‹ Mâemoires inâedits et opuscules de Jean Rou (volume 2)Chapitre 45 sur 174 · GRANDE SÉCHERESSE EN ESPAGNE · texte numérisé non relu

GRANDE SÉCHERESSE EN ESPAGNE

l'exemple de l'Afrique et de la Lybie, où la force du soleil ayant absorbé toute l'humeur de la terre, le moindre tourbillon de vent fait soulever de continuelles montagnes de poussière. Voilà ce que disent ceux dont nous venons de parler; mais pour nous, nous ne croyons pas qu'une tradition qui a toujours été si bien reçue, et le consentement universel de toutes nos histoires, soient des choses à rejeter légèrement; tout ce qu'il y a à faire pour excuser les anciens, c'est de croire que la renommée déclare seulement les choses en gros, sans tenir compte ni de leurs raisons ni de leur ordre; qu'elle confond même les personnes, les temps et les lieux, et attribue à l'un ce qui est arrivé à l'autre, en un mot amplifie les choses et les fait plus grandes qu'elles ne sont en effet, à peu près comme les rivières qui croissent toujours plus elles s'éloignent de leur source, et qui changeant en toutes leurs parties ne retiennent que leur premier nom, car c'est le propre non-seulement de la distance des temps, mais aussi de celle des lieux, d'altérer la mémoire de toutes choses. Ainsi je crois, au sujet de cette grande sécheresse, que premièrement elle ne fut ni si forte ni si longue qu'on, dit; en second lieu, que de temps en temps la terre fut empêchée de se réduire en poudre par de petites pluies, et que les rivières ne tarirent pas entièrement, mais qu'aussi tout cela ne donnoit pas assez d'humeur à la lerre pour lui permettre de faire germer ses fruits, et refermer ces grandes crevasses que la première sécheresse avoit ouvertes. Enfin on peut croire que la même chose, qui étoit déjà arrivée en d'autres pays, du temps où l'on suppose que vivoit Phaélon, c'est-à-dire cet embrasement de la terre à cause des ardeurs du soleil, qui a donné lieu à la fable, ce même inconvénient, dis-je, étoit arrivé en Espagne, dont le climat y est naturellement assez sujet.

Comme cotte troisième partie de mes Mémoires, outre la continuation des journaux précédents, est destinée à deux autres sortes d'articles, savoir aux suppléments de tout ce que je puis avoir oublié, et à la mention de quelques opuscules que, sans l'occasion de ces mêmes Mémoires, je ne me serois jamais avisé de recueillir, je juge à propos (avant que de porter plus loin la continuation journaliste dont je viens de parler, et dont la poursuite se trouvera suffisamment enclavée dans la déduction des deux autres chefs ) de commencer dès ici le chapitre général de tous ces suppléments promis ; après quoi je passerai à un second qui renfermera de la même manière le total des opuscules dont j'ai aussi fait mention, et c'est ce qui fera la clôture entière de ces présents Mémoires;

SUPPLÉMENTS

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