‹ Mâemoires inâedits et opuscules de Jean Rou (volume 2)Chapitre 39 sur 174 · LA TRADUCTION DE HOU · texte numérisé non relu

LA TRADUCTION DE HOU

« Le troisième des exemples d'équivoques dont vous accusez 3Iariana ne me semble pas bon; car comme les moines n'élisent jamais leurs prélats, mais seulement leurs abbés, un lecteur intelligent ne peut point hésiter sur le sens de Mariana , et remarquez bien qu'il écrivoit dans une langue qui a le privilège de la latine, et qui n'est point assujettie aux règles sévères de nos grammairiens français. Toutes les langues mortes, et les vivantes aussi, à la réserve de la nôtre, parlent selon les scrupules du P. Bouhours, souffrent qu'on sous-entende dans une même période, tantôt l'un des antécédents, tantôt l'autre ; il faut que la suite du discours et la nature des choses nous déterminent ; si on critiquoit Cicéron selon les règles du P. Bouhours, il n'auroit point de période qui pût passer à la montre.

« Je vous avertis que ce n'est point M. de Thou qui a fait le Dictionnaire des noms propres qu'il a latinisés. Voyez YAnti- Baillet, tome I, page 108.

« Ce que je viens de dire de notre langue me fait déplorer la dure loi sous laquelle nous vivons nous autres, qui écrivons en français; mille tortures d'esprit nous sont préparées quand nous voulons éviter les équivoques, et ranger nos mots de telle sorte que le relatif soit toujours lié avec son antécédent plus prochain. Selon cette règle, mon cher Monsieur, il vous faudra retoucher le commencement de votre dissertation. Cela me paraît d'autant plus nécessaire, qu'on juge du style d'un auteur par les premières périodes qu'on en lit à la préface. Ce sont donc les endroits qu'il faut le plus travailler afin de préoccuper le lecteur. Je m'en vais vous marquer mon doute. Yous dites que vous comptez pour rien deux « versions, et vous en donnez pour raison 1° le jugement d'un bon maître; 2° les défauts que vous-même y avez trouvés; ces deux raisons sont très bonnes, mais elles sont enfermées dans un puisque et dans un parce que qui n'ont pas pour leur prochain antécédent le je compte pour rien; car entre je compte

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