‹ Mâemoires inâedits et opuscules de Jean Rou (volume 2)Chapitre 68 sur 174 · HOL · texte numérisé non relu

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« cipale difficulté que j'ai trouvée dans l'arrangement des bran- « ches de cette maison est la même qui m'embarrasse dans « votre article. En un mot, je désirerois savoir la relation qu'il « y a entre les deux branches de Langey et de Gonnor, en sorte « que, taisant remonter par des générations bien suivies les « sieurs de Langey, de Gonnor et de Thouarcé à une même tige, « je pusse particulièrement connaître les degrés précis de pa- « rente qui se trouvent entre Guillaume de Langey et le poëte « Joachim. Yoilà, à mon grand regret, Monsieur, un entretien « bien ennuyeux dont je vous importune; je vous en demande « très humblement pardon, comme je vous rends aussi très « humbles grâces de l'honneur que vous m'avez fait, et des ter- « mes obligeants dans lesquels vous me l'avez fait. Je puis, « Monsieur, vous faire une très sincère protestation, je ne di- « rai pas de cette amitié qu'il vous plaît de me demander, mais « d'une vénération entière telle que je l'ai conçue depuis très « longtemps pour un savant fort distingué que je regarde « comme le Varron de notre siècle, sans contredit, mais parti- « culièrement pour un sage d'une éminente et d'une solide « vertu. Je suis avec tout le respect imaginable et qui ne vous « peut être contesté, Monsieur, votre, etc. »

Extrait de la deuxième lettre de M. Ménage à moi.

« Monsieur,

« Je ne puis vous remercier comme je le voudrois de toutes « les obligations que je vous ai, mais je vous prie de croire, « Monsieur, que je les ressens comme je dois, et qu'il ne se peut

« rien ajouter à ma reconnaissance, etc Je ne sais pas pré-

« sentement si Joachim du Bellay étoit fds de Jean fils de Jean, « ou fils de Jean fils d'Eustache ; je m'en informerai à M. de la « Courbe, et, selon sa réponse, nous corrigerons l'endroit de « mon livre qu'il faudra corriger. M. de la Courbe n'est plus à « Paris; il est à Brissac en Anjou, où il a été exilé par ordre du

« roi. Si M. le marquis de Langey me veut envoyer un mé- « moire des choses qu'il désire de lui, je le lui ferai tenir, et je « lui en ferai avoir réponse. J'ai produit dans mon Histoire de « Sablé, l'origine de la maison de Montreuil-Bellay, de laquelle «< maison, selon l'opinion de plusieurs généalogistes, descend « celle de Du Bellay. M. Grœvius a un exemplaire de cette his- « toire, et vous pouvez l'emprunter de lui ; mais puisque vous « vous attachez si fort aux généalogies, je vous ferai moi-même « présent de cette histoire ; car elle est remplie de plusieurs « généalogies très curieuses, et entre autres de celle de Craon, « J'écris à notre libraire de vous mettre toute ma copie entre « les mains (1). J'oubliois à vous dire que je ne suis pas assez « informé de la maison de Du Bellay pour vous éclaircir de vos « doutes; il faudra en faire un article dans le Mémoire de « M. de Langey pour M. de la Courbe. Je vous demande tou- « jours, Monsieur, la continuation de vos soins, et surtout celle « de votre amitié. Tout à vous, et de tout mon cœur et sans ré- « serve, et avec toute l'estime qui vous est due,

« A Paris, ce 6 août 1688,

« P. S. Tout le grec des premières feuilles que vous n'avez « pu voir, est rempli de fautes, ce qui fait que je vous recom- « mande particulièrement le grec des feuilles suivantes. »

Dans la suite du commerce qui se continua entre M. Ménage et moi, et parmi les lettres dont il m'honora toujours constamment jusqu'à sa mort, il s'en trouve plusieurs où il y a des traits de critique littéraire que les gens de bon goût ne jugeront pas indignes de leur curiosité. Je n'en mettrai pourtant ici que fort peu, parce que d'autres lecteurs ne s'en accommoderoient pas de même, ou trouveroient au moins que cela ne leur apprend pas quelque chose d'assez nouveau.

Le premier de ces traits qui se présente à ma mémoire re-

(1) J'ai encore toute cette copie par-deversmoi. R. [Note de l'auteur.]

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garde l'accentuation des pronoms noire et votre; voici ce que M. Ménage m'en avoit déjà écrit, dans sa troisième lettre, par rapport à une faute de son imprimeur, qu'il avoit plusieurs fois remarquée dans ces premières feuilles que je n'avois pas vues. « Dites, s'il vous plaît, au compositeur qu'il suive ma copie, « elle est très exacte ; il met toujours nôtre, vôtre, etc.; il faut « toujours écrire notre, votre ; la pénultième de ces mots est « brève, et il la fait longue par ces accents circonflexes, etc. » Sur quoi je présentai à M. Ménage une exception, pour laquelle je lui citai cet endroit de Y Ecole des Maris du fameux Molière : Je suis votre valet, dit Àriste à son frère, et moi, lui répond Sganarelle,^ ne suis pas le vôtre, entre lesquels deux votre il y a nécessairement une différence considérable de prononciation longue et brève. Cette remarque donna lieu à M. Ménage de faire une restriction qui se trouve dans sa cinquième lettre à moi du 10 octobre 1688, dont voici les propres termes : « La distinction que vous m'avez marquée sur Notre et Votre « sans circonflexe et Nôtre et Yôtre ainsi accentués est très « juste, et je ne m'étois pas assez expliqué d'abord. La pre- « mière syllabe de Yotre, etc., est brève quand ce mot ne finit « pas la période; par exemple : Je suis votre serviteur, et elle « est longue quand elle la finit, par exemple : Et moi je suis le « vôtre, qui est proprement ce que vous m'avez allégué, et en « ce cas il faut un circonflexe surl'o.

Cette règle de M. Ménage, comme on voit, n'étoit qu'un pur effet ou résultat de ce que je lui avois objecté.

Une seconde remarque critique de M. Ménage, et qu'il me fit dans cette même cinquième lettre dont je viens de parler, regarde la véritable orthographe du verbe scavoir, où il ne vouloit point de c . « J'ai oublié, me dit-il, de vous dire qu'il ne « faut point de ç à savoir. » Sur quoi je trouvai étrange que M. Ménage soutînt cela si positivement contre l'usage pratiqué, et suivi par MM. de l'Académie môme, et cela sans en alléguer de raison ; mais je la tirai bientôt de ses Origines de la

langue française, de la première édition ; c'est que sçavoir ou savoir vient de sapére, qu'on a dit pour sâpere; c'est pourquoi il faut écrire savoir ; et en effet, M. Ménage lui-même me confirma dans cette opinion par ces mots de sa septième lettre du 24 septembre 1688.

« Pour le mot savoir, me dit-il, quoique MM. de l'Académie « y mettent un ç, il n'y en faut point, il vient constamment de « sapére, qu'on a dit au lieu de sâpere, et non pas de scire, comme « je l'ai démontré dans mes Origines de la langue française, et « dans celles de la langue italienne, aussi bien que dans mes « observations sur la langue française.

Une troisième remarque de M. Ménage est sur le vedessi ou vedesti qui dentro, etc., de la belle scène d'Amarille, dans le fameux Pastorfido du Guarini, sur lequel j'avois représenté à M. Ménage que je ne trouvois point de sens dans la leçon du vedesti que portent la plupart des éditions de cette admirable pièce; et que je trouvois un sens bien plus net dans la leçon vedessi; car, disois-je, n'y a-t-il pas plus de raison à lire : Ah ! si tu voyois ce qui se passe ici dans mon cœur, etc., que de lire : Si tu as vu, etc., car, visiblement, vedesti est la deuxième personne singulière du prétérit parfait viddi, vedesti, viddè,fai vu, tu as vu, il a vu; au lieu que vedessi est la deuxième personne du subjonctif se vedessi, se tu vedessi, s' egli videsse, si je voyois, si tu voyois, etc.

Sur quoi M. Ménage me répondit :

« Dans mon Pastorfido, qui estin-16, édition de Venise, en « 161 1 , presso Bernardo Giunii, il y a Se vedessi, que je préfère, « aussi bien que vous, à Se vedesti, mais l'un et l'autre est bon : « Si tu voyois mon cœur, tu ne dirois pas cela; Si tu avois vu mon « cœur, lu ne dirois pas, etc. »

Ce fut toute la raison que me donna M. Ménage, dont je ne demeurai pas autrement satisfait, car pour admettre la dernière de ses deux interprétations, savoir, Si tu avois vu, il faudrait qu'il y eût dans l'original Se tu travessi veduto, ce qui n'est

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