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point. Mais comme je ne vouloispas faire le coup de poing avec M. Ménage, j'en demeurai là.
Afin de ne pas tirer à de trop grandes longueurs tout ce que je pourrois ramasser des autres lettres que j'ai conservées de M. Ménage en fait de critiques littéraires, je bornerai ce que ma mémoire m'en présentera à quelques paragraphes succincts, selon la méthode ordinairement pratiquée dans les Analyses.
§ 1 . Comment entendez-vous, écrivois-je un jour à M. Ménage, le t^ de votre distique à l'honneur de M. de Saumaise ?
nive' àya^vouç, */.ai Tïàvxa jJtaBwv, îiatrcavTa otod|aç,
Tf), me répondit M. Ménage, se prend adverbialement pour lue; je vous en chercherai des exemples.
§ 2. Je vous ai promis, par une de mes précédentes lettres, de vous dire plus précisément de qui Joachim du Bellay étoit fils ; j'ai présentement de quoi m'acquitter ; il étoit fils de Jean, seigneur de Gonnor, fds ftEustache et de Catherine de Beaumont, dame Du Plessis-Méré.
§ 3. L'homme savant dont parle M. Fermât, qui m'a traité de Varron, c'est le père Maimbourg; et le premier qui m'en a traité, puisque vous le voulez savoir, c'est M. Féramus (1), dans une épigramme latine, imprimée dans mon livre adoptif, page 46. M. de Saumaise m'a régalé ensuite du môme éloge, selon le témoignage d'un Suisse qui a fait la préface du Térence de M. Guy et ; et ensuite M. de la Monnoye, dans l' épigramme que vous avez fait imprimer à la page 69 du deuxième tome de YAnti-Baillct. Ce que vous me dites que vous lisez quelquefois de mes poésies, fera que je vous enverrai quelque jour plusieurs vers que j'ai faits depuis la dernière impression.
§ 4. Je vous suis bien obligé de la peine que vous voulez bien
(1) Charles Féramus. On a de lui de spirituelles attaques contre le parasite Montmanr, qui ont été recueillies par de Salilengre.
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prendre de faire vous-même la table de mou livre, et je vous en rends un million de très humbles actions de grâces.
§ 5. Je vous envoie l'élégie de M. Franchis, et la fable de la Citrouille et de la Palme, du père Commire. On écrit appeler, appelant, mais on écrit appellations et il s'appelle. Votre Index, vu le plan que vous m'en laites, sera un opéra, et je vous en remercie encore une fois avec toute sorte d'estime et de reconnaissance.
S 6. Je reviens à Robert Esticnne; je viens d'apprendre que la première édition de son Trésor est de 1 53 1 et non pas de 1 536, comme je le eroyois, et qu'elle a pour titre Dictionarium, seu Latinœ linguœ Thésaurus; et j'apprends de la préface que ce furent ses amis qui l'obligèrent à lui donner le titre de Trésor de la langue latine, etc. Il dit dans cette préface qu'il fut deux ans à composer cet ouvrage; qu'il y travailloit jour et nuit; qu'il consultent sur ses doutes tous les gens savants ; et qu'il n'y a pas un mot qu'il n'ait écrit de sa main.
§ 7. Votre lettre latine à M. Graevius est fort bien ; voici seulement ce qu'on pourvoit y trouver à redire en chicanant.
La première période est trop longue, le style épistolaire doit être concis.
Delphensis est équivoque; vous voulez dire que M. votre frère demeure à Délit, et Delphensis signifie plus ordinairement un homme né à Delft (1).
(1) Nota bene. — M. Ménage avoit raison de traiter cette critique de pure chicane, car le contraire de ce qu'il dit là est incontestable; je pris d'abord ce qu'il avance en cet endroit pour bonne monnaie, comme on parle ; mais ayant depuis bien examiné la chose, je trouve que bien loin que la terminaison en ensis dénote la naissance en certain lieu, elle fait tout le contraire, et en marque seulement l'habitation, et c'est la terminaison en us qui désigne la naissance; Romanus (outre d'autres égards, comme droit de bourgeoisie, dépendance, etc.) signifie qu'on est né à Rome, et Romanensis s'entend de celui qui, natus alibi, Romœ habitat. Gaton est formel là-dessus dans son dernier chap. de Re rust. Voyez le Thesaur. Fabri, édition de 1G87. Et, en effet, chez tous les historiens ecclésiastiques, saint Augustin est dit Aurelius Augustinus Hipponensis, parce qu'étant évêque d'Hippone, il faisoit ordinairement sa demeure en cette ville-là, et cela ne vouloit pas dire qu'il y fût né, puisque le lieu de sa naissance étoit Tagade, dans la Numidic.
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Je finis ici mes paragraphes pour passer à deux ou trois lettres dont M. Ménage m'honora depuis tout ceci sur des choses qui me regardoient plus en particulier.
La première de ces lettres, qui est du 25 février 1689, est sur ce que je lui avois mandé de ma nouvelle promotion de la part et grâce de MM. les Etats Généraux; la voici :
« Yous ne doutez pas, je m'assure, Monsieur, après toutes « les obligations que je vous ai, que je ne prenne toute la part « que je dois dans votre dernière dignité ; et ce n'est que pour « satisfaire à la coutume, que je vous écris pour vous le témoi- « gner, et pour vous dire que si vous aviez toutes les dignités « que je vous souhaite, vous auriez à peu près toutes celles que « vous méritez.
« Je pense vous avoir mandé que mon Malherbe est achevé « d'imprimer ; que je vous en destine un exemplaire ; et que « je suis seulement en peine d'une voie sûre pour vous le faire « tenir. Adieu, mon cher Monsieur, honorez-moi toujours de « votre bienveillance ; je crois, Monsieur, n'en être pas indigne, « si c'est la mériter que d'avoir pour vous toute sorte d'estime « et de considération,
« Paris, ce vendredi 25 février 1689.
« P. S. — Quand mon Anti-Baillet sera en état d'être publié, « je vous prie d'en donner de ma part à mes amis de Hollande, « parmi lesquels M. Cuper ne sera pas oublié. Je vous envoie « la liste de ceux à qui je désire d'en donner ; munus meum or- « nato verbis, c'est-à-dire, Monsieur, que je vous prie d'accom- « pagnerle tout d'un compliment de ma part. »
La deuxième des lettres de M. Ménage que j'ai en vue est telle, et du 13 mai 1689:
« Monsieur,
« M. Heinsius est un homme d'un grand mérite, et pour le- « quel j'ai toute sorte de vénération, et je suis bien aise que vous « lui ayez donné de vous-même un exemplaire de mon livre ;
« je tiendrai compte de cet exemplaire au sieur Foulque, etc.
« Si j'eusse prévu que M. le duc de Montausier vous eût dû
« écrire, je l'aurois prié de m'aider à vous remercier des obli-
< gâtions que je vous ai : ce qu'il auroit fait bien volontiers ;
« car il prend toute sorte de part dans mes intérêts. Je lui ai
« fait parler de vos planches par M. de Court, petit-neveu de
« M. de Saumaise. Il ne sait ce qu'elles sont devenues. Tout à
« vous à l'ordinaire,
« Ménage. »
La troisième lettre enfin de M. Ménage regarde la communication que je lui avois donnée d'une nouvelle lettre latine écrite au roi de Suède, par fonction de mon nouvel emploi, sur la mort de la reine Christine, et voici ce que M. Ménage m'en écrivit le 24 juin 1689:
« Monsieur,
« Votre lettre latine est très bien écrite, et je ne puis dire le « plaisir que vous m'avez fait de m'en faire part. Vous m'avez « aussi fort obligé de m' envoyer la belle ode de M. Francius. « C'a été par inadvertance que j'ai attribué son épigramme sur « les feux de joie à M. Grœvius. Je suis très affligé de l'afflic- « tionde M. Cuper. [J'ai reçu aussi la lettre qu'il vous a plu « m' envoyer de lui ; son remercîment vaut mieux que mon présent , « et je lui dois bien du reste de ce côté-là ({).] Les vers de « M. Francius que vous m'avez envoyés sont parfaitement « beaux, et je vous suis bien obligé de la grâce que vous m'a- « vez faite de m'en faire part. Je suis toujours très fidèlement « et très tendrement et très passionnément votre très humble « et très obéissant serviteur,
Je finirois ici ce long article de M. Ménage, sans une parti-
(1) Ce souligné de -vert est d'une précédente lettre du 10 juin, de laquelle je n'ai rien dit ci-dessus. [Note de l'auteur.]
{Nota. Nous avons mis entre crochets la phrase dont il est ici question, et qui est soulignée de vert dans le manuscrit.)
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cularité qui le regarde, et où sa réputation eu qualité de savant, et particulièrement dans les langues, étoit en quelque sorte intéressée. Ce que j'ai ici en vue est une scène qui se passa ici à la Haye, chez milord Pembroke, lorsqu'il y étoit ambassadeur extraordinaire de la part du feu roi Guillaume III, après son entier établissement sur le trône d'Angleterre. Le marquis de Langey, qui lui faisoit assez règlement sa cour, et qui lui avoit remarqué une grande inclination pour les belles-lettres et pour tous les curieux qui les cultivoient, étoit venu par occasion à lui parler de moi d'une manière à faire désirer ma vue à ce seigneur, et il lui promit de me mener chez lui ; ce qu'il exécuta dès le lendemain. Son Excellence, après une conversation où elle parut ne se pas déplaire, nous retint à dîner, et nous ayant, au sortir de table, fait passer dans sa chambre pour la continuation d'une matière qui avoit été entamée , il n'y avoit guère que nous y étions, lorsqu'on vint annoncer au milord une visite de M. Frémont d'Ablancourt, qui aussitôt fut introduit, ce qui fit qu'en peu de temps on changea de discours. Pour rendre plus intelligible la scène que j'ai promise ci-dessus, il est bon de donner deux ou trois coups de crayon à la légère esquisse d'un portrait de caractère et de l'esprit de 31. Fr. d'Ablancourt, parce que c'est par cette ébauche qu'on jugera mieux de ce qu'il faut penser de la petite dispute qu'on va voir.
M. Frémont d'Ablancourt, avec tout son mérite, qui sans difficulté n' étoit pas commun, avoit cela de singulier qu'il se faisoit beaucoup plus goûter par les jolis contes dont il avoit en sa mémoire une source intarissable, que par la solidité d'un véritable et profond savoir (1). G' étoit aussi par ce talent qu'il s' étoit en cent lieux agréablement insinué dans l'esprit des personnes de la plus grande distinction, et enfin dans celui de madame la princesse d'Orange, depuis cela reine d'Angleterre,
(1) A la suite de la traduction de Lucien donnée par son oncle, le célèbre Perrot d'Ablancourt, on trouve de Frémont un curieux et fort spirituel Jugement des lettres de Valphabet, qui y tient la place de l'intraduisible Jugement des voyelles de l'auteur ?rec.