‹ Mâemoires inâedits et opuscules de Jean Rou (volume 2)Chapitre 3 sur 174 · ROI DE PORTUGAL · texte numérisé non relu

ROI DE PORTUGAL

que en même temps de la répugnance pour cette manière de s'entretenir avec Dieu à la façon des hommes, laquelle est si affectée par messieurs de l'Eglise romaine, et elles ont désiré qu'en rejetant les Vous et Vôtre de cette communion, on revînt à nos Ton et Tu. On leur a représenté que cet enfant étant une espèce d'incirconcis dans le pays de Canaan, nous n'étions engagés ni n'avions droit de procéder à son égard à aucunes lettres de naturalité, et que ceux chez qui il avoit pris naissance le revendiqueroient en vertu de leur préjugés. Cela n'a point satisfait ces personnes, et nous avons pris le parti, en leur accordant cette complaisance, de marquer seulement aux autres que nous n'avions pas dissimulé ce qu'il y a de plus spécieux dans cette objection. Nous voulons bien même, puisque nous sommes sur la matière, qui toute commune et même triviale qu'elle pourra paraître, a pourtant cela de singulier qu'elle n'a jamais été traitée dans les formes, dire ici deux mots des pensées qui sont venues à quelqu'un sur ce sujet.

Messieurs de Rome croient dire quelque chose de bien fort, quand ils insistent sur le respect du Vous, par opposition à la prétendue irrévérence du Tu. Où est, disent-ils, non pas le roi ni le prince, mais la moindre personne qui se croie quelque chose d'un peu plus qu'une autre, qui ne se choque pas d'un tutoiement? Cela a de l'apparence; mais, dans le fond, c'est ne rien dire du tout, et nous détruisons tout cela en distinguant.

Il y a dans la plupart des langues deux sortes de 7^ et de Toi : l'un de familiarité et sans façon; l'autre grave et plein de grandeur et de majesté; le premier, comme bas et simple, est rende Philippe II, roi d'Espagne, conduite par le duc d'Albe, et qui revendiquait le royaume de Portugal au droit de l'infante donna Isabelle, sa mère. Dom Antoine s'enfuit en France et y mourut en 1G95, à l'âge de eoixante-quatre ans.

« Sa piété et sa vérité, écrit son biographe, se montrent clairement par les psaumes confessionnaux qu'il a laissés après sa mort. » [Briefve et sommaire description de la vie et mort de dom Antoine, premier du nom et dix-huitième roy de Portugal. — Avec plusieurs lettres servantes à. l'histoire du temps. Paris, 1G29.)

h DISSERTATION SUR LE VOUS ET LE Tu

fermé dans le domestique, et il emporte même bien souvent du mépris ; le second a toujours été en usage auprès des grands, et c'est le sentiment du célèbre Yaugelas, que le singulier est plus majestueux et a plus de dignité que le pluriel (Préface de Quinte- Curce). Jusqu'à ces derniers temps, il n'étoit résulté aucune équivoque de ce mélange, et le Tu, pour être également partagé entre grands et petits chez toutes les nations, n'avoit donné aucun lieu de crainte à ceux-là de se trouver en trop grand compromis avec ceux-ci.

Cette dignité et cette grandeur du Tu s'est particulièrement observée dans les choses de religion, et il est si vrai qu'il y a parmi les peuples un Tu de dévotion et de piété, que la poésie, qui chez les païens étoit le langage des dieux, conserve encore aujourd'hui ce Tu de gravité et de majesté en parlant à Dieu :

0 sagesse éternelle, à qui cet univers Doit le nombre infini des miracles divers Qu'on voit également sur la terre et sur l'onde,

Mon Dieu, mon Créateur, Que ta magnificence étonne tout le monde, Et que le ciel est bas au prix de ta hauteur !

dit Malherbe en sa paraphrase du psaume VIII. Et sans aller si loin, tous les psaumes de Godeau se chantent sur ce ton-là :

Mais quel esprit peut concevoir

Les merveilles de ta nature ?

Quelles couleurs ont le pouvoir

D'en faire la vive peinture?

Tu trouves tous tes biens en toi,

Ton être ne craint point la loi

D'une corruptible matière;

Ta beauté ne vieillit jamais ; Ton trône est le soleil, ton habit la lumière, Ton marchepied la terre, et le ciel ton palais. (Ps. CM, 2.)

Les grands eux-mêmes, qu'en prose l'on ne traite plus que par Vous, sont, comme par excellence, généralement tutoyés en poésie ; il ne faut que \oir toutes les épîtres de Despréaux au

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