‹ Mâemoires inâedits et opuscules de Jean Rou (volume 2)Chapitre 41 sur 174 · LA TRADUCTION DE ROU · texte numérisé non relu

LA TRADUCTION DE ROU

« de ce bel ouvrage; j'avois ignoré jusqu'ici qu'il y en eût eu « une version, et je serois bien aise de savoir le nom de ce tra- « ducteur, et de celui dont l'ouvrage n'a pas été imprimé.

« Je vous écris ceci fort à la hâte, et je vous renvoie inces- « samment votre dissertation sans attendre une commodité « d'ami que je ne trouverois peut-être d'assez longtemps, et je « songe que peut-être il vous importe d'avoir au plus tôt cet « écrit pour le donner à lire à d'autres amis; je le reçus hier à « midi, et je le ferai porter demain au Marschut (de Mark- « schuit), si M. Leers n'envoie rien à la Haye. Je suis avec « toute sorte d'estime et d'attachement, Monsieur, votre très « humble et très obéissant serviteur,

« Bayle.

« A Rotterdam, le lundi 13 de février 1090. »

La déférence que je rendis aux obligeantes et judicieuses remarques de M. Bayle, empêchera sans doute le lecteur de bien reconnaître leur place dans l'état où ma dissertation se trouve aujourd'hui, et qui est celui-là môme où on la vient de voir. Mais outre ce que je dis ici en général sur ce sujet, on va voir tout le reste de cette petite obscurité absolument écarté par les particularités d'éclaircissement que je vais répandre sur chacun des cinq articles à l'égard desquels M. Bayle jugea à propos de me donner des avertissements.

Le premier regarde la grande bride qu'il se faut donner en matière de censures géographiques, où l'on pourroit, comme dit M. Bayle, s'échauder. J'y satisfis dès lors entièrement, en protestant en général et une bonne fois pour toutes, que je ne donnois point mes remarques sur cette matière comme des décisions, mais comme de simples doutes que je proposois; car cela ainsi posé et si formellement déclaré, je n'ai plus aucun échaudement à craindre.

Le deuxième, qui regarde les équivoques, et cela au sujet de l'élection des abbés par les moines, a été absolument écarté

par le retranchement entier que j'ai fait de tout cet article, dont on ne voit plus un seul mot dans ma dissertation, quoique j'eusse une très bonne raison pour soutenir ma thèse en cet endroit contre la trop positive assertion de M. Bayle, si je n'eusse mieux aimé garder le silence dont je parle, que de faire, comme on dit, le coup de poing avec mon ami, à qui je me contentai de faire, au bout de quelques jours qu'il se trouva ici, ma réplique dans le tête-à-tête, sur laquelle aussi il ne fit point difficulté de se rendre, me remerciant même des particularités que je lui apprenois sur cette matière, et voici ce que c'étoit.

Je ne disputois pas à M. Bayle l'allégation qu'il me faisoit que les moines n'élisant pas d'ordinaire (1) leurs prélats, mais seulement leurs abbés, il s'agissoit, dans l'endroit de Mariana, de l'élection d'un abbé, et non pas de celle d'un évêque; je ne disputais, dis-je, pas cela à M. Bayle, puisque bien loin de cela, je l'avois décidé de la sorte dans ma traduction ; mais je lui représentais que j'avois toujours raison de dire que Mariana s'était mal exprimé dans cet endroit, et qu'il n'avoit pas tenu à lui qu'un lecteur, quelque intelligent qu'il fût, ne s'y trouvât embarrassé ; car disois-je à M. Bayle, s' agissant d'un privilège accordé aux moines de cette abbaye, qui empêchera que je ne me fasse un doute, si ce privilège ne va point à la levée de l'exclusion des moines dans l'élection de leurs prélats, puisque pour celle de leurs abbés en particulier, ils n'en ont pas besoin, ce droit leur étant tout acquis et d'un usage ordinaire et naturel? Dira-ton qu'on ne leur donne pas le privilège d'élire un abbé en général, mais d'élire pour abbé un tel évêque en particulier? En ce cas-là, ce n'est pas leur donner une permission, c'est peut-être leur prescrire un ordre ; au moins le puis-je entendre ainsi à la faveur de l'expression équivoque

(1) N. B. que je me renferme à dire d'ordinaire, au lieu que sa critique tranche le mot de jamais, qui est ce que j'ai dit ci-dessus être une assertion trop positive, et où je prétends qu'il s'étoit lui-même trop échaudd. [Note de t'oirfpur.

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