‹ Mâemoires inâedits et opuscules de Jean Rou (volume 2)Chapitre 23 sur 174 · SON ÉLOGE · texte numérisé non relu

SON ÉLOGE

comprendre, comment d'un côté les étrangers pouvoient être si particulièrement instruits de tant de singularités de cette nature, et de l'autre, se faisoient une si grande affaire de les étaler avec tant d'affection, et même d'affectation ; le dernier même de ces deux égards portoit l'embarras dont je parle, jusqu'à une espèce de chagrin ; car les plus graves d'entre ces messieurs appréhendoient qu'on n'accusât la famille de s'être fort remuée de son chef pour s'attirer elle-même tant d'encens. On cherchoit donc de tous côtés quelques éclaircissements dans cette sorte de ténèbres. Est-ce vous ? se disoit-on, Ne seroit-cc point un tel? et ainsi du reste. Comme on étoit dans cette peine, on en fut enfin tiré par M. Tessereau. Il étoit entré dans mon cabinet justement lorsque après avoir mis au net les brouillons de tout ce que dessus, j'ailois cacheter mon paquet pour prier M. Rumpf de l'enfermer dans le sien ; je suspendis mon cachet, et développant mes papiers je lui témoignai être bien aise puisqu'il se rencontroit là si à propos, de le rendre juge d'une pensée qui m' étoit venue, afin que, soit qu'il la condamnât en général, soit qu'il y trouvât du moins quelque changement à faire, je me réglasse sur ce qui lui paraîtroit de meilleur à suivre. Il approuva entièrement mon dessein, et même m'y confirma par quantité de louanges, et dès le soir, étant à la veillée chez M. Claude, il lui en fit confidence, et le trouva dans les mêmes sentiments d'approbation qu'il avoit déjà conçus.

Ces deux messieurs se contentèrent pour lors de garder entre eux ce qu'ils savoient de cette affaire; mais quand l'éclat arriva au bout de quinze jours, M. Claude s' étant rencontré dans une compagnie où des plus intéressés de la famille Conrart se trouvoient mêlés, et où l'on raisonnoit sur l'embarras que je viens de dire, il tira tout le monde de cette peine en nommant le véritable auteur, et disant comment la chose s'étoit passée. Ce qui résulta de là fut qu'au bout de deux jours, toute la maison du défunt vint chez moi, comme en robe

Page 1