‹ Mâemoires inâedits et opuscules de Jean Rou (volume 2)Chapitre 18 sur 174 · HOU EST ADMIS AUX CONFERENCES · texte numérisé non relu

HOU EST ADMIS AUX CONFERENCES

icsicc des beaux arts. J'ai particulièrement toujours aimé le dessin et la peinture ; et dans la maison maternelle d'où je suis sorti, j'ai eu pour principaux parents des personnes qui se sont louablement distinguées à l'égard de ces deux talents (1). Je me suis donc dès mes premières années trouvé comme nourri dans le sein et entre les bras de la peinture, et ne me jouant qu'avec des crayons et des pinceaux, et lorsque je commençai à être homme fait, je m'alliai dans une famille où je ne voyois que curieux tableaux et estampes très rares, toutes choses de la principale beauté desquelles cette naturelle curiosité dont j'ai fait mention , me faisoit avidement rechercher toutes les instructions qui m'étoient nécessaires pour discourir pertinemment de la dignité de ces professions, et pénétrer dans le plus secret de leurs^ mystères; conclusion, qu'il se trouvera peu de personnes qui, jetant les yeux sur quelques ouvrages que j'ai composés en assez bon nombre sur ces matières, ne croient, en ne me connaissant pas d'ailleurs , que je suis, sinon un véritable peintre, du moins un passable nourrisson de la peinture et de tout ce qui en dépend.

Dans cette situation d'habitudes et de commerce , je me trouvai bientôt comme naturellement mêlé parmi les principaux membres de l'Académie royale, dont même les plus distingués, après M. Le Brun, étoient de mes plus intimes amis. Ces messieurs m'invitèrent tant de fois à me trouver à leurs assemblées, qu'à la fin il s'en passa fort peu des plus solennelles où je n'assistasse; et, lorsque je fus un peu générale-

(I) Mon père veut parler ici de M. Jean Toutin, son aïeul maternel, inventeur de la peinture en émail. V. le Dictionnaire de Moréri, au mot émail, et le dernier supplément au mot Toutin. V. aussi Félibien, Principes des mis. Confér. aussi les Etrennes mignonnes pour Vannée 1726, imprim. à Paris, dans le chapitre des curiosités diverses, etc. [Note du fds de l'auteur.}

Nous rappellerons ici que par son mariage avec Louise Elle-Fcrdinand, fille de Pierre Elle-Ferdinand, Jean Rou se trouvait allié à une famille de peintres distingués. Les registres de Gharenton nous ont en outre appris que le célèbre peintre Sébastien Bourdon l'avait choisi pour parrain de son fils, Pierre-Jean Bourdon, inhumé, le 6 novembre 1676, au cimetière de Saint-Père,

DE l'aCADEMIE DE PEINTURE ET DE SCULPTURE. 31

ment connu de tous, sitôt que je nie présentais dans la salle des conférences, sans affecter une trop grande approche, mais me contentant de me mêler parmi le nombre de quelques curieux, qui ordinairement se rendoient là, ou ne manquoit pas de me venir offrir un siège autour de la table, et je m'y suis trouvé plusieurs fois même en la présence de MM. Golbert et Perrault (1), qui, à la fin, furent comme accoutumés à m'y voir. Enfin, un jour que M. Le Brun, sur la conception de quelque chagrin contre le célèbre Félibien, qui s'étoit un peu trop, à son gré, impatronisé dans la compagnie à la faveur du choix que 31. Perrault avoit fait faire de sa personne, pour repasser les principales résolutions de F Académie, pour le recueil desquelles il ne trouvoit pas la plume du secrétaire assez bien taillée; sur ce chagrin, dis-je, conçu par M. Le Brun, il arriva que le secrétaire lui-même, qui étoit M. ïestelin , se trouvant pareillement intéressé là par la jalousie de sa charge, sur les fonctions de laquelle on auticipoit à vue d'ceil, il lui vint dans l'esprit de porter M. Le Brun, dont il avoit l'oreille, à me faire nommer pour secrétaire adjoint , projet qui, supposé qu'il réussît, ni M. Lebrun, ni M. Testelin n'eussent plus rien eu à appréhender de la part de Félibien, dont l'esprit entreprenant ne les accoinmodoit pas. M. Le Brun donna d'autant plus là dedans, que, depuis quelques années, j'étois assez connu et approuvé de lui, jusqu'à en être venu à faire des lettres en son nom, ou à sa recommandation, dans des occasions de la plus grande importance, comme, sans aller plus loin, deux que je vais rapporter ici en font foi, d'une manière qui ne peut être suspecte, vu le témoignage authentique qui résulte d'un billet de M. Testelin même que je rapporterai pareillement, et dont je garde l'original. Voici, en attendant, quelle fut F occasion de toutes ces trois pièces.

(1) Il doit être ici question de Charles Perrault, nommé par Coibert premier commis do la surintendance des bâtiments du roi; Golbert l'avait chargé de dresser un mémoire sur l'Académie de sculpture et de peintura

32 IL EST CHARGÉ u'ÉCRllU:

Vers l'an 1675 ou 76, les professeurs de l'Académie royale de Saint-Luc, à Borne, après avoir vu les belles estampes gravées d'après les six plus beaux tableaux de M. Lebrun, lesquels font encore aujourd'hui un des principaux ornements du cabinet du roi, et sur lesquels on a tant fait de riches tapisseries (1), firent l'honneur à l'illustre auteur de toutes ces excellentes pièces, de l'élire pour protecteur de leur compagnie, et lui écrivirent à ce sujet une très honorable lettre, que M. Lebrun, sur l'indication de M. Testelin, de qui il avait pris langue, me fit, par lui, remettre entre les mains pour en dresser la réponse (2). Je n'ai pu garder aucune copie de cette lettre de MM. de l'Académie de Saint-Luc, parce que, après m' avoir été laissée assez longtemps pour cette réponse, elle me fut redemandée aune heure qui ne souffroit pas de remise ; mais, quoiqu'il en soit, avec cette lettre originale , qui m'étoit redemandée, je livrai la réponse dont j'avois été requis ; et comme environ le même temps auquel cet honneur fut déféré à M. Le Brun, le chevalier Mal-

(1) On lit dans Florent le Comte, Cabinet des singularités, etc., 1. 1:

« Il y a cinq grands tableaux du cabinet (du roi) peints par feu M. Le Brun, savoir: la Bataille d'Arbelles gagnée par Alexandre ,1c \ Passage du Gr unique y la Défaite de Porus, le Triomphe d'Alexandre. Ces tableaux sont encore dans le vieux Louvre, avec plusieurs autres, en la garde et possession de M. Blanchard peintre et professeur de l'Académie royale.

« Le cinquième des tableaux de M. Le Brun, c'est la Famille de Darius; ce tableau fut peint à Fontainebleau en 1661, et est à Versailles dans les appartements.»

Le Comte ne parle pas du sixième tableau mentionné par Rou ; et en effet il n'existe, à notre connaissance, que cinq sujets représentant les batailles d'Alexandre et, par conséquent, que cinq gravures de Gérard Audran.

(2) (( L'Académie romaine, surnommée de Saint-Luc, ayant connaissance de L'é. tablissement de celle de France, et du mérite de ceux dont elle était composée, souhaita faire avec elle un commerce d'amitié et d'instruction pour la perfection de cet art, et, afin de l'obtenir, elle commença par l'élection de M. Le Brun, qu'elle nomma son chef ou son directeur, et par honneur prince de l'Académie ; et il est à remarquer que ce titre n'a jamais été donné qu'à ceux qui sont originaires romains. Le progrès considérable de cette union obligea le roi d'accorder, au mois de novembre 1676, des lettres de jonction de ces deux corps, dont la vérification a été faite en parlement, à la forme accoutumée. » (Cabinet des singularités d 'architecture , peinture , sculpture et gravure, par Florent Le Comte. Paris, JH99.T. III, p. 80.)

A MESSIEURS DE l' ACADEMIE DE SAINT- LUC A HOME. 33

vasia, gentilhomme romain, et de très grande réputation (1), après avoir mis au jour un excellent ouvrage concernant la vie et les éloges des plus fameux peintres d'Italie , etc., en envoya un exemplaire magnifique à l'Académie royale de Paris, accompagné principalement d'un autre pour la bibliothèque de Sa Majesté, et d'une lettre fort élégante pour la même Académie. M. Le Brun, consulté par ce corps, sur la plume à qui Ton devoit confier un remercîment de cette conséquence, et qui avoit été fort satisfait de celui que j'avois depuis peu dressé pour lui-même, me fit encore rechercher pour la composition de cette nouvelle réponse. Je l'exécutai encore, et elle fut approuvée, comme cela paraît par le billet de M. Testelin, dont j'ai parlé ci-dessus. Yoici présentement les deux premières de ces trois pièces, parce que, avant que de produire le billet de M. Testelin, qui fait la troisième, j'ai à dire deux ou trois mots sur une autre occupation à l'Académie , dont je fus encore chargé, et dont parle aussi le même billet de M. Testelin , pourquoi je le remets jusque-là.

Remercîment de M, Le Brun, fait à MM. de V Académie royale de Saint-Luc, à Rome, sur V élection par eux faite de sa personne à la dignité de prolecteur.

« Messieurs,

« Je me trouvois si élevé par l'honneur que vous m'aviez « déjà fait, et dont je vous avois aussi témoigné ma recon- « naissance, que je ne pensois pas que la gloire qui m'en étoit « revenue pût être augmentée. Cependant, Messieurs, je vois « que vos faveurs ont plus d'une sorte de grandeur, et que « leur prix consiste également en étendue et en nombre ; je « dirai même que, comme les derniers bienfaits sont d'ordi- « naire le couronnement de ceux qui les ont précédés, je suis

(1) Voyez une notice sur Malvasia, dans ld Biographie universelle. n 3

3fc LETTRE DE TESTELIN

« d'autant plus redevable aux vôtres, que toute grande qu'étoit « la première grâce, elle semble, à cette heure, n'avoir été que « le degré et comme la préparation de la seconde. Je ne touche « point en cela aux éloges dont l'obligeante lettre de M. votre « secrétaire est remplie. Je sais bien que, d'un côté, c'est Thon- « nêteté qui les lui dicte, et que, de l'autre, ils me sont plutôt « une leçon de ce que je dois m' efforcer d'être, qu'un témoi- « gnage de ce que je suis. C'est aussi là, Messieurs, le principal « usage que j'en veux faire, bien loin d'en abuser à aucune «i présomption, c'est-à-dire qu'en conservant un ressentiment « éternel de tant de biens, je songerai principalement aussi à « remplir tous les devoirs à quoi ils m'obligent; je tâcherai « de répondre par mes soins à l'éclat du rang auquel votre « illustre et célèbre Compagnie m'appelle, j'aurai une estime « particulière pour toutes les personnes qui la composent, et « d'une bonne partie desquelles je connais déjà le mérite sin- « gulier, ce qui m'est un préjugé très avantageux pour tous les « autres ; et enfin, je serai généralement de tous, « Messieurs, etc. « A Paris, le... décembre 1676. »

Lettre du secrétaire de V Académie royale de la peinture et de la sculpture à Paris, cm chevalier Malvasia, gentilhomme romain , pour le remercier et de V exemplaire de sa Vie des Peintres, et de l'obligeante lettre dont il éloit accompagné.

« Monsieur,

« Je suis chargé par Messieurs de l'Académie royale de vous « remercier du magnifique présent que vous leur avez fait, et « de l'obligeante lettre que vous leur avez écrite. Toute la « Compagnie a témoigné être très sensible à cet honneur ; « mais elle tient qu'il n'y en a guère moins pour vous même, « Monsieur, dans la grande réputation qui ne vous peut man- « quer après un si bel ouvrage, et l'ingénieuse devise qu

AU CHEVALIER MALVASU. 35

« l'orne ne se sauroit mieux appliquer qu'à celui qui Ta imagin née avec tant de délicatesse. Tous ont dit unanimement sur ce « sujet que, pendant que vous exposiez à la lumière la gloire « de tant de grands hommes, en travaillant vous-même à la « vôtre, vous faisiez ombre à celle des Vazari, des Kidolfi, et gé- « néralement de tous les autres écrivains qui vous ont précédé « sur cette matière. L'Académie, Monsieur, vous a aussi une « extrême obligation d'avoir bien voulu enrichir sa biblio- « thèque du même trésor qui fait aujourd'hui un des orne- « ments de celle du Louvre, et elle ne manquera pas de le « placer au rang de tout ce qu'elle a de plus précieux, faisant «< en cela pour sa propre gloire ce que votre honnêteté lui a fait « demander comme une grâce; mais ce ne sera, Monsieur, « qu'après qu'elle aura tout lu votre excellent livre, comme « elle a déjà commencé de le faire. Ce sont là, Monsieur, les « sentiments d'une Compagnie qui a pour vous une très sin- « cère reconnaissance et qui saura toujours rendre également « justice à votre savoir et à votre mérite, comme elle vous en « donne ici des marques par la plume de celui qui est en par- « ticulier, Monsieur, votre, etc.

« Testelin, Secrétaire de la Compagnie. »

Pour bien entendre l'endroit de cette lettre qui roule sur cette devise si exaltée , il faut savoir comment elle étoit exprimée. Le corps étoit un soleil dans un cartouche de palmes et de lauriers, d'où pendoit une palette de couleurs , entrepassée de pinceaux, avec ce mot pour âme :

Hinc Lumen et Umbra.

ce qui convenoit admirablement à tout le corps de la devise, soit qu'on le regarde en général, soit qu'on en applique les parties aux sujets dont elles sont symboles, c'est-à-dire au roi, qui est représenté par le soleil, et à la peinture qui est désignée par la palette.

En effet, comme à un égard c'est du soleil que viennent la

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