ÉCRIT ANONYME DE MATHURÏN
« finesse. Je n'ai jamais vu une critique si solide, si délicate et « si débarrassée; et quoique tous cribliez mes termes, mes « phrases, mes raisons, et que vous y trouviez bien de la paille « et de la poussière, je ne saurois me plaindre de la rudesse du « crible; son agitation est douce, ses mouvements plaisent, et « je vous assure, Monsieur, que dans toutes ces secousses, je n'ai fait autre chose qu'admirer vos talents ; et je me sais bon gré de ce que l'amour-propre a été en cette rencontre sans force et sans vigueur; car je me sers de toutes vos remarques, et je suis convaincu qu'elles sont solides. « Un de nos illustres (M. Jurieu) consulté, à ma prière, par un de mes amis, sur l'impression à laquelle vous m'exhortiez, embrassa le même parti. Ainsi, Monsieur, ayant son avis et le vôtre, c'est-à-dire l'approbation de deux grands hommes, j'abandonne cet enfant, mais non pas sans vous le re~ commander; car que deviendroit-il sans vos soins? « Je vous demande pardon, Monsieur, si je me sers si facilement de la liberté que vous m'avez donnée; le service que vous dites que je rendrai à mes pauvres frères me rend hardi ; et que ne doit-on pas entreprendre en faveur de gens qui sont la victime de la fureur, et Dieu veuille qu'ils ne le soient pas de l'erreur. Quoique à cet égard vos soins et vos travaux soient récompensés du ciel, puisque vous travaillerez pour ses intérêts, je ne laisserai pas de vous en être éternellement obligé; croyez, Monsieur, s'il vous plaît, que j'ai de toutes vos honnêtetés toute la reconnaissance que je dois, et que votre habileté, votre zèle, votre générosité et votre mérite produisent en moi des sentiments d'estime, d'amitié, de respect et d'admiration, et qu'en tout temps et en tout lieu vous aurez « en moi une personne qui sera entièrement à vous. »
Avant que de passer à deux mots que j'ai encore à dire de M. Maturin, qui est l'excellent homme à qui tout ce chapitre est destiné , je m'imagine que le lecteur ayant tant ouï parler
ci-dessus des remarques critiques que j'accordai aux pressantes instances de cet illustre serviteur de Dieu, trouveroit à redire que je ne lui donnasse pas quelque échantillon de ces sortes de pièces où il y a plus d'instruction h espérer que dans toutes les lettres dont peut-être s'est-il yu plus fatigué qu'il n'en a été diverti. Dans cette pensée, je mettrai ici quelques-unes des plus distinguées de ces remarques et qui sont les plus séparées du lieu commun, d'entre tant d'observations qu'on a faites jusqu'ici sur la langue française. Mais je n'en prendrai qu'environ une quarantaine de près de deux cents dont elles ont été tirées et choisies, afin de ne pas fatiguer le lecteur.
Remarques critiques sur la langue française,