SENTIMENTS RELIGIEUX
lesquels continuant une conversation sur laquelle ils étoient quand y entrai, ne me causèrent pas un petit étonnement de la liberté qu'ils se donnoient à fronder de tout leur cœur contre les superstitions romaines. Ils ne disoient rien qui ne fût tout à fait de mes sentiments; mais j'étois huguenot, et je ne les regardois que comme papistes. M. de Marolles qui nie connaissant h fonds ne me caclioit rien de ses sentiments, appréhenda du moins, par rapport à ces messieurs, lesquels n' étoient pas obligés d'avoir en moi la même confiance dont il m'honoroit, qu'ils ne trouvassent mauvais qu'il les laissât plus longtemps s'épanouir le cœur sur leurs sentiments les plus secrets, sans leur faire quelque signe de la religion que je professois, aiiu qu'ils y prissent leurs mesures. 11 s'acquitta donc envers eux de ce petit devoir par quelques mots qu'il dit à l'oreille du plus proche de lui. Je ne m'aperçus de ce signal que par le silence que la compagnie vint à garder tout d'un coup, et au changement de propos sur lesquels on se jeta, après quoi tous ces messieurs bientôt se retirèrent.
Dès qu'ils furent sortis, M. de Marolles me développa tout le mystère. « Vous avez eu là, nie dit-il, une confirmation el « des exemples de ce que je vous ai avoué plusieurs fois de « mes sentiments en fait de religion (1), et de la protestation
(l) La largeur et la libéralité, qui distinguaient, les vues religieuses de l'abbé de Marolles, se font souvent jour dans ses Mémoires. Citons entre autres les passages suivants:
<( De là (de la contradiction) sont nées en partie les grandes animosités pour la doctrine, qui n'ont pas encore cessé ; mais si nous avions un peu plus de charité, nous serions moins colères; et au lieu de parler delassets et de tirer l'épée, chacun se donneroit la main d'association, et nous serions tous frères, parfaitement unis dans la famille du Père céleste, qui, par sa seule miséricorde, nous a élevés à la dignité de ses enfants et d'être héritiers de son royaume. Je me souviens qu'alors ayant dit quelques choses approchant de cela, un bon père capucin, qui éioit à Forges, me répliqua que le zèle de la maison de Dieu ne permettait pas ioujours d'user d'une si grande douceur, et qu'il ne falloit rien partager avec les adversaires du pape en matière de religion. Je lui repartis que nous ne disions rien de Sa Sainteté, et qu'il n'étoit pas question de cela; mais que la charité étoit bénigne et qu-elle enduroit toutes choses patiemment ; qu'an reste e'étoit une chose étrange que nous voulions toujours juger sans être informés de l'état de la