‹ Mâemoires inâedits et opuscules de Jean Rou (volume 2)Chapitre 166 sur 174 · DES · texte numérisé non relu

DES

Au tome II

Dissertation sur le Vous et le Tu en parlant à Dieu. — Voici un passage de d'Aubigné qu'il n'est pas sans intérêt de rapprocher de cette dissertation :

«. Vous ne trouverez ici aucune picoterie de nos controverses. A une seule différence, vous connaîtrez de quelle religion je fais profession. C'est que je parle par unité à Dieu, qui est un et seul, ne pouvant m'accommoder à dire : Vous êtes Dieu. Je sais que l'on s'excuse en la mollesse des langues française, anglaise et flamande, ou autres imperfections qu'on fait passer pour loi. J'ai pris plus de goût aux anciennes harangues faites aux rois, et aux poètes de la volée de Ronsard (puisqu'il n'y va que du langage). Ceux-là, parlant à tout ce qu'ils ont voulu séparer du vulgaire, ont pris les termes mâles de l'unité : et surtout quand ils ont parlé aux princes et à leurs maîtresses, comme s'adressant à quelque chose de divin, nous ont déployé leurs hautes flatteries et vanités, et leurs folles adorations par le Toi, plus majestueux que le Vous. Certes, qui prendroit la loi du vulgaire et les mignardes flatteries du temps, on se laisserait enfin mener à dire en choses sacrées : Je vous baise les mains, comme on l'a écrit d'un prêcheur espagnol. J'en dirois davantage en un discours privé : c'est assez que, par cette épître, je convie mon lecteur à élever (en simplicité du langage de Canaan) ses pensées à Dieu, au sein duquel y a prOpitiation, qui se tient volontiers près des cœurs désolés (Psaume 34), qui n'oublie jamais la clameur de ceux qui le

supplient, qui ne souffre point justice être foulée, et qui seul, aux temps calamiteux, se trouve conseil et consolation. » (Préface des Petites œuvres mêlées du sieur Agrippa d'Aubignè, Genève, 1630, in-8°.) Voir aussi deux lettres de Bayle à Rou, ci- dessus, p. 349 et 353.

... La justesse des quatre parties de Claudin... — Ces mots nous porteraient à croire que Rou n'était pas tombé dans l'erreur que Bayle releva en sa lettre du 22 octobre 1 682 (ci-dessus page 340) , où il lui rappelle que ce n'est pas Claudin Le Jeune, mais Goudimel, qui a fait la musique des Psaumes. Rou avait eu sans doute en vue, comme ici, les Psaumes à quatre parties de Claudin.

Claude Le Jeune, dit Claudin, compositeur ordinaire de la chambre de Henri IV, et déjà célèbre sous le règne de Henri III. Né à Valenciennes, vers 1540, il mourut à Paris, le 25 septembre 4600, et fut enterré au cimetière protestant de la Trinité. Ses Psaumes mis en musique à deux, trois, quatre, cinq, six, sept et huit parties (Paris, 1606, etc.; la Rochelle, 1608; Genève, 1627; Amsterdam, 1629 et 1633; Leyde, 1635) eurent un grand succès. (Voir l'article Le Jeune, dans la France protestante de MM. Haag, t. VI, p. 526.)

Voici du reste le passage de ses Remarques sur V Histoire du Calvinisme de M. Maimbourg qui donna lieu à l'observation de Bayle.

«... Rien n'est plus faux que ce que M. Maimbourg dit que la musique de nos psaumes est molle et efféminée; j'ai toujours ouï dire aux plus experts musiciens qu'il n'y en avoit pas de plus parfaite ; aussi est-elle d'un des plus grands hommes qui aient jamais excellé en cet art, je veux dire de Claudin le Jeune dont le nom seul fait un éloge. Quand on écrit il faut prendre garde à ne pas faire de si lourdes bévues; comme les psaumes sont de différents caractères, les uns sur des matières de réjouissance, les autres sur des sujets de complainte et de tristesse, les uns graves, les autres gais et libres , les uns de louange et d'action de grâces, les autres de confession et de prière, il faut nécessairement que les airs suivent cette variété d'affections et de mouvements, et c'est en quoi le musicien a excellemment réussi; on trouvera des exemples de toutes ces diversités dans ces cinq ou six psaumes, pour n'en alléguer pas un plus grand nombre : le VIe, et le LIe, qui sont des psaumes de confession et de prière, ont un air qui leur est proportionné, étant tout languissant et triste; le LXXIXe, le LXXXe et le CXXXVIIe, qui sont sur des sujets d'affliction, sont absolument lugubres; le XLlXe, qui est un psaume de doctrine, a un air grave, entièrement mu-

sical et plein de majesté; le XIXe, qui est un hymne de louange, est animé mais libre et tranquille; et le LXXXIe, qui en est un de consolalion et d'allégresse, a des mesures si pressées qu'il semble n'être fait que pour une danse par bonds et par sauts.

« Mais je trouve l'auteur admirable de critiquer le chant de nos psaumes! C'est bien aux musiciens de sa communion à toucher une pareille corde, eux dont les noéls ridicules semblent être faits tout exprès pour apprêter à rire, et parmi lesquels on n'oit point d'autres hymnes que ceux qui s'entonnent sur les plus libertins airs de cour, sur des coq-à-1'àne du Pont-Neuf, sur des chansons de cabaret, et ce qui est encore plus infâme, sur des intermèdes de comédie ou sur des pas de ballet et des morceaux d'opéra. Il n'y a point ici d'exagération, tout le monde sait quels sont les Cantiques imprimés chez Florentin Lambert, rue Saint- Jacques, à limage Saint-Paul, devant Saint-Yves. Ce recueil est un livre authentique, il ne peut être récusé par M. Maimbourg puisqu'il est d'un des pères de cette Société dont il faisoit partie, il n'y a encore que trois jours, puisqu'un capucin de réputation y a contribué de sa veine purgative et illuminative ; puisque ce livre est autorisé par une approbation de docteurs en théologie, et qu'il est imprimé avec privilège du roi. C'est dans ce curieux livre qu'on trouve des Gaudinettes et des Colins, qu'on entend des soupirs de l'époux céleste sur l'air des Enfarinés, des entrées de l'âme juste dans le ciel sur l'air Daye den Daye, des dialogues entre l'homme et Satan sur celui de Vous y perdez vos pas, Nicolas. Et, ce qui vaut peut-être mieux que tout le reste, un délaissement de toutes choses sur Ce que fait et que défend l'archevêque de Rouen. » (1 )

On lira encore ici avec intérêt les autres remarques de Rou sur les passages de Maimbourg relatifs aux Psaumes de Marot :

Maimbourg, page 98 : « Il n'y a rien de moins conforme à son original, que cette version des psaumes de David par Marot : pour ne point parler d'une infinité de bévues, et de la manière basse et infiniment éloignée de la majesté du style de ce grand prophète, qui font pitié en cette traduction, qu'on ne peut nier qui n'ait du moins quelque chose de l'air burlesque, sans jamais approcher de cette belle et noble expression qu'on voit dans la version de M. Godeau, etc. Ce sont là les psaumes qu'on chantoit alors, et qui furent mis en musique eu un certain air de chanson mol et efféminé, qui n'a rien de dévot et de majestueux, comme le chant de l'Eglise catholique, etc. »

(1) On sait que le célèbre abbé Pellegrin, protégé de madame de Maintenon, a composé : 1° des Cantiques spirituels sur différents airs d'opéra, pour les dames de Saint-Cyr; 2" YHistoire de l'Ancien et du Nouveau Testament, sur les airs d'opéras et des vaudevilles (1705); 3° les Psaumes de David sur les plus beaux airs de Lulli, etc. (1705) ; 4° Ylmitation de Jésus-Christ eu canliques, sur des airs d'opéras et de vaudevilles (1727).

« On ne sauroit lire deux pages dans cet auteur, sans trouver delà mauvaise foi ou de l'ignorance ; il y a infiniment de l'un ou de l'autre à dire d'un ton si aftirmatif que la version de Marot est dans une manière basse et éloignée de la majesté du style de David, et il y a encore plus d'imprudence à traiter l'ouvrage de ce poëte de burlesque; la chose gît en preuve, il n'est pas impossible de trouver un Marot, en tout cas nos psaumes sont dans les mains de tout le monde; il est si vrai que cette poésie est fort conforme au texte, que tout autant de gens qui n'ont pas su que Valable servoit de truchement à Marot, se sont étonnés comment ce dernier avoit entendu l'hébreu dans une telle perfection; mais comme l'auteur le remarque lui-même, cette justesse de l'un ne venoit que de la conduite de l'autre. Il ne faut donc point dire une chose si absurde, et pour ce qui regarde le style, à la réserve de quelques petits changements que cent quarante ans et plus ont apportés à notre langue, il y avoit dans cet ouvrage des beautés pour ce temps-là comme il y en a dans Godeau pour celui-ci. Si la langue a changé, Marot n'en est non plus responsable que Godeau ne le sera de celui qui pourra succéder dans un siècle à l'égard de sa version. Mais je dis plus, l'auteur se moque-t-il de faire une comparaison des Psaumes de Marot avec ceux de Godeau. La rhétorique nous enseigne qu'une comparaison est défectueuse quand elle roule sur des choses de nature différente. Marot a fait une traduction formelle, M. Godeau s'est licencié jusqu'à la paraphrase, et en cela le premier a sur l'autre cet avantage qui n'est pas de petite importance, que plus il s'est attaché au mot à mot du texte, moins il s'est écarté des idées du Saint-Esprit; au lieu que l'autre, à force de donner dans l'éloquence mondaine, a quitté le langage de Dieu pour parler celui des hommes.

« Il y a bien des gens d'un autre avis que M. Maîmbourg au sujet de Marot et de ses Psaumes; et ce qui doit nous donner de la consolation, c'est que ces gens sont d'un autre poids que lui; ils ne sauroient d'ailleurs être suspects, puisque durant leur vie ils ont toujours professé la religion romaine, et qu'aucun intérêt que celui de la bonne foi et du bon sens, ne les a jamais fait agir. Voici entre autres le jugement du célèbre M. Pasquier, conseiller du roi et avocat général en la Chambre des comptes de Paris.

« Quant à Clément Marot, ses œuvres furent recueillies favorablement de •' chacun. 11 avoit une veine, grandement fluide, un vers non affecté, un sens

« fort bon Bref, jamais livre ne fut tant vendu que le sien, je n'en

« excepterai pas un seul de tous ceux qui ont eu la vogue depuis lui. 11 lit « plusieurs œuvres, tant de son invention que traduction, avec un très « heureux génie; mais entre ses inventions je trouve le livre de ses Epl- « grammes très plaisant, et entre ses traductions il se rendit admirable « en celle des cinquante psaumes de David, aidé de Valable, professeur du

« roi es lettres hébraïques, et y besogna de telle main, que quiconque a « voulu parachever le Psautier n'a pu atteindre à son parangon; c'a été une « Vénus d'Apelles. » (Pasquier, Recherches, liv. VII, en. 5.)

Maimbourg, page 99 : « Les calvinistes chantèrent ces Psaumes publiquement, pour la première fois, dans le lieu le plus fréquenté de Paris pour la promenade, ce qui irrita tellement le bon bourgeois que l'on alloit prendre les armes pour se jeter sur eux, si 1.3 magistrat n'eût promptement apaisé ce tumulte par l'emprisonnement de ceux qui furent trouvés les plus échauffés à chanter d'une manière si séditieuse. »

(< On reconnaît là le caractère de la superstition romaine ; si nos pères eussent chanté des airs profanes et impudiques, on ne leur auroit rien fait, comme encore aujourd'hui on en chante de tels en toute liberté dans les maisons et dans les carrefours parmi nos adversaires ; mais si on surprend quelque homme de bien qui chante les louanges de Dieu telles qu'elles ont été dictées par le Saint-Esprit, c'est assez pour le mettre en justice et le faire pourrir dans un cul de basse-fosse. Cette rigueur ne s'éloit pas jusqu'ici exercée si hautement à Paris qu'elle l'est depuis longtemps dans les provinces, mais il est aujourd'hui d'une notoriété publique qu'on a défendu depuis un an le chant des psaumes en bateau et en carrosse sur chemin de Charenton, pendant qu'on laisse les débauchés au vin et aux femmes s'éclater en chansons dissolues dans leurs promenades libertines de Pique- Puce et de Saint-Maur.

« Je ne puis sur ce sujet m'empêcher de faire le récit de ce qui se passa il y a quelques années dans une petite ville dont j'ai oublié le nom. Le bailli, sollicité par un curé séditieux, envoya faire défense à un serrurier de la religion qui demeuroit vis-à-vis de l'église, de plus chanter des psaumes dans sa boutique; le service de la messe, au sentiment du bon prêtre, étoit (rouble tous les matins par ce chant importun, et il ne l'étoit pas par les perpétuels coups de marteau du cycîope, et par le ratissement aigu de sa lime : comme le serrurier ne se pressa pas d'obéir aux premiers ordres, on réitéra la défense, qui lui fut même signiiiée par un sergent dans toutes les formes de la justice, et parce qu'il falloit que le sergent écrivît sur son exploit la réponse de l'assigné, le pauvre homme représenta qu'il n'avoit rien à répondre. — Mais il faut bien que je mette quelque chose, dit le pousse-cul. ~ Ho! bien, dit le serrurier , mette* donc :

Jamais ne eesseray De magnifier le Seigneur En ma bouche auray son honneur

Tant que vivant scray.

« Qui fut bien honteux, ce fut le bailli, qui voyant ce qui éloit répondu sur l'exploit : Ah! parbleu, dit-il, qu'on le laisse magnifier le Seigneur tant qu'il voudra, quant à moi je ne veux plus m'en mêler. »

Voici le litre complet du livre indiqué par Bayle : Histoire fabuleuse et généalogie des dieux et des héros de l'antiquité païenne, ou Nouvelle Histoire poétique; par Jacq. Yallier de la Martinière. Paris, J. Cottin, 1670, in-12.

... L établissement des Conférences, etc.. -- On sait que Félibien, secrétaire de l'Académie des sciences, a publié les Conférences de l'Académie royale de peinture et de sculpture (Paris, 1669, in-4°; Amsterdam, 1706, in-12). Il avait entrepris ce compte rendu sur l'invitation de Colbert luimême, à qui il le dédia. Ces conférences, au nombre de sept, avaient été tenues les samedis 7 mai, 4 juin, 2 juillet, 3 septembre, 1er octobre, 5 novembre et 3 décembre 1667; les deux premières, et la troisième, quatrième et cinquième dans le cabinet des tableaux du roi; les autres dans la grande salle de l'Académie royale, «dans le temps même, dit Félibien, que tout étoit en armes, et qu'il sembloit que ces arts avoient lieu de craindre de se voir abandonnés. » L'idée de ces conférences étoit venue de Colbert , vice-protecteur de l'Académie, « un jour qu'il l'honora de sa présence, pour la distribution des prix que le roi donne aux étudiants. » Il avoit été résolu que l'on s'assembleroit tous les premiers samedis du mois, el que le chancelier et les recteurs de l'Académie feroient l'ouverture des conférences, chacun à leur tour, par un discours où ils examineroient le tableau qu'ils auroient choisi. 31. Le Brun, chancelier, commença dès le premier samedi, et prit pour sujet le saint Michel de Raphaël, terrassant le démon. Au second, M. de Champaigne l'aîné examina un tableau du Titien : le Corps de Jésus porté au tombeau par saint Jean, Nicodème et Joseph dJrimathie, accompagnés de la Vierge et de Madeleine. A la troisième, }\. Van Optai traita des beautés du Laocoon. A la quatrième, M. Mignard l'aîné parla sur la sainte Famille de Raphaël, où l'on voit la Vierge tenant l'enfant Jésus sur son berceau, et autour sainte Elisabeth, saint Joseph et deux anges. A la cinquième, M. Noiret fit des remarques sur un tableau de Paul Véronèse : V Apparition de Jésus à ses deux disciples soupant dans le bourg d'Kmmaus. La sixième fut consacrée, par M. Lebrun, a l'examen t\u

APPENDICE. 37o

célèbre tableau de son maître, M. Poussin, « la gloire de nos jours et l'ornement de son pays , » lequel tableau représente les Enfants d'Israël dans le désert, lorsqueDieu leur envoya la manne. Ala septième conférence, M. Bourdon fit une étude d'un autre tableau du Poussin : Jésus rendant la vue à deux aveugles, au sortir de Jéricho.

(Voir aussi la note ci-après sur la page 23.)

]/. Gousset.,. — Jacques Gousset, de Blois, ministre de l'Eglise de Poiliers, en 4662, hébraïsant distingué. Réfugié en Angleterre, après la révocation de l'Edit de Nantes, puis en Hollande, il devint ministre de l'Eglise wallonne de Dordrecht, en 1687, et fut appelé, en 4 692, à la chaire de grec et de théologie à l'Université de Groningue, où il mourut en 1704. Il était petit-fils de Gousset, professeur au collège de Blois en 4 610 (Haag, France protestante).

Que vous dirai- je de la pièce du Poussin?... — C'est celle connue sous le nom de La Manne dans le désert. Cette admirable composition fut gravée plusieurs fois au dix- septième siècle, entre autres par Guill. Chasteau, en 1680 (belle estampe); par Gantrel, qui travaillait vers 4 698 (inférieure à l'autre), et par Henri Testelin (très belle gravure).

Cette grande gravure, comme exemple touchant l'ordonnance, fait par. lie du livre intitulé : Sentiments des plus habiles peintres du temps sur la pratique de la peinture, recueillis et mis en tables de préceptes ; par Henri Testelin, peintre du roi, professeur et secrétaire en l'Académie royale de peinture et de sculpture. Paris, l'Auteur, 4 680, in-fol. « Ouvrage rare, où cette superbe pièce, traitée d'une pointe savante et spirituelle, est plus rare encore.» (Catalogue de la Collection de M. J. Goddi, peintre; Paris, 4 850, in- 8°).

La Bibliothèque impériale n'en possède qu'une édition postérieure, dont voici le titre complet : Sentiments des plus habiles peintres sur la pratique de la peinture et scidpture, mis en tables de préceptes, avec plusieurs discours académiques , ou Conférences tenues dans l'Académie royale desdits arts, en présence de Monsieur Colbert, conseiller du roi en tous ses conseils, contrôleur général des finances, intendant et ordonnateur des bâtiments du roi, jardins, arts et manufactures de France; protecteur de ladite Académie , assemblée généralement en des jours

solennels pour la distribution du prix royal; par Henri Testelix, peintre du roi, professeur et secrétaire de ladite Académie. A Paris, chez la veuve Mabre-Cramoisy, 1696. Avec une vignette représentant un aigle tenant un écusson fleurdelisé, et une banderole sur laquelle on lit : Regia picturjs

ET SCULPTUR/E ACADEMIA.

Ce bel et curieux ouvrage étant en effet très rare (1), nous en donnerons ici un aperçu d'après Tunique exemplaire de la dernière édition qui vient d'être mentionné (V, 552 porté). Il nous fournit des détails intéressants, non seulement pour ce qui touche le tableau de La Manne, du Poussin, mais encore au sujet des Conférences de l'Académie royale dont il a été question ci-dessus.

Le volume contient quarante pages in-folio de texte imprimé, pins une préface de trois feuillets non paginés, et six tables de préceptes en lettres gravées, accompagnées de six planches servant d'illustration aux tables. En tête de la page 9 est une vignette de la composition de Lebrun, gravée par Séb. Le Clerc.

La première planche contient des exemples de diverses expressions par un simple trait. Elle accompagne la « première table, des préceptes de la peinture sur le traict, » indiquée comme « lue en l'Académie le 4 0 février 4 675. »

La seconde contient des exemples touchant les proportions et lescon^ tours. Elle accompagne la <c Deuxième table, des préceptes de la peinture sur les proportions, » lue en l'Académie le 2 octobre 1678.

La troisième, des exemples touchant l'expression générale et particulière. Avec la « Troisième table, des préceptes de la peinture sur l'expression, » lue le 6 juin 4 675. Cette planche dont les têtes représentent l'expression des diverses passions est du dessin de Le Brun, et a été reproduite dans une Physiologie de Lavater, par Plane.

La quatrième est précisément V Exemple touchant V ordonnance, tiré de la magnifique composition du Poussin. Elle est accompagnée d'une « Quatrième table, des préceptes de la peinture sur l'ordonnance, » lue le 5 novembre 4678.

La cinquième est un exemple du clair et de l'obscur, avec la « Cinquième table, des préceptes de la peinture sur le clair et l'obscur, » lue le même jour 5 novembre 1678; et la sixième, un exemple de la couleur, accompa-

(1) La Biographie universelle, qui n'a pas connu la première édition de 1680, dit à tort que cet ouvrage fut publié après la mort de l'auteur en 1099 (au lieu de 1 090) . Henri Testelin, élève de Vouet, comme son frère Louis, mort en 1055, avait été l'un des fondateurs de l'Académie, dont il fut exclu le 10 octobre 1081. à raison de sa qualité de protestant. Il quitta la France à In Révocation et mourut i la Haye le 17 avril 1095, â.cré de quatrervîngts ans,

gnée de la « Sixième table, des préceptes de la peinture sur la couleur, » lue le 4 février 4 679. C'est un tableau allégorique de Louis Testelin l'aîné, gravé par Audran : « Le temps aydé par l'amour de la vertu, desbrouille des nuages de l'ignorance la vérité de la peinture.» (Voir sur ce tableau le Mémoire de Guillet de Saint-Georges, sur Louis Testelin, publié dans les Mém. inéd. sur la vie et les ouvrages des membres de ÏAcad. roy, de peint, et de sculpt., etc., Paris, Dumoulin, 1854. T. ï, p. 244.)

La préface donne l'histoire de l'Etablissement de l'Académie royale en 4 648. Le morceau suivant mérite d'être mis sous les yeux du lecteur. a Ils (les Académiciens) ont donc établi un jour solemnel dans l'année à « l'honneur du Roi, et afin de célébrer la mémoire de l'Etablissement de u l'Académie, dans laquelle solemnité chacun des Académiciens s'est obligé a d'apporter de nouveaux et meilleurs morceaux de leurs ouvrages pour les « exposer à la vue du public. Sa Majesté a trouvé ces exercices si agréables <c qu'elle en a authorisé l'usage, ordonnant des pensions pour les officiers « de l'Académie, et une somme considérable pour les prix proposez aux Elu- <* diants ; et afin que toutes ces choses se puissent exécuter honorablement, « elle a ordonné que Messieurs les Professeurs soient conviez de se trouver « en ces jours de solemnité pour y délivrer les prix. Monsieur Colbert n'a « pas manqué de l'honorer de sa présence pendant le cours de sa vie, « s'y trouvant avec les plus illustres amateurs des sciences et des beaux- 9 arts, et Messieurs des Bâtiments, lesquels après avoir considéré avec « plaisir toute cette publique décoration, et passé en toutes les chambres « de l'appartement qu'ils avoient vues si remplies de divers ouvrages très cure rieux, même en celle de l'Etude du modèle qu'ils avoient trouvé posé en « groupe, à l'entour duquel étoient plusieurs Etudiants des plus avancez qui « le dessiuoient de divers aspects, ce que cette illustre Compagnie consi- « déra avec beaucoup d'estime. Au sortir de là, elle fut conduite en un grand « salon rempli magnifiquement des plus excellents tableaux entourez de « riches bordures dorées qui brilloient d'un merveilleux éclat ; à l'abord « l'on apperçût un grand tableau de 42 à 4 5 pieds de haut, où est repré- « sente le portrait du roi revêtu de sa pourpre royale, séant en un trône « enrichy et couvert d'un dais somptueux, ayant d'un côté sur les dégrez a des marques hiéroglyphiques des Arts, et de l'autre plus proche de son « siège un petit amour qui en paroissoit le génie, lequel Sa Majesté sem- « bloit couronner d'une branche d'olivier. Au-dessus du tableau, et sur la « corniche du salon étoit posée la figure d'un crucifix grand comme nature, a fait par Mr. Sarrasin, l'un des plus habiles sculpteurs du siècle, et rec- « leur en l'Académie. Au-dessous du portrait du Roi étoit un grand fauteuil « élevé de deux gradins pour la place d'honneur et le siège présidial, à

« l'entour duquel à droite et à gauche étoient posez d'autres sièges à dou- « blés rangs pour la compagnie ; tout le lambris du salon et la corniche « étoient remplis des plus beaux tableaux des réceptions jusqu'au parterre, a où étoient posez sur des chevalets plusieurs des plus considérables « pièces, pour être mieux en leur jour. L'entrée de ce salon remplissoit ù « l'abord l'esprit de vénération et de respect. Monsieur Colbert même en « fut surpris en y entrant la première fois »

Revenons à la pièce du Poussin qui sert d'exemple d'Ordonnance. Elle porte ces mots: Henri Testelin delt et sculpsit, et on lit au bas la dé monstration suivante :

« La liaison des groupes est si bien ménagée en cet exemple, qu'ils conte courent tous au sujet, et conduisent la veïie sur la figure, qui en esi « comme le héros, laquelle est très apparente, encore qu'elle soit éloi- « gnée. Dans le premier groupe à la droite, et le plus avancé sur le devant « du tableau, est ce que l'on a nommé la chaîne, à sçavoir : la nourrisse « qui donne à tetter à sa mère, et la bonne femme qui l'embrasse, le petit a enfant qui s'appuye sur sa grand'mère, en fait le nœud, et les tigures « d'alentour servent comme d'arc-boutant pour soutenir ce groupe et l'as- « surer avec ceux de droite. De l'autre côté du tableau, la femme qui « est à genouil, noue son groupe avec le petit enfant qu'elle embrasse. « Le jeune homme qui porte une corbeille le lie ; et les figures qui sont de « côté et d'autre en sont les soutiens, et par les diminutions l'unissent aux « autres groupes, de telle sorte que la différence de grandeur des figures « n'empêche pas que toute cette composition ne paraisse comme réduite « en un seul groupe contrasté par une variété d'actions et d'expressions « judicieuses. »

Le texte qui accompagne cette planche et la table des préceptes sur l'ordonnance est un exposé bien autrement détaillé des mérites de l'œuvre du maître.

Le Brun les avait déjà relevés, avec l'autorité qui lui appartenait, dans la conférence du 5 novembre 1667, recueillie par Félibien, et où nous voyons qu'il avait répondu à la même objection que le correspondant de Rou fail ici, au sujet des cailles qui, déjà la veille au soir, avaient apaisé la faim des Israélites, et de la nature de la manne, qui tombait pendant la nuit et était ramassée le matin comme une rosée. Le Brun dit que Poussin n'avait fait en cela qu'employer les moyens usités en peinture, sans s'éloigner trop du récit de l'histoire sacrée. Un des assistants appuya les observations de Le Brun, et le sentiment de toute l'Académie fut que « bien loin de « trouver à redire à tout ce que M. Poussin a peint dans ce tableau, on doil « plutôt admirer de quelle manière il s'est conduit dans la représentation

« d'un sujet si grand et si difficile, où il n'a rien fait qui ne soit autorisé '< par de bons exemples, et digne d'être imité par tous les peintres qui vien- « (Iront après lui. »

— PAGE 30, NOTE 1rc, ET PAGE 91, LIGNE 4. —

Jean Toutin, inventeur de la peinture en émail. — Nagler lui a consacré cet article que nous traduisons :

«Jean Toutin, orfèvre de Chûteaudun, travaillait déjà vers 4618, et poussa ses travaux jusqu'au milieu du siècle. En 1632, il inventa la peinture sur émail, qu'il pratiqua lui-même et enseigna, et qui fut portée à sa perfection par ceux qui suivirent. 11 dessina alors et grava à l'eau forte des modèles pour les orfèvres, joailliers. Ce sont des petites feuilles qui, ainsi que celles d'Arnold, de Jean Rovert et d'H. Jacquart, pourraient être prises pour des nielles, puisque les ornements ressortent en blanc sur un fond noir.

« Son fils Henri, qui vint à Blois, eut aussi de la réputation comme peintre sur émail. On compte parmi ses œuvres une copie de la Famille de Darius, d'après Le Brun, qui se trouve au Musée royal, à Paris. La feuille a six pouces de large. L'orfèvre Dubri à Paris et Moline d'Orléans se firent, à la même époque, une grande réputation comme peintres sur émail. Mais tous ces maîtres furent surpassés par Jean Petitot, élève de Henri Toutin, qui, avec Bordier, a porté la peinture sur émail à une merveilleuse perfection. » {Nouveau Dictionnaire universel des Artistes, par Dr G.-K. Nagler, tome XIX, Munich, 1849, gr. in-8°.)

Voici un acte de baptême d'une fille de Jean Toutin , que nous relevons dans les registres de Charenton, et où la mère de Jean Rou figure comme marraine.

(1) Fille de Jean Toutin et de Sara Graviller, née le 22e febvrier 4638;

a esté baptisée le dimanche, 7e mars audit an, par M. Le Faucheux, estant présentée au saint baptesme par M. Pierre Chartier, advocat au parlement, et Isabelle Toutin, femme de M. Jacques Roux (sic), procureur en ladite cour.

Les plus beaux tableaux de M. Le Brun. — On sait que ces grandes toiles sont au Louvre.

(1) Le prénom a été laissr on blanc.

— PAGE 32, LIGNE 41 , et PAGE 33, LIGNE 4 8, —

Lettres de MM. de V Académie de Saint-Luc. — Remercîment de M. Le Brun, fait à MM. de V Académie royale de Saint-Luc, à Rome. — Les Archives de l art français ont publié naguère (tome I, page 60), d'après la Collection BouillaucJ , conservée aux manuscrits de la Bibliothèque impériale, deux lettres de Domenico Gmd'i, prince, c'est-à-dire, directeur de l'Académie de Saint-Luc, sculpteur très renommé, à Charles Le Brun, en date des '16 et 22 décembre 4675, avec la traduction de la réponse de Le Brun, en date du 31 janvier 4 676.

On y a joint (d'après les Mémoires -pour servir à l'histoire de l'Académie de Saint-Luc jusqu'à la mort d'Antonio Canova, publiés à Rome en 1 823, par Melchior Missirini) le texte italien de la seconde lettre adressée par Le Brun, le 22 décembre 4676, pour remercier cette Académie de lui avoir fait l'honneur de le réélire pour une nouvelle année. C'est cette lettre dont Rou nous donne ici le texte français, rédigé par lui-même. Voici la version italienne :

« Mi trovava cosi elevato per l'onore da voi fattomi , ch'io non pensava, a che la gloria ricevuta fosse capace di alcun augmento. ïntanto io vedo , « che li vostri favori hanno più di una sorte di grandezza, e che il loro pre- « gio consiste egualmente neU'ampiezza, e nel numéro. Io dirô anche, miei a signori , che corne gli ultimi beneficj sono per l'ordinario la corona di « quelli, che sono preceduti, io devo sentirai altretanto piu debitore alli « vostri, poichè quantunque sia grande la prima grazia, êlla sembra al pre- « sente non esserestato altro, che il grado, e la preparazione alla seconda, « Non tocco gli elogi, de quali le vostre lettere sono piene : So, che la gen- « tilezza ve gli ha dettati, e che sono piuttosto una lezione di quello ch'io mi « devo sforzare di essere, che un testimonio di quello ch'io sia. Questo è il « principal uso, che io voglio farne, lontano daî prenderne alcuna presun « zione : cioè a dire, che io conservero memoria eterna délia vostra bontà. « ed avrô particolar cura di adempire il mio debito: e di corrispondere con « zelo al posto, ove mi avete collocato. Le Brun. »

Missirini fait connaître que Le Brun avait accompagné sa gracieuse lettre de remercîment du 34 janvier, d'un don de soixante pistoles d'or et de la suite d'estampes gravées d'après ses Batailles d'Alexandre.

L'éditeur des Archives de V art français ajoute: « Dans la péroraison de son discours sur les honneurs de la peinture et de la sculpture, prononcé à l'Académie romaine de Saint -Luc, le second dimanche de novembre 4 677, à l'occasion du concours pour les prix des jeunes peintres, sculpteurs et architectes, essendo principe dell Academia il signor Carlo Bruno, .1. P. Bellori

disait : « Questa sia immortal Iode del nostro Principe il signor Carlo Bruno, « che coi lumi del suo pennello arrestar puô lo siguardo del suo Allessan- « dro ; ed intanto ch'egli colora, e finge la fuga di Dario , ed i MacedonicI « trionfi, vieppiù chiare memorie del Gallico Alessandro esprime, ed adom~ « bra. Ma qui pur tra noi ravviso il Regio onor, de' Romani pennelli, e scal- « pelli industri; eletti a celebrare i pregj del Gran Luigi, mentre la nostra « Academia ancora fatta consorte delli Reali auspicj, riposa all'ombra de' bel « Gigli d'oro, nella protezione dell'Eminentissimo Principe il Signor Cardj- <( nale Francesco Rarberini, e dellTllustrissimo ed Eccellentissimo Signor « Marchese Gio. Rattista Colbert, sotto il cui auspicatissimo patrocinio beîi « si possono chiamar felici le nostre arti, e gli studj délia gioventù... » Ces derniers compliments à Louis XIV et à Colbert font allusion à la jonction des deux Académies de Saint-Luc et de France opérée sous leprincipat de Le Brun, par l'entremise d'Errard, à la fin de 4676. Missirini cite toutes les pièces de cette grande affaire : la procuration donnée à Errard par l'Académie royale de Paris, la lettre de Testelin, secrétaire de l'Académie de Paris. à l'Académie de Saint-Luc, les lettres patentes de Louis XIV, contresignées de Colbert, etc., etc. »

Desportes, le grand peintre d'animaux, s'était trompé de date lorsqu'il écrivait, dans sa belle notice sur Charles Le Rrun : « Ce fut en 1677 que l'Académie romaine de peinture, fondée par le pape Grégoire Xliï, rendit un hommage éclatant à la peinture française en la personne du premier peintre qu'elle élut pour son prince, c'est-à-dire directeur. Pour lui marquer davantage son estime, elle l'élut, quoique absent, contre ses règles, lui écrivit à ce sujet une lettre pleine d'éloges, assaisonnés de toutes les tleurs de l'éloquence italienne, et lui continua l'année suivante le môme honneur. »

On lira sans doute avec intérêt ces détails précis sur un trait de « la vie « magnifique de l'homme qui gouverna tous les arts de son pays : la pein- « ture, la sculpture, l'architecture, la tapisserie, Sa gravure, l'orfèvrerie, et « qui les gouverna avec un éclat, une abondance, une variété, un enthou- « siasme, un absolutisme, un crédit à l'étranger, un train de grand seigneur « qu'à peine égalèrent Rubens en Flandre, et Raphaël sous Léon X. »

Une tavmjole de tqfjetas blanc. — Tavaiolle , pièce d'étoffe, sorte de grand mouchoir de tête. Terme emprunté à la Turquie, et qui désigne aussi le voile dont les sages-femmes couvrent l'enfant qu'elles portent au baptême.

.,. Les ingénieuses gazettes de La Fons. — « A l'égard des Gazettes raisonnées, je vous dirai qu'il y a trois personnes qui passent pour en faire, et que ni les uns ni les autres ne distribuent ici qu'à très peu de gens leur écrit. Ils ne le destinent presque qu'aux pays étrangers, et ainsi cela ne fait guère de bruit en Hollande, si ce n'est quand l'ambassadeur de France s'en plaint quelquefois. J'ai vu quatre ou cinq fois celles que mademoiselle de Saint-Glain, veuve d'un gazetier de ce nom, d'Amsterdam, dont la gazette s'intitule : Nouvelles solides et choisies, a fait faire tantôt par de Versé, tantôt par le sieur Fleurnois, tantôt par d'autres, et cela n'étoit pas grand'chose. On croit que celles du Sr La Fon, que je n'ai jamais vues, sont les meilleures. » (Lettre de Bayle à Lenfant, \$ janvier 4685.)

— page 88, note \.—

Dans un autre endroit de son ouvrage, l'abbé de Marolles dit encore :

Entre les bons graveurs sont Pitau, qu'on déplore... Hedelins, Regupsson et Jean Toidin encore.

Un autre /. Toutain a gravé, entre autres, une rue du Jubé de l'église de Saint -Ouen de Houen, postérieurement à 4 655. Mais le nom ne s'écrit pas de même, et rien n'indique qu'il fût delà même famille.

— page 89, ligne 47. —

Le fameux cabinet d'estampes que M. de Marolles s'étoit amassé... — L'abbé de Marolles a, dans son Livre des peintres et graveurs, donné une longue nomenclature de ceux qui, avant lui, avaient eu la même passion. Elle porte ce titre:

Les Curieux d'Fstampes , quelques-uns desquels en ont/ait des bibliothèques entières.

Je dirai maintenant les curieux d'estampes.

Le nombre en surprendroit;

Ils s'y connaissent peu; mais estant magnifiques, etc.

Le dénombrement commence par Louis Odespunck, dit Meccbinière, qui

... en fit un recueil des premiers qu'on ait vus. Jacques Kervel, plus riche en fit une meilleure... De L'Orme le suivit, ... commis de Monnerot (1)...

(1) Charles De Lorme, médecin de Louis X11T, dont on a le portrait gravé par Callot. On le confond souvent avec son père Jean De Lorme. qui fut aussi méde-

Puis viennent, versifiés à la file : Maugis, l'abbé de Saint-Ambroise, son « sincère ami » (I); Bretonvilliers; le conseiller Petau (dont la collection est aujourd'hui à la Bibliothèque impériale); Tronçon (de Saint-Sulpice) ; Montmor; Bournouville, son frère (M. de Villefrit) (de Saint-Victor); le docteur Robert; Pont-Chasteau; Porcher ; La Chambre; le baron d'Ormeille ; l'abbé La Noue; Jabac; Tevenot; Perruchot; Tortebat; Gagnères (à l'hôtel de Guise); Henri de Harlay; Goilard; Stella; Quesnel; Chauveau; Ronssellet; Robert; Lebrun; Lefèvre; Mignard; Paillet; Acard (qui légua ses trésors aux abbayes de Sainte-Geneviève, de Saint-Victor et de Saint-Germain des Prés); Conrad.

Enfin arrivent à leur tour, les pourvoyeurs de ces messieurs, c'est-à-dire les marchands d'estampes : Ciartres; Jean Le Clerc; Messager ; Jean Boisseau ; Huart; Jolain; Ragot; Montcornet; Guerineaii; Boudan; Bertrand; Vaumerle ; Langlois le fils ; De Fer, Honneruog ; Mariette; Quesnel ; Le Blond ; La Hove ; Marcoussi ; Herman; Weyen ; Valet; Boissevin; Brebiette.

— page 89, note 2.—

J e commençai à nï adonner à cette sorte de curiosité.. . — Rapprochons de ce que dit ici de lui-même l'abbé de Marolles, le portrait que La Bruyère a tracé du collectionneur d'estampes, dans son chapitre De la Mode :

« Voulez-vous, ajoute Démocède , voir mes estampes? Et bientôt il les étale « et vous les montre. Vous en rencontrez une qui n'est ni noire, ni nette, ni « dessinée, et d'ailleurs moins propre à garder dans un cabinet qu'à tapis- « ser, un jour de fête, le Petit-Pont ou la rue Neuve : il convient qu'elle est « mal gravée, plus mal dessinée; mais il assure qu'elle est d'un Italien qui « a travaillé peu, qu'elle n'a presque pas été tirée, que c'est la seule qui soit en

cin du roi, mais qui n'est pas connu comme « curieux d'estampes. » (Voir E. Meaume, Recherches sur la vie et les ouvrages de Jacques Callot. Nancy, 1853, in-8°, p. 59.)

(t) Claude Maugis, conseiller et aumônier du roi et de la reine, abbé de Saint- Ambroise. Philippe de Champaigne fit son portrait en 1G30. Il fut gravé par Lucas Vorstcrmen. On lit au-dessous deux distiques latins d'Hugo Grotius.

Son portrait est exposé à la Bibliothèque impériale, galerie des estampes, à côté de celui de l'abbé de Marolles, fait par Nanteuil en 1(357. Au-dessous se lit un distique latin de L.-H. Habert de Montmor.

Les collections de De L'Orme et de Maugis avaient passé en partie dans celles de l'abbé de Marolles.

C'est précisément le distique que Rou rapporte un peu plus loin, page 95. 11 n'était guère possible alors d'échapper à l'Epigramme ou à l'Epi taphc, pour peu que l'on fit quelque figure. On connaît ce mot de l'abbé de Laffemas à Ménage : Non inepitaphiatus abibit ! parce que ledit abbé ne laissait mourir personne tant soit peu considérable sans faire son épitaphe.

« France de ce dessin, qu'il l'a achetée très cher, et qu'il ne la changerait pas « pour tout ce qu'il y a de meilleur. J'ai, continue- t-il, une sensible afflie- « tion, et qui m'obligera à renoncer aux estampes pour le reste de mes jours : « J'ai tout Callot, hormis une seule qui n'est pas, à la vérité, de ses bons « ouvrages, au contraire, c'est un des moindres, mais qui m'achèverait « Callot. Je travaille depuis vingt ans à recouvrer cette estampe, et je désce espère enfin d'y réussir : cela est bten rude ! »

On s'est demandé lequel des grands collectionneurs de son temps La Bruyère avait eu en vue, et l'on a hésité entre Ganières, écuyer de feu la duchesse de Guise, qu'indique la clef manuscrite; et le premier président de Gaignèrcs, ou le marquis de Béninghen, premier écuyer du roi, que nomme la clef imprimée. Mais il est plus probable que le moraliste a plutôt songé à l'abbé de Marolles et à Quentin de Lorangère , qui avait formé des suites très complètes de l'œuvre de Callot. Le Catalogue de ce dernier, donné par C.-F. Gersaint, contient un article cité par Walckenaer dans son édition de La Bruyère, qui a pu fournir le dernier trait de Démoccde. 11 s'agit d'une petite Vierge gravée ires légèrement et pointillée, sans nom de Callot, que possédait M. Manette, et qui faisait envie à M. de Lorangère à tel point que M. Mariette ne put résister à ses instances redoublées, ni au prix qu'il offrit de la pièce pour la hti arracher.

— PAOE 90, LIG.XE 13. —

; Mon estampe des Suelx ùk lono... — Le piquant de cette anecdote, qui nous fait assister à une des joies Ineffables du collectionneur, et présente ainsi comme une contre-partie du désespoir de Démocède, nous avait rendu ires désireux de mettre la main sur ce rare moreeau des Scleux de long. Grj|toe à l'obligeance de MM. Aeh. DevériaetG. Duplessis, delà Bibliothèque impériale, nous en avons retrouvé non pas un seulement mais deux exemplaires, sur les deux ou trois qui ont jamais vu le jour, d'après ce que Rou Hotfs apprend, et qui proviennwcnl évidemment, l'un des deux au moins, de la collection même de l'abbé de Marolles. Nous en avons lait faire un facsimilé qui permet à tous nos lecteurs de profiter de eelte bonne aubaine. Honni soit qui mal y pense. Tant pis pour les jaloux qui aiment à accaparer les trésors et à les tenir sous le boisseau. — Notre fac-similé a été parfaitement exécuté par MM. E. Bocourt, dessinateur, et E. Sotain, graveur. La plus belle des àv\\\ épreuves (Supplément AA. I.) a élé malheureusement un peu rognée. L'autre, qui s'est trouvée dans le recueil intitulé Orfèvrerie (cotéL. e. M, in-8°, pag. 38), est moins bien venue, mais intacte* et telle qu'on la voit dans notre reproduction.

Fac-similé de l'estampe des « Scieux de long, » de Jean ïoutij ( Mémoires inédits de Jean Itou, t. Il, p. 90 et 384.)

Cette gravure fait partie de la classe des estampes qui consiste en sujets» d'orfèvrerie sur fond noir, genre dans lequel Jean Toutin a brillé au premier rang de l'école française. Le recueil qui vient d'être indiqué contient treize de ses pièces, toutes remarquables par leur originalité et la finesse exquise de leur exécution. En voici les sujets :

4° Le Sic vos non vobis de Virgile. Un bœuf, d'un dessin fort capricieux, est représenté en équilibre, les deux pieds de devant portant sur deux moutons qui paissent, et les deux pieds de derrière tenant, en l'air, celui de droite une ruche, celui de gauche une poule qui couve. Sur une banderole, attachée aux deux jarrets de derrière, on lit au milieu : Sic vos non vobis , et aux deux bouts : Si quid me— lins videris. Au-dessus de la banderole: A Chasteaudun; au-dessous : J. Toutin.

2° Les Scieux de long.

3° Une Feuille de vigne vierge, avec la date 4618.

4° Un Cœur, 4 619.

5° Un Scarabée, 1619.

6° Une Tortue, 4618 (en double).

7° Une autre illustration du Sic vos non vobis. Un bœuf présente sa tête et appuie ses deux pieds de devant sur un cartouche en forme de frise, orné de deux mascarons. Des deux côtés, deux ruches; au-dessous, des brebis paissant; au-dessus, deux palmes. Au milieu de la frise on lit : /. Toictin, à Chasteaudun, 4619. Sur une banderole placée entre les deux cornes du bœuf: 1Ç>\9.Siquid melius videris. La tout surmonté d'une autre banderole tenue par un ange, et sur laquelle on lit le Sic vos non vobis (4).

8° Un Fond déboîte ronde, 4 619.

9° Une Feuille de chêne, 1619.

10° Un Bouclier, 4619.

11° Une sorte de petite Gaîne ou Etui;, 4649.

12° Un Octogone allongé, 1619.

13° Un Coussin à glands, 1619.

Tous ces sujets principaux sont sur fond noir, à rinceaux, chicorées, etc., accompagnés et rehaussés de dessins de petits personnages accessoires dits grotesques. Tel est en réalité le rôle des deux scieux de long, eu égard au morceau d'ivoire niellé qu'ils divisent.

Dans le Catalogue d'Ornements dessinés et gravés par les maîtres des XVe, XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles, en Allemagne, en Hollande, en Italie et en France, provenant du cabinet de M. Reynard, dessinateur etgra-

(1) Jean Toutin, dont l'esprit était volontiers tourné à la plaisanterie, avait-il voulu signifier dans ce sujet deux fois traité par lui, qu'en travaillant pour les orfèvres, lui aussi payait le tribut du bœuf, de la brebis, de la poule et de l'abeille ? n 25

veur (2e partie), qui furent vendus à Paris en mai 4846, nous trouvons, page 79, n° 351, une suite de dix-neuf estampes de J. Toutin, dont le détail n'est pas donné au complet, mais où nous voyons que figurait en double la pièce décrite ci-dessus sous le n° 9. D'après le rédacteur de cet instructif catalogue, cette pièce était un frontispice.

Rien de plus charmant que ces « ingénieuses créations des vieux ornemanistes, qui seraient tout à fait oubliés si la gravure n'avait conservé quelques-uns de leurs dessins (1). » M. Yivenel, architecte et amateur distingué, a consacré des années à réunir une collection de ce genre , peutêtre unique en France. « Ces dessins sont d'une rareté excessive; car ils n'étaient pas originairement destinés aux collectionneurs : ils servaient de modèles aux ouvriers orfèvres, émailleurs, sculpteurs, ciseleurs; ils ne survivaient donc guère à l'exécution de l'œuvre. Le changement de la mode et du goût les faisait disparaître aussi vile qu'ils avaient été imaginés et adoptés. Le style renaissance succédait au style gothique, puis venaient le style rocaille, puis le style contourné , puis un mélange de tous les styles ; et toujours la féconde Allemagne marchait la première dans la voie des innovations, que la France et l'Italie s'appropriaient en les perfectionnant. » ( Préface du Catalogue Reynard, précité, publié par Y Alliance des Arts.)

... Encore que M. Ménage ait dressé comme un inventaire — On

trouve en effet toutes les pièces de ce procès littéraire dans les Mélanges de Ménage (Mescolanze d'Egidio Menagio. Paris, 1678, in-8°, et Rotterdam, 1 692, seconda edizione, corretta ed ampliata)... Ce sont des lettres italiennes de Chapelain, de Ménage, et de l'Académie de la Crusca, écrites en 1654.

(1) La Bibliothèque impériale possède bon nombre de ces charmantes pièces. Dans le même Recueil qui contient celles de Toutin, nous en voyons de Ierg Arnoldt (1586), de Petrus Nolin (s. d.), de Gorwinianus Saur (1591), de Daniel Mignot et Joannes Bobinet ^1595), de Jehan Vovert (1599-1602), de Jehan de la Quewellerie (1611), d'Et. Garteron, de Ghâtillon en Bourgogne (1615), de Mathias Beitler (1612-1616), Jacques Hurtu (1619). Ce sont toutes fantaisies drolatiques, arabesques, silhouettes, véritables ombres chinoises, y compris le classique cadran solaire, mainte fois répété. Les pièces de Mathias Beitler sont d'une grande finesse, et pleines d'esprit, de relief et de légèreté. Mais celles de Jean Toutin sont d'une touche plus large tout à la fois et plus incisive, d'un faire plus hardi et plus gaillard. Jehan Vovert inscrit partout les devises suivantes : Loue le nom de Dieu. — Tout bien vient de Dieu. — Si fortune me tourmante, Espoir en Dieu me contante. — Soli Deo honor et gloria.

... Le 173e sonnet de Pétrarque... — En voici le texte :

Rapido fiume, che d'alpestra vena Rodendo intorno; onde '1 tuo nome prendî ; Notte e di meco desioso scendi :

Ov' amor me: te sol natura mena :

Vattene innanzi : il tuo corso non frena, Ne stanchezza, ne sonno. E pria che rendi Suo dritto al mar, fiso, ù si mostri, attend i L'erba più verde, c l'aria più serena.

Ivi è quel nostro vivo e dolce Sole, Ch'adorna, e'nfiora la tua riva manca.

For se (o che spern) il mio tardor le do le.

Baciale '1 piede, o la man bclla e bianca. Dille : il baciar sie'n vece di parole : Lo spirto è pronto, ma la carne è stanca.

Voir les traductions qui en sont données ci-après, p. 270, 276 et 284.

.. Le beau poème latin du fameux M. Morus, adressé au sieur Carlo Dati... — Ce poëme se trouve clans les Mescolanze de Ménage.

... Hapelourde présentée à M. Chapelain... — On a déjà vu ce mot de hapelourde, 1. 1, pp. 170 et 326. 11 est pris ici, comme on va le voir, dans le sens de feinte, supercherie, bourde.

. . .Madrigal de M. de Raincy...— On trouve à la fin d'une élégie du vieux Maihurin Régnier, de bien autres vers inspirés par la même idée :

En lisant dans mon cœur que valent vos attraits, Le pouvoir de vos yeux, la force de vos traits... Pardonnez à mes cris de l'avoir osé dire, Ne vous offensez point de mes justes clameurs, Et si, mourant d'amour, je vous dis que je meurs.

... La préférence entre les trois pièces... — Ces trois madrigaux se trouvent dans les Mescolanze de Ménage. Ils sont suivis de cet autre :

Madrigale francese del signor Paolo Pellissone , sopra i detti madrigali.

Chers amis, c'est en vain que vous me consultez. Par ces trois madrigaux mes sens sont enchantez. De choisir le plus beau, je n'ose l'entreprendre. Paris perdit la vie, et mit sa ville en cendre, Pour avoir fait injure à de moindres beautez.

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