son temps.

vr.

A M. Rou.

A Rotterdam, le 48 octobre 4684.

J'ai eu une incroyable satisfaction, mon cher Monsieur, d'apprendre par votre lettre l'état de votre santé, et l'honneur que vous me faites de vous souvenir de moi. Je vous assure qu'il y a très peu de personnes au monde pour qui j'aie autant de considération que pour vous, et à la prospérité de qui je sois aussi sensible qu'à la vôtre. Vous ne pouviez guère mieux vous adresser qu'à moi en ce pays, pour savoir les Nouvelles de la République des lettres, puisque je me suis chargé d'en composer un petit livre, qui se distribue tous les mois. J'ai commencé par celui de Mars 1684. Je vous les eusse tous envoyés, si je n'avois su qu'on m'avoit déjà prévenu. Vous avez tant d'amis à la Haye, qui sachant votre goût s'empressent à vous servir selon cela, qu'il seroit bien difficile qu'un homme de Rotterdam, aussi enseveli que je le suis dans les livres, depuis cette nouvelle entreprise, leur pût gagner le devant. Puisqu'on vous a envoyé mes Nouvelles, on vous a appris tout ce que je sais de nouveau de ce côté-là ; ainsi je vous y renvoie. Je vous dirai seulement que le livre de M. Jurieu contre le Renversement de la Morale n'est pas encore achevé d'imprimer : il vous en promet un exemplaire, dès qu'il en aura. On imprime un autre ouvrage de sa façon, qui s'intitule Préjugés légitimes contre l'Eglise romaine. Ce sera un grosin-4°. Je ne sache pas que la querelle de MM. Huet et Despréaux ait eu aucune suite. M. du Rondel se porte bien, et vous salue de tout son cœur. J'ai souvent de ses nouvelles. Il sera ravi de voir les Relations que vous nous avez promises. Je prie Dieu de vous conserver précieusement. Je suis, etc.

(1)M. Jwjpu.

A M. Rou.

A Rotterdam, le 3 août 4685.

Je ne reçus qu'hier les Nouvelles de juillet, mon cher Monsieur, et j'en prépare dès aujourd'hui un exemplaire pour vous l'envoyer, si j'en trouve l'occasion, comme on me le fait espérer.

J'y joins ces lignes, pour vous apprendre que je reçus mardi dernier une lettre fort civile de M. de Visé, auteur du Mercure Galant, qui me prie d'agréer qu'il m'envoie chaque mois son Mercure par la voie qu'il me plaira de lui indiquer. J'ai su même, qu'en attendant, il a fait porter chez M. Janiçon le Mois de juin et les deux tomes du Carrousel. J'ai appris aussi que c'étoit l'effet d'une proposition qu'un tiers lui avoit conseillée, que nous fissions échange de nos Mercures. Or voici ce que je voudrois savoir de vous : de quelle voie vous vous servez pour faire venir celui de madame la princesse, combien cela coûte de port, et enfin si l'exemplaire qu'on me donnera ne pourroit pas servir au lieu de celui que S. A. R. fait venir : car pourvu que j'aie la lecture, et même en courant, de la pièce, j'en abandonne de bon cœur la propriété. Un petit mot de réponse sur cela, à votre loisir, afin que je puisse me régler pour indiquer la voie qu'on me demande. Tout à vous, mon cher Monsieur.

A M. Rou,

A Rotterdam, le 9 février 4686.

Je vous remercie très humblement, mon cher Monsieur, de l'écrit que vous m'avez communiqué (4). Il est beau et bon, et digne de son auteur, et je voudrois bien en pouvoir orner mes Nouvelles , mais deux ou trois raisons m'en empêchent. La première est que j'ai dessein, comme je l'ai insinué dans un des Mois précédents, de donner de temps en temps un livret extraordinaire, qui sera un recueil de diverses pièces fugitives, que je n'aurai pu insérer dans les Nouvelles ordinaires. Je m'y suis engagé auprès de

(1) La Séduction éludée, ou Lettres de M. Vévêque de Meaux à un de ses diocésains (M. de Vrillac), qui s'est sauvé de la persécution ; avec les réponses qui lui ont été faites, dont la principale est restée sans réplique.

bien des personnes que je considère, dont je n'ai pas employé ce qui m'en étoit venu ; et comme je n'ai point publié leurs petites pièces, je me suis résolu de réserver toutes les autres semblables pour un livret à part, d'autant plus qu'on a critiqué que j'aie inséré des pièces tout entières , comme le Discours de M. l'abbé de la Chambre, une Lettre de M. Spon, etc. J'excepte ce qui regarde une Expérience anatomique, chimique, etc., car ces sortes de choses sont fort désirées ; et comme mon journal en est assez stérile, je n'en laisse guère passer quand il m'en tombe entre les mains. Il faudroit donc, mon cher Monsieur, que votre ouvrage attendît mes Nouvelles extraordinaires , mais je craindrois que ce ne fût trop attendre (1).

La seconde raison est qu'on m'a conseillé d'éviter le plus qu'il sera possible les matières de controverse. Il n'est pas possible de le faire quand les livres sont publics. Mais, diroit-on, il falloit les éviter à l'égard d'une lettre manuscrite, dont tous les noms sont supprimés , et celui du prélat à qui on écrit, et celui du répondant. Cela m'oblige de vous dire que, si vous la faites imprimer, je crois que vous ferez bien de n'en pas supprimer ni les noms, ni les dates; car les lecteurs seront tout autrement curieux quand ils sauront que cela regarde M. Pévêque de Meaux.

Ma troisième raison est que ce Mois-ci et celui qui vient seront pleins, malgré que j'en aie, de matières de controverse, des livres très considérables qui vont paraître, ou qui viennent d'éclore, ne me permettant pas de fuir la touche. Nons allons voir tout à la fois dans un mois deux livres de M. Jurieu, qui me feront deux gros articles. Sans cela, mon cher Monsieur, je passerois sur les deux autres raisons , en considération de la bonté de votre pièce, et de l'amitié comme de l'estime très particulière que j'ai pour vous.

Je suis très fâché que tant de circonstances contraires me privent de l'avantage que je me procurerois par votre écrit; mais puisqu'il n'y a point d'autre remède, je vous le renvoie aujourd'hui, afin que vous le fassiez imprimer sans retardement.

J'ai été ravi que les Tables de M. Tallents m'aient fourni une occasion de parler des vôtres. Comme elles sont en anglais, je n'ai pu les lire ; on me les a laissées quelques jours, mais on me les a redemandées après cela, et aiusi je ne saurois vous les procurer. Comme vous êtes le premier en date, je ne doute pas qu'on ne vous aie copié (2). Je suis, Monsieur, votre, etc.

(1) M. Bayle n'exécuta point le dessein qu'il avoit de donner de temps en temps un supplément à son journal, quoiqu'il en eût averti le public à la fin des Nouvelles de mai 1686. (Note de Des Maizeaux.)

(2) Le dernier paragraphe de cette lettre « J'ai été ravi, » etc., se trouve imprimé dans les Mémoires <1p Bon. Voy. t. T. p. 217.

A JEAN ROi: (168G). .W

A M. Rou.

A Rotterdam, le 17 février 4 086.

En homme qui n'a pas trop de loisir, mon cher Monsieur, je ne vous écris qu'un billet, pour vous remercier de toutes les douceurs obligeantes que vous m'avez écrites. Mais malgré ma brièveté, je vous fais souvenir que nos conventions ne sont pas cela. Si vous voulez m'honorer d'une de vos lettres, ce doit être pour me donner vos bons avis, et vos judicieuses critiques, et non pas pour m'encenser.

On m'a dit que vous soupçonnez M. de Larroque d'être l'auteur de la critique des Dialogues de M. l'abbé de Dangeau(1). Il est parti de Paris le dixième de ce mois, pour venir en ce pays-ci. Il pourra vous désabuser lui-même. Je suis très sincèrement, etc.

A M. Hou.

A Rotterdam, le 49 avril 4686.

Je ne manquai pas, mon cher Monsieur, d'écrire hier à M. Rainssant, et de lui représenter vivement tous vos griefs; le priant même instamment de laisser la chose où elle étoit, plutôt que de l'enfourner, comme il dit. Je ne sais s'il en fera quelque chose. Il me dit dans sa lettre, que, dans l'état où sont les affaires de notre parti, dont on voudroit même abolir la mémoire, il n'y a point d'apparence que l'on rende à leur auteur des Tables qui n'ont été interdites que parce qu'elles favorisoient les protestants. Il regarde donc comme une chose infaisable de vous les faire rendre en l'état où elles étoient; et, néanmoins, comme il trouve que le public en doit profiter, il croit qu'on les fera corriger, et qu'après cela elles seront rendues publiques; et tout le mieux qu'il croit pouvoir faire pour vous, est quelque dédommagement.

Je vois fort bien qu'il regarde cela comme le seul moyen de vous procurer quelque avantage; et je ne sais si M. de Montausier osera s'empresser pour

(1) Apologie d'un tour nouveau pour les quatre dialogues de M. V abbé de Dangeau, lecteur du roi : 1° sur V immort alité de l'âme ; 2° sur l'existence de Dieu ; 3asurla Providence; 4° sur la religion. Cologne (la Haye), 1(385, in-12. M. Jurieu est l'auteur de rr>tte critique. {Note de Des Maizeanx.)

le tout; je veux dire, pour la reddition des planches. J'en doute fort, et ne sais s'il vaut mieux que l'on les remette dans un galetas, que de vous en faire avoir quelque gratification. Outre que si on a une fois insinué aux puissances, qu'après les corrections des endroits trop huguenots, l'ouvrage sera très utile au public, il sera fort malaisé de les faire remettre dans un grenier; surtout y ayant apparence que ceux qui travailleront à la chose y trouveront bien leur compte; outre cela, dis-je, Monsieur, ce n'est pas une espérance trop prochaine que celle de notre rétablissement. Ainsi faites bien réflexion s'il ne vaudroit pas mieux tenir quelque chose de présent, que d'attendre un avenir incertain. Je vous dis cela à vous; car à M. Rainssant, j'en parle comme si absolument vous aimiez mieux n'avoir rien, et qu'on laissât la destinée de vos Tables aux événements de la Providence.

Pour ce qui concerne M. de Jaucourt, frère de M. le marquis de Villarnou, j'aurois eu bien de la joie en recevant votre lettre par son moyen, de l'assurer de mes très humbles services. Je m'estimerois très heureux de lui en pouvoir rendre quelqu'un par rapport à ses études. Je ne sais si la chose sera possible : il n'y a nulle place chez M. van der Horst, mon hôte. Toutes ses chambres sont pleines. Mais si 31. de Jaucourt demeuroit ici, je tâcherois de ménager quelques moments à certaines heures du jour pour des entretiens de philosophie avec lui. J'ai très peu de loisir, comme vous savez; mais pour des personnes d'un tel nom, et d'une distinction si vénérable à tous les protestants, il faudroit bien faire des efforts. Je suis, etc.

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