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dont l'auteur s'est servi. Remarquez aussi, disois-je encore à M. Bayle qu'y ayant un exemple de droit de mitre, donné par le pape aux abbés de Cluny dans le concile de Plaisance de Tan 1095 (1), par quelle raison ce privilège qui a bien pu échoir à des abbés, ne pourroit-il pas échoir aussi à des moines qui, sede vacante, les représentent? Mais sans tout cela, le seul privilège du pape Etienne III aux religieux de F abbaye de Saint- Denis, près Paris, est ici décisif, puisque ce pape leur donne là un droit particulier d'élire quelqu'un d'entre eux pour être sacré évêque, et exercer dans cette abbaye les fonctions épiscopales, avec pouvoir de leur administrer les ordres. J'ai donc raison encore une fois de prétendre qu'il y a ici une grande matière d'embarras, et particulièrement mon instance auprès de M. Bayle sur le trop grand positif de son assertion étoit bien fondée.
A l'égard du troisième et du quatrième article, je n'ai rien à en dire ici, puisqu'il est visible par l'état où l'on a vu qu'est présentement ma dissertation, que j'ai également profité, et des avertissements et des corrections de M. Bayle.
Et pour ce qui est du cinquième, quoique sur la remarque de M. Bayle, je l'ai tourné beaucoup plus clairement que je n'avois fait d'abord, il est toujours constant que dans mon premier tour, je n'avois donné aucune idée de négation que la qualité de dauphin fût absorbée par celle de roi ; mais je blâmois seulement Mariana , et cela avec raison, d'avoir donné à François Ier ce titre de dauphin dès avant qu'il fût roi. Je viens aux deux autres lettres de M. Bayle ; la première n'est postérieure que de huit jours à la précédente, mais il n'eut occasion de m' écrire l'autre qu'au bout de six mois.
A Monsieur Rou, etc.
« Vous faites trop d'honneur à ma lettre, mon cher Mon-
(1) Des Maizeaux a inséré cette réplique de Rou, en forme de note, dans son édition des Lettres choisies de Bavle. Rotterdam, 1714,
« sieur, et vous faites en même temps trop peu à votre grand « discernement. Je vous écrivis il y a huit jours fort à la hâte, « et sans croire qu'autre que vous me dût voir ainsi en désha- « bille. Je n'ai point en vue aucun endroit particulier de votre « excellente dissertation, quand j'ai dit qu'un bon entendeur « comme vous, juge ex un'gue leoncm;]'<i\ seulement voulu dire, « qu'en voyant ce que je trou vois à redire à la distance trop « grande que vous aviez laissée entre les particules causales, « ainsi que les appellent les grammairiens, puisque, parce que, « et la proposition à laquelle elles servent de preuve, vous con- « naîtriez ce qu'il faudroit éviter, soit dans tous les lieux de la « traduction où une semblable distance se trouveroit entre le « relatif et l'antécédent, soit dans toutes les périodes où d'au- « très relatifs pourroient être rapportés à divers antécédents. » Vous savez mieux que moi que le caractère de notre langue, « et ce qui la distingue de toutes les autres, est une manière « nette , coulante et débarrassée de ranger les mots , qui fait « qu'un lecteur ne balance point ta quoi il doit rapporter les « particules qui, le, il , sont, que, etc. Bans les autres langues, « on se détermine par la nature des sujets; dans la nôtre, on « épargne au lecteur cette recherche; la seule situation des « mots, où l'on évite deux antécédents susceptibles de la « relation , fait juger de la pensée. Ceux qui se servent du « style coupé ont moins de peine à ôter les équivoques; ils « recommencent une période presque à chaque ligne ; c'est « prendre le parti le plus facile; un paresseux s'accommode « fort de cela. Vous et moi, Monsieur, qui nous sommes ac- « coutumes au style lié, et qui enfermons le plus de pen- « sées que nous pouvons dans une période, nous sommes « en effet plus courts que ceux qui se servent du style coupé, « et néanmoins les mauvais juges s'imaginent que nous em- « ployons plus de paroles. Ils ne savent pas qu'il n'y a guère « d'écrivains dont le verbiage soit plus grand que celui de Sé- < nèquc. Cîcéron mettroit dans une période de six lignes, ce
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« que Sénèque dit dans six périodes qui tiennent huit ou neuf « lignes. Mais, quoi qu'il en soit, nous avons ce désavantage, « nous autres sectateurs du style lié, que nous avons mille « peines à ôter les équivoques. Soyez sûr que je n'ai eu en vue « aucun endroit particulier de la dissertation, ni par consé- « quent celui qui concerne l' éloge donné à Mariana par « M. Temple.
« La manière dont vous avez retouché l'endroit que je « vous avois marqué, ôte tout le fondement de mes objections; « je vous renvoie la feuille.
« Vous avez raison de trouver étrange que je n'aie pas été « content de l'explication que vous donniez vous-même tout « aussitôt à cette expression : François Ier n'a été dauphin, etc.; « mais je ne suis pas fâché de vous avoir proposé ce doute, « puisque cela vous a fait changer quelque chose. Voyez, je « vous prie, si vous ne pourriez pas retenir votre premier terme « de dauphin, en vous servant, non pas de Vindicatif: N'a été « dauphin , qui a toujours l'air d'une affirmation, mais du mode « que les grammairiens nomment optatif ou subjonctif; par « exemple : François Ier n'auroit pu être dauphin que par son « avènement, etc., mais on n'appelle pas cela être dauphin.
« Je vous remercie très humblement de ce que vous m'ap- « prenez des deux versions de Mariana. Je tâcherai de savoir « des circonstances de la version imprimée ; et je crois que vos « lecteurs ne seroient pas fâchés que vous leur apprissiez qui « et quand a publié cet ouvrage. Vous savez que dans les pré- « faces, les traducteurs et les commentateurs font volontiers « l'histoire du livre, de ses éditions, versions, critiques, etc. « Vous ne savez pas peut-être qu'un certain Petrus Ma.niuanus < publia l'an 1611, en espagnol, un recueil des fautes de Ma- « riana. Elles concernent, presque toutes, ce qu'il a dit sur « l'ancienne histoire; il y en a une entre autres sur ce qu'il a « dit de la patrie du poëte Prudence. Ce critique a étalé une « grande montre d'érudition. Un ami de Mariana, nommé
« Tamayo, répondit à ce critique. J'ai lu autrefois le premier de « ces deux ouvrages, mais jamais je n'ai pu trouver le second. « Je suis, mon cher Monsieur, tout à vous et votre très humble « et très obéissant serviteur.
« Bavle.
«Le 21 février 1696. »
Je n'ai que deux mots à dire sur cette seconde des trois lettres de M. Bayle. Elle justifie entre autres, comme on voit, ce que j'ai avancé ci-dessus de l'espèce de malentendu que ce savant avouoit y avoir eu entre nous sur l'article de François Ier en qualité de dauphin. M. Bayle m'avoit assurément pris un peu trop au pied de la lettre; mais d'un autre côté il me donna lieu par son aheurtement de m' expliquer avec plus de précision.
Pour ce qui regarde le Petrus Mantumus, de qui il croyoit me donner la connaissance, j'avois depuis longtemps parmi mes livres, non-seulement l'ouvrage de cet auteur, mais aussi celui de son antagoniste Tamayo, que M. Bayle n'avoit jamais pu déterrer; mais je n'ai jamais voulu entrer dans les démêlés de ces deux champions, parce que cela m'auroit mené trop loin, et j'ai mieux aimé que mes critiques, quelles qu'elles pussent être, parussent, (comme aussi c'est la vérité) ne venir que de moi, afin, au moins, d'éviter l'accusation de porter ma faucille dans le champ d' autrui. Je viens à la troisième lettre de M. Bayle, qui étoit du 25 août 1696, et conçue en ces termes (1) :
« Il y a quelques jours, mon cher Monsieur, que M. Leers « de la Haye, me remit un manuscrit contenant ce que vous « m'aviez déjà fait la grâce de me communiquer de votre « excellent ouvrage, et outre cela, la version du premier des « trente livres de Mariana. Quelque occupé que je sois, je n'ai
(t) Lettre 433e de la collection de ses Lettres choisies.