ET PRINCIPALEMENT SUR LA NETTETE DU STYLE
Texte. Le renoncement à Christ donne des atteintes à tous nos devoirs, etc.
Remarques. Cette phrase donner atteinte ne signifie en bon français que trois choses, attaquer , approcher de quelque chose qu'on veut avoir et commencer à violer. Si cela est comme je le prétends, l'emploi qui en est fait ici cause de l'obscurité. Pour les deux premiers de ces trois points, je ne crois pas que l'auteur y veuille insister, et pour le dernier, qui est sans doute sa pensée et son dessein, je lui représenterai que l'on ne dit violer et commencer à violer, qu'à l'égard des choses qui font comme une espèce de commandement et de loi, et non pas de celles qui dépendent de cette loi, ou qui y sont sujettes ; la loi engage les devoirs et les met en obligation; les devoirs sont dépendants de la loi et assujettis à la loi. Quand donc les devoirs ne répondent pas à la loi, on peut fort bien dire qu'ils lui donnent des atteintes ; mais dire qu'on donne des atteintes aux devoirs mêmes, c'est ce qui donne de ces sens vagues qui embarrassent et obscurcissent le discours; et en un mot on ne voit pas aisément ce que cela veut dire, il faut le deviner; cependant ce n'est là que la quatrième ligne de tout l'ouvrage, et je ne voudrois pas débuter ainsi.
Texte. Disons que la doctrine de leur Christ est aussi différente, etc.
Remarque. Cet aussi, de la manière qu'il est placé, fait une équivoque ; car il y a de deux sortes d'aussi, l'un qui répond à Yœque ac des Latins, l'autre qui répond à leur quoque. Pour ôter donc ce qu'il y a de louche dans
cette expression, je commencerois ainsi l'article : Disons aussi que la doctrine de leur Christ est fort différente de celle que le nôtre nous enseigne.
Texte. Je réserve, etc.
Remarque. Tout cet article roule sur une objection et sur la réponse qu'on y fait ; mais il y a ce défaut, à mon avis, que l'objection est bien plus forte que la réponse; ce qui rend tout l'article non-seulement inutile, mais préjudiciable à la cause qu'on traite. Voici donc comment je voudrois le tourner :
Je réserve mon cœur à Jésus-Christ, dis-tu? je le veux croire; mais ne sais-tu pas que si cela est vrai aujourd'hui, il peut ne l'être plus demain , parce que Dieu , qui veut le dehors aussi bien que le dedans, et de qui nous tenons \evotdoir et le parfaire, selon qu'il lui plaît, toute bonne donation descendant de lui, te punira du vol que tu lui as fait de ton corps, par la privation de son esprit, et permettra que pour châtiment de ce que tu as commencé à le renier de bouche, tu viennes enfin à le renier absolument de cœur; je veux que tu ne lui aies pas soustrait ce cœur tout entier, mais peux-tu nier que ce ne soit ce cœur séduit qui lui a soustrait ta langue et tes mains dans la fausse vue de te conserver ?
Texte. Nôtres.
Remarque. Mettez tiennes. C'est une négligence qui règne presque dans tout cet ouvrage, que dans un même article l'auteur prend incessamment le change au sujet des vous et des tu ; et qu'après avoir commencé par l'un il continue ou finit par l'autre, les entrelaçant sans aucune distinction. Je veux croire, au reste, que ce sont à son égard de simples inadvertances.
Texte. Aux sacrifices.
Remarque. Mettez au sacrifice. Il faut, en cet endroit, s'exprimer plutôt par le singulier que par le pluriel ; car nonobstant la désignation qu'on voit bien que l'auteur veut faire de cette multitude de lieux où l'on fait ce prétendu sacrifice, il vaut toujours mieux rapporter l'expression au sacrifice même, qui en soi est toujours un singulier et non pas un pluriel.
Texte. Y a-t-il donc rien de plus impertinent et de plus insoutenable, etc.
Remarque. Mettez : Y a-t-il donc rien de plus mal à propos et déplus insoutenable, etc. ; car ce terme & impertinent est trop injurieux, et ce ne sont pas les grossièretés qui donnent de la force , ce sont les raisonnements.
Texte. Que ton père n'y a adoré que Dieu } et que tu y adoreras la créature.
Remarque. C'est une maxime générale dans toutes les langues que toutes les fois qu'on peut faire une antithèse juste et surtout naturelle, c'est-àdire sans donner dans l'affectation, ni sortir des termes qui naissent, comme d'eux-mêmes, du sujet que vous traitez, il faut l'embrasser. L'auteur en a manqué ici une de cette sorte, en mettant Dieu au lieu de Créateur. Qu'il dise donc : Que ion père n'y a adoré que le Créateur, et que tu y adoreras la créature.
Texte. Salomon devint idolâtre par le commerce qu'il eut avec des femmes idolâtres.
Remarque. Dites : Salomon tomba dans l'idolâtrie par le commerce qu'il eut avec des femmes idolâtres. Car cette opposition d'idolâtre avec idolâtrie est plus agréable à l'oreille que celle d'idolâtre avec idolâtres, a cause de la cacophonie et de la rime.
Texte. Tu es le froment, l'arbre et la maison de Dieu.
Remarque. Voila qui est bien laconique, et il y a des laconismes qui n'ont pas tant de grâce que quelque chose d'un peu plus étendu, particulièrement dans la langue française que l'on sait être un peu plus diffuse que la latine ; j'allongerois donc ceci par une petite répétition de la nature de celles qui font une figure et non pas un vice, et je dirois : Tu es le froment, tu es l'arbre, tu es la maison de Dieu, etc. ; cela réussira d'autant mieux en cet endroit, que premièrement cette petite période est opposée à une trop grande qui la suit, disproportion qu'il est bon d'éviter; et qu'en second lieu cette petite période a, par son laconisme, ses trois parties si proches l'une de l'autre qu'elles semblent n'en faire rien qu'une, au lieu que la période suivante a, au contraire, les trois siennes fort distinctes et entièrement séparées.
Texte. D'habitation.
Remarque. Mettez: de l'habitation; car les autres articles qui suivent étant définis, celui-ci ne doit pas être seul indéfini, ou si vous voulez que celui-ci soit indéfini, il faudra que les autres le soient aussi ; et, en effet, quand j'y fais bien réflexion, je serois plutôt pour ce dernier ; je dirois donc : Non-seulement d'habitation, mais de repas ; non-seulement de repas, mais de salutation ; non- seulement de salutation, mais de regards, etc.
Texte. La doctrine de Dieu.
Remarque. Dites : La loi de Dieu. On dit bien la doctrine de Christ, soit parce qu'effectivement il a enseigné et prêché sur la terre, soit pour quelque autre raison ; mais je n'ai jamais ouï dire la doctrine de Dieu ; ce n'est pas qu'il y ait rien là contre le bon sens, mais c'est que cela est hors de l'usage.
Texte. Sortez, dit l'Eternel, hors de Babylone, fuyez arrière, etc.
Remarque. Mettez : Sortez de Baby Ion, dit l'Eternel, juyez, etc. Babylon et Babylone ne sont qu'une seule et même ville, et il est vrai qu'on dit aujourd'hui Babylone et qu'on ne dit pas Rabylon; mais quand il s'agit de la citation de ce passage et de quelques autres qui ont une pareille désignation typique, le mot de Babylon semble y être consacré, et il se doit retenir; cela est si vrai que dans la suite, lorsqu'il ne s'agit point de citations, ni de passages typiques de l'Ecriture, je laisse Babylone et ne mets pas Babylon.
Texte. Mais nous y sommes d' autant plus obligés, etc.
Remarque. Lorsque d' autant plus ne finit pas une période, il demande nécessairement un régime, et l'oreille attend toujours un que. Dites donc : Mais il semble que nous y soyons encore plus obligés, etc.
Texte. Des disgrâces, etc.
Remarque. Le propre de la gradation est d'aller toujours en augmentant; et pour ne point sortir des idées de notre article, les préparatifs d'une chose ne sont pas tant que la chose même, et tout ce qui tient lieu de précurseur, afin de me servir des propres termes de mon texte, est moindre que ce qui vient après lui; cependant l'on fait ici tout le contraire, puisque de l'effroi des châtiments l'on tombe sur la simple disgrâce, ce qui est baisser au lieu de monter; dites donc : Des épouvantables supplices. Au reste, ne dites pas : Prépare contre les, etc. ; dites : Prépare aux.
Texte. Qu'il y en a ^'autres.
Remarque. Ce d'AUTREs fait une équivoque avec danger qui le précède, pouvant être rapporté à lui; car c'est une erreur de prétendre qued'AUTREs, tout seul, signifie et emporte d' autres personnes ou d'AUTREs gens à moins que ces mots gens et personnes ne précèdent en effet; dites donc : qu'il y a des misérables, etc.
Texte. Votre ris soit converti en pleur.
Remarque. Dites : Vos ris soient convertis en pleurs; car ris et pleurs ne se disent plus au singulier ; cela étoit bon au temps de la vieille version.
Texte. Moïse, qui,... s'est opposé à ce retour qui, etc.
Remarque. Ces deux qui, si proches l'un de l'autre, font une expression louche. Pour l'éviter, dites : Moïse, qui, comme une puissante digue, s'est opposé à ce retour, dont la précipitation, comme un torrent, alloit, etc. ; et otez l'épithète de damnable, qui ne convient point à torrent, quelque damnable que l'action des Israélites fût en soi.
Texte. Ils n'avoient pas peu.
Remarque. Dites : Ils n'avoient pu; le pas, nécessaire ailleurs, est inutile en cet endroit; et ce peu, ainsi orthographié, fait équivoque avec le peu de parum ou de paucus, au lieu qu'il s'agit de potuit ou de potuerant.
Texte. Exils les plus cruels et les supplices les plus horribles, etc.
Remarque. Diles : Exils les plus insupportables et les supplices les plus cruels; car cette dernière épithète convient mieux au mot de supplice qu'a celui d'exil, pour lequel l'idée de cruauté a trop de force, ayant bien plus de rapport avec les souffrances du corps qu'avec celles de l'esprit. Et, notez en général, au sujet des épithètes, qu'il les faudroit choisir d'une si grande propriété qu'elles ne pussent, si cela étoit possible, être appliquées à aucun autre sujet.
Texte. Que l'on y appuie.
Remarque. Dites : Que Ion y insiste fortement; car on ne dit pas appuyer a, on dit appuyer sur; or, le relatif?/ suppose toujours la préposition à.
Texte. // n'y ait pas retourné.
Remarque. On ne dit pas /m retourné, tu as retourné, quand il s'agit de rêver sus sum; cela n'est bon qu'à l'égard de revolvi, revolvisli; on dit : Je suis retourné, tu es retourné, etc. Dites donc : // n'y soit pas retourné.
Texte. Paroles ambiguës, dont ï 'abjuration est conçue.
Remarque. Il y a là deux fautes; car ambiguës et conçue fout une rime irop sensible; et, d'ailleurs, on ne dit pas conçu de termes, on dit conçu en des termes. Or, le relatif dont vaut autant qu'un de, et il faut un en des. Pour éviter tout cela, je dirois : A la faveur des termes ambigus dans lesquels l'abjuration est conçue ; ou bien : Des paroles ambiguës, dont l'abjuration est composée.
Texte. Ses amis lexhort oient, qu'apportant, etc., il feignit, etc.
Remarque. Exhorter, régit un infinitif précédé de la préposition à. Exemple : Exhorter à faire, exhorter à dire, etc. Dites donc : Ses arnis étoientde ce sentiment, qu'apportant, tic, \\ feignît, etc. Et notez, en passant, que le retranchement affecté des S qui ne se prononcent pas, fait souvent donner dans l'équivoque; car, jeignit orthographié comme vous l'avez mis, fait équivoque 3i\ec finxit, et il s'agit ici defingeret; écrivez donc feignisi, selon l'ancienne orthographe, que plusieurs retiennent pour cet effet ou du moins usez d'un circonllexe, comme vous voyez que je l'ai pratiqué.
Texte. Sous la lueur de cette enveloppe.
Remarque. Il y a ici une contradiction qui fait une espèce de galimatias; car enveloppe présuppose obscurité et cachette; et lueur, au contraire, emporte évidence et quelque chose de découvert. Que veulent donc dire, je vous prie, ces hardies phrases : Sous la clarté de ces ténèbres, et Etre à l'abri d'une lueur? Je dirois tout d'un coup : Sous cette enveloppe.
Texte. D'autres, etc.
Remarque. Tout cet article est si obscur, que je n'y comprends rien, si ce n'est beaucoup de contradiction. On n'a point vu de prêtres, cependant on leur a parlé; on leur a fait des promesses, cependant on n'est entré en aucun engagement avec eux. Je pense bien que l'auteur, qui est assurément un très habile homme, trouveroit quelque débrouillement à ce chaos ; mais il faudroit donc, ou sa présence, ou du moins son commentaire; et cela suffit pour conclure que l'endroit doit être retouché.
Texte. Ces procureurs.
Remarque. Où est-ce qu'il a été fait mention jusqu'ici du mot de procureurs pour se servir ainsi du relatif ces? car l'auteur n'en a encore dit pas un mot. Est-ce par sous-entente, à cause de ce qu'on vient de dire, (lue l'on n'est pas entré par soi-même dans aucun engagement, ce qui insi-
nue qu'on peut l'avoir fait par l'entremise d'autrui ? Mais une pareille induction ne mérite pas qu'on dise positivement ces procureurs, comme si effectivement on avoit déjà employé ce terme.
Texte. Ou Us n'y ont pas été, etc.
Remarques. Cette expression est équivoque, et tout au plus le sens le moins douteux, et que tout le monde suivra d'abord, est justement celui qui n'est pas de l'intention de l'auteur. Car, ou cela veut dire qu'au pied de la lettre personne n'a été chez les prêtres, et c'est ainsi que tout le monde le prendra, contre l'intention de l'auteur; ou il veut dire qu'on y est bien allé, mais qîi'o?i l'a fait sans ordre; et c'est sans doute ce que l'auteur veut dire, mais que personne n'entendra, puisqu'il n'est pas exprimé ; or, les pensées ne doivent pas demeurer ainsi au bout de la plume. Je dirois donc : Ou ces procureurs sont allés chez les prêtres par ton ordre, ou ils y sont allés sans ton ordre, etc.
Mais, il y a ici une autre remarque à faire : c'est que, des deux alternatives qui ont été avancées, on n'en examine qu'une. Qu'est devenue l'autre : Oie ces procureurs sont allés par ton ordre, ou ils sont allés sans ton ordre ? On satisfait bien au dernier ou, et tout le reste de l'article ne roule que là-dessus ; mais il n'est pas dit un mot de l'autre ; cependant, l'oreille et l'esprit s'y sont attendus, et on les laisse à cet égard sans satisfaction.
Texte. Tu vois, tu parles, tu caresses ton messager.
Remarque. Quand plusieurs termes ainsi entassés n'ont rien qu'une relation, ils ne doivent être tous que d'un même régime ; c'est-à-dire que si ce sont des verbes ils doivent tous, ou demander un accusatif, ou demander tous un datif, tu vois, tu parles, tu caresses ton messager; cet accusatif ton messager s'accorde bien avec tu vois et avec iu caresses, mais il ne s'accorde point du tout avec tu parles-, car on ne dit pas parler quelqu'un, ou dit parler à quelqu'un. Dites donc : Tu vois ton messager, tu lui parles, tu le caresses, tu vas à la messe, etc.
Texte. Saint Paul qui vous crioit, etc.
Remarque. Que fait là ce vous tout seul à la suite de tant de tu et de toi ? D'ailleurs, pourquoi cet imparfait crioit, plutôt que Vindicatif crie? Car un imparfait ne se doit jamais employer sans marquer quelque temps, soit fixe et défini , comme hier, il y a huit jours, il y a un mois, il y a un an, etc., ou bien vague et indéfini , comme autrefois, au temps passé, etc. Dites donc, tant pour l'un que pour l'autre égard : Saint Paul qui nous
crie ; car un homme, quoique mort, nous parle encore tous les jours par ses écrits.
Texte. Fous imitez plutôt Urie, etc.
Remarque. Un plutôt entraine ordinairement un que, et l'oreille ne sauroit s'empêcher de l'attendre; cependant il n'y en a point ici, comme, en effet, le sens n'y en demande pas ; ôtez donc îe plutôt, et dites tout court : Fous imitez- Urie, etc.
Texte. Sous la faveur, etc.... amertume d'abjuration.
Remarque. On dit à la faveur. D'ailleurs, que veut dire cela, se sauver sous ou à la faveur des lénitifs et des amertumes d'abjuration ? Ces phrases sont trop licencieuses, et j'aimerois mieux tourner la chose ainsi : Se sauver à la faveur de ces correctifs dont ils croient avoir réparé le scandale de leur abjuration.
Texte. Ont-ils fait quelque fraude aux prix de nos possessions, etc.
Remarque. Cela n'est point français ; et d'ailleurs prix n'a guère de pluriel dans notre langue, du moins prix qui répond à pretium, car pour ce qui est de prix prœmium on en convient, et c'est autre chose ; dites donc : Ont-ils usé de fraude sur le prix de nos possessions f
Texte. Toucher l'arche, etc.
Remarque. On ne dit pas toucher quelque chose si ce n'est en matière d'argent, toucher de l'argent, toucher quelque chose d'une somme due , etc. On dit encore toucher les malades , et ainsi de quelques autres phrases privilégiées ; mais hors cela toucher gouverne un datif; dites donc : Toucher à l'arche.
Texte. Dans la nécessité, etc.
Remarque. Dites : A la nécessité. On dit réduire à et non pas réduire dans, outre qu'il y a un autre dans à trois mots de là, qui feroit une répétition louche.
Texte. Mais ce n'est, etc...., et mais c'est, etc.
Remarque. Voilà deux mais qui sont trop proches l'un de l'autre ; dites : Mais ce n'est pas en suivant mon conseil, c'est en suivant celui de mes amis, etc.
Texte. Von ne Vy verroit plus, etc.
Remarque. Dites : Von ne te verroil plus dans de pareils lieux ; car cet y est trop éloigné de son corrélatif église, y ayant entre-deux plusieurs interrogations qui donnent d'autres idées.
Texte. N'as-tu pas donné ton seing, n'y as-tu pas été depuis?
Remarque. Qui est-ce qui ne diroit pas que ce relatif n'y se rapporte à seing, qui est tout proche de lui, selon l'exigence des relations? Cependant il se doit rapporter à église qui est à trois ou quatre lignes de là ; transposez donc vos interrogations, et dites : N'y as-tu pas été depuis ? n'as-tu pas donné ton seing ?
Texte. Et pardonnez-moi si je vous dis avec l Apôtre : Etes-vous} etc ?
Remarque. Voilà encore un de ces mélanges de pluriels avec des singuliers, dont nous avons tant parlé ; l'auteur l'a fait sans doute à cause du passage suivant, qui est sous une idée de pluriel, mais il faut acheminer la préparation d'une autre manière, et je dirois : Et ne trouve pas étrange si avec l'Apôtre, je dis et à toi et à tes semblables : Etes-vous, etc.
Texte. De, etc.
Remarque. Mettez des, et vous souvenez premièrement de l'emploi qu'il faut faire, tantôt du premier, tantôt du second, savoir : que l'on se sert de l'article indéfini de, lorsque V adjectif précède le substantif; et quand il le suit on se sert de l'article défini des ; ainsi l'on dira de savants hommes, d'habiles maîtres, et au contraire des hommes savants, des maîtres habiles.
Remarquez en second lieu que dans cet article, qui commence par ces mots : // est vrai, etc., il y a une opposition trop vicieuse entre ces termes : gauchir et monstre, lâche et damnable; je veux dire, pour m'expliquer mieux, qu'on ne doit pas traiter de simple gauchissement, ce qu'on regarde comme une action monstrueuse, et n'appeler que lâche ce qu'on trouve digne de l enfer.
Texte. Donnons encore quelque atteinte, etc.
Remarque. Cette phrase par laquelle j'ai commencé ces remarques n'est pas si mal placée là qu'elle l'étoit au commencement du traité que j'examine ; mais il y a pourtant encore quelque chose à redire, parce que cette expression n'est pas assez forte; et j'aimerois mieux dire : Portons encore quelques coups, etc. La raison est qu'atteinte ne veut dire qu'un coup fort léger et le mot de coups, quoique seul, emporte de grands coups.
Texte. Inclus.
Remarque:. Il faut dire enclos. Inclus ne se dit qu'au féminin, et à un seul égard, savoir en parlant d'une lettre (4), comme par exemple : Je vous prie d'envoyer l'incluse à son adresse ; si l'incluse ne peut partir par le premier ordinaire Je vous prie de ne pas manquer le second, etc. Sur quoi vous noterez que comme la langue française est une espèce de dialecte de la latine, la première tire de l'autre la plupart de ses termes, mais avec cette observation que le français s'écarte ordinairement de l'économie latine dans les ternies simples si primitifs, et qu'il s'en rapproche dans les dérivés et composés.
xemple : Damnum,
dommage ,
indemniser.
Ecclesia,
église,
ecclésiastique.
Frucius,
fruit,
infructueux.
Frater,
frère,
fraternité.
Immutabilis ,
immuable,
immutabilité.
Impossibilis ,
impossible,
impossibilité.
Infernum,
enfer,
infernal.
Includere,
enclore,
inclus et inclusivement.
Melior,
meilleur,
améliorer.
Pater,
père,
patrie et rapatrier.
C lavis,
clef,
enclaver.
Fulmen,
foudre,
fulminer.
Paganus,
païen,
paganisme.
Turbare,
troubler,
turbulent.
îe infinité d'autres semblables, comme :
Thésaurus,
trésor,
thésauriser .
Je n'ai plus qu'une chose à dire touchant M. Maturin, mais qui me navre le cœur. Fort peu de temps après la publication de son ouvrage, il disparut tout d'un coup dans ces provinces ; et, à l'heure qu'il est, je ne puis, nonobstant toutes mes enquêtes, dire positivement s'il est mort ou vif (2). L'on a cru,
(1) Par la même raison, il se dit aussi d'un billet, dans le genre masculin, à cause que lettre et billet ont quelque sorte d'analogie . [Note de l'auteur.]
(2) Il paraît, d'après les papiers d'Antoine Court (Bibliothèque de Genève), que Mathurin obtint la liberté, à la paix d'Utrecht, sur les réclamations des puissances protestantes. Il était depuis vingt-cinq ans en prison et en dernier lieu aux îles Sainte-Marguerite. (Voyez Haag, France protestante.)
Voir les documents inédits que M. Charles Read a rassemblés sur Mathurin,
Bruusson, etc., dans le Bulletin de la Société de l'Histoire du Protestantisme français, t. III, p. 590.
ii 14
210 LE MINISIRE MÂIHLIUN.
pendant un longtemps, qu'étant passé en France par quelque raison que ce puisse être (peut-être dans le même esprit que le sieur Brousson) (1 ), on mit enfin les mains sur lui et on renferma ; bien des gens même ont cru qu'il avoit passé par les oubliettes ; mais d'autres, qui doivent le mieux savoir de ses nouvelles, disent qu'il est encore en vie. Lorsqu'il disparut, il y avoit fort peu qu'il m' avoit écrit; mais d'une manière si tendre et si pleine d'onction , que j'ai toujours regardé cette excellente pièce comme les derniers chants d'un cygne tirant sur sa lin, tant elle est passionnée; et je ne crois pas pouvoir mieux finir ce long chapitre qu'en la produisant ici.
Lettre du sieur Maturiu, pasteur réfugié, au sieur Rou, etc.
« Monsieur,
« M. Bragère m'a dit que vous étiez sous un joug extrême mement incommode par l'application à quoi il vous assu- « jettit, ce qui rend l'obligation que je vous ai beaucoup plus « grande, et ce qui interrompt le commerce que j'aurois avec « vous par quelqu'une de mes lettres; car seroit-il juste que je « vous surchargeasse, et n'y auroit-il pas de la cruauté à renie dre plus pénible une vie dans la conservation de laquelle les « honnêtes gens se doivent tous intéresser? Ainsi, Monsieur, « si je n'ai pas répondu à la lettre que vous me fîtes l'honneur « de m'écrire il y a quelque temps, ce n'est que par un prin- *< cipe de discrétion et de tendresse. Je vous écris néanmoins, « aujourd'hui, et j'espère que vous ne croirez pas que je viole « ni l'une ni l'autre, quand je vous dirai que c'est sans consé- « quence, et que, d'ailleurs, je n'ai pu m'empêcher de vous « souhaiter une bonne année. Quand je vous dirai encore que « je désire qu'elle soit heureuse pour vous et pour les vôtres « en santé, en biens et telles autres bénédictions, je sais que je « vous ferai plaisir; mais je suis sûr que vos désirs ne seroient
(1) Voyez l'article Brousson dans la France protestante de MM. Haag.