‹ Mâemoires inâedits et opuscules de Jean Rou (volume 2)Chapitre 26 sur 174 · DE L'HISTOIRE D'ESPAGNE DE MARIANA · texte numérisé non relu

DE L'HISTOIRE D'ESPAGNE DE MARIANA

lion de cette entreprise d'aussi grandes difficultés que celles qui se sont trouvées sous mes pas, à mesure que j'avançois dans la carrière. Je ferai assez connaître toutes ces difficultés dans la suite de cette dissertation, pour n'en pas faire présentement un plus long article. Chacun sait quel est l'éloge dont je viens de parler, et qui est d'autant plus considérable qu'il vient d'une personne qui est elle-même au-dessus de tout éloge, je veux dire celui de M. le chevalier Temple, dans la préface de sa belle Introduction à l'Histoire d'Angleterre.

Mais si, laissant là le témoignage de ce grand homme , vous entendez parler les Espagnols eux-mêmes, ce sera encore bien autre chose. Le moins qu'ils vous diront, c'est que pour l'histoire d'Espagne il n'y a non plus de salut hors de celle de leur Mariana, que le célèbre M. de Vaugelas n'en trouvoit hors de celle de Coëffeteau pour la romaine, et tout cela, comme on voit, n'est pas un médiocre panégyrique. Cependant que dira-ton lorsque j'avancerai, pour l'aplanissement des difficultés dont je parle, que j'ai trouvé dans l'auteur dont je donne aujourd'hui une nouvelle traduction, un aussi grand nombre d'achoppements que ceux d'une petite partie desquels je ferai bientôt la liste, et dont quantité de gens très habiles, mais qui n'étoient pas obligés d'y regarder de si près, ne se sont pas aperçus ; en sorte que, si ce que je suppose se trouve appuyé sur de bons fondements, ce ne sera plus un trait d'histoire aussi singulier qu'il l'est jusqu'à cette heure, que la remarque célèbre de M. de Méziriac sur le Plutarque d'Amiot, savoir qu'il s'y pouvoit compter plus de deux mille fautes, puisque à proportion de la taille de ces deux auteurs, peu s'en faut que je ne dise que je pourrois bien ici me rendre délateur d'autant de chefs d'accusation contre les originaux de Mariana, que M. de Méziriac faisoit contre la traduction d'Amiot. Au reste, je ne prétends

avec des notes et des cartes, par le père Joseph-Nicolas Charenton, de la même compagnie. (Paris, chez Le Mercier et autres, 1725, 5 vol. in-4°. )

Suivant Prosper Marchand, « la méthode de cette traduction, le caractère des notes qui l'accompagnent et le dessein de la préface qui la précède, ressemblent si fort à la méthode, au caractère et au dessein de la traduction, des notes et de la préface de M. Rou, qu'on serait tenté de croire qu'un des auteurs aurait eu quelque communication du travail de l'autre, ce qu'il serait d'autant plus aisé de se persuader que le manuscrit de M. Rou a été assez longtemps entre les mains d'un des plus zélés faciendaires des jésuites en ces provinces.» (Dictionnaire historique de Prosper Marchand, article Peregrinus, notes sur Mariana.)

Nous devons cependant dire qu'en comparant les extraits que Rou nous a donnés plus loin de sa traduction de Mariana, avec les passages correspondants de la traduction faite par le père Charenton, nous n'avons vu rien qui justifie à nos yeux l'opinion émise par Prosper Marchand.

On lit dans le Journal des savants (juin et novembre 1725) que la traduction du père Gharenton eut tant de succès qu'elle empêcha la publication de deux autres versions françaises, l'une de Leroux, que Gosse allait imprimer à la Haye, et l'autre de l'abbé de Vairâc,dont le prospectus était répandu depuis deux ans.

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