‹ Mâemoires inâedits et opuscules de Jean Rou (volume 2)Chapitre 27 sur 174 · DISSERTATION CRITIQUE · texte numérisé non relu

DISSERTATION CRITIQUE

pas, par tout ce que je viens de dire, rien diminuer de la gloire et de l'estime que Mariana s'est si pleinement acquise auprès de tous les savants ; cette gloire est juste, et si j'étois en état d'y contribuer moi-même encore quelque chose, je me ferois un honneur et un plaisir de mêler ma voix au concert de ses louanges et d'ajouter de nouveaux fleurons à sa couronne. Si j'ai remarqué quelques faibles dans Mariana, et si même ces faibles paraissent en assez grand nombre , pour un défaut il a mille beautés et une infinité d'endroits éclatants. J'ai cent fois admiré sa grande et curieuse littérature, sa pénétration, son bon sens, sa fécondité, son esprit, l'abondance de ses riches matériaux et le judicieux choix qu'il en a fait pour la construction d'un si grand édifice ; mais enfin, si tout ce que je viens de dire est bien fondé, comme je le prétends, ce que j'ai avancé en premier lieu n'est pas moins incontestable. Tout ce qu'on sauroit inférer de l'un et de l'autre, c'est que la perfection ne se trouve point dans tout ce qui se passe sous le soleil ; le soleil lui-même n'est pas sans défaut, et si l'on en croit quelques nouveaux philosophes, il a ses vides et ses taches. Tous ceux qui sans trop outrer la critique liront avec une sérieuse application les plus célèbres ouvrages dont on ait jamais eu connaissance , avoueront à la confusion de l'orgueil humain, que rien n'est plus capable d'établir avec solidité le pyrrhonisme historique, et prouver en même temps l'insuffisance des plus laborieuses veilles, que les bévues fréquentes et même quelquefois grossières qui se découvrent dans les ouvrages des auteurs de la plus grande réputation. Tout ce que je prétends donc ici, c'est de faire sentir l'espèce de nécessité qu'il y avoit de voir une histoire d'un si grand prix revêtue des faibles lumières que j'ai taché d'y répandre, persuadé qu'il y aura peu de personnes qui, après avoir jeté les yeux sur les remarques dont je vais mettre ici la liste, ne préjugent quelque chose de favorable pour mon travail, et ne se promettent quelque utilité et quelque plaisir de cette traduction. Voici, pour me borner au plan le plus succinct qu'il m'est possible, huit ou neuf classes de difficultés que j'ai découvertes dans ce fameux auteur, et desquelles je ferai autant d'articles.

1. — Mariana est quelquefois si concis qu'il en est obscur, en sorte qu'il faudroit presque courir au devin pour attraper sa pensée, et quelquefois si prolixe, et son style si embarrassé de parenthèses et même de parenthèses enclavées l'une dans l'autre, à peu près comme ces boîtes de Dieppe dont MM. de Lisieux et Costar ont fait une comparaison des plus naïves, que le poumon manque avant qu'on soit au bout de ces sortes de périodes.

2. — Mariana est rempli d'expressions douteuses et qui font un sens louche, ce qui vient du fréquent usage de plusieurs termes équivoques qui lui sont fort familiers. Voici ce que j'ai à dire sur ce défaut. Il consiste ou dans les termes ou dans les phrases. Les termes, comme vérano, par exemple, qui veut dire, selon notre auteur même, tantôt printemps et tantôt été-, San Francisco, qui veut dire ou les Cordeliers, ou l'église de Saint- François; Santa-Maria, qui signifie ou Notre-Dame , ou l 'église de

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