DU PONT-NEUF ET DE LA PLACE ROYALE
la dispute avoient chacun, quoique à différents égards, et un véritable prix et une véritable beauté, étant également d'une main de grand maître, de sorte que la recherche dune préférence de l'un à l'autre n'en étoit que plus curieuse; le cheval delà place Royale (1) est imité de celui de Marc-Aurèle, qui est une des plus fameuses antiques de Rome ; le cheval du Pont -Neuf (2) est du célèbre Rolognèse et de l'excellent sculpteur Piétro Tocca, tous deux d'une grande réputation.
Pendant que par cette longue discussion d'affaires de la peinture par rapport à l'Académie royale , je me trouve insensiblement comme repassé en France , je crois que , cette troisième partie de mon journal étant destinée non-seulement a la continuation de mon histoire, mais aussi au supplément de toutes les omissions que je puis avoir faites dans les deux parties précédentes , je crois , dis-je , qu'il ne sera pas mal à propos d'embrasser cette occasion naturelle pour reprendre plusieurs singularités assez considérables qui me sont arrivées au sujet de cette académie.
Quoique bien des gens ne me regardent que sur le pied d'homme de lettres, j'ai par plusieurs raisons, soit de naissance soit d'inclination pour toute sorte de curiosités , une teinture assez raisonnable de toutes les parties qui constituent l'excel-
(1) « Les rois dont tous les desseins et toutes les pensées ont toujours été fort vastes et extraordinaires, n'ont jamais fait ni même songé à faire un cheval d'une taille si grande et si épouvantable. Le cheval est d'une grande science, fait par Daniel Ricciarelli; la statue n'a pas tant d'approbateurs et est de Biart le fils. » (Sauvai, Histoire et antiquités de la ville de Paris.)
(2) « La ligure équestre d'Henri IV, qui fait la plus belle partie du Pont-Neuf, est venue d'Italie, et passe pour un des meilleurs ouvrages que nous voyons de Jean Boulogne. Le grand-duc Ferdinand Ier la fit jeter en bronze à Florence; mais étant demeurée imparfaite par la mort de ce grand-duc et tout ensemble par celle de ce grand sculpteur, Come II la fit achever par Pietro Iocca {sic) et présenter à la reine régente par le chevalier Pescholiih. »
« Le cheval n'est pas si estimé que la figure ; à la vérité, e est un coursier de Naples fort noble et bien conditionné, etc., etc. » (Sauvai. Histoire et antiquités de la ville de Paris. T. I, p. 236. Voir aussi la Description de la ville de Paris, par G, Brice. Tome III, p. 2'i0 et s.)